Souvent, les médias, quand ils n'ont pas grand chose à dire, rappelle les grands évènements qui sont arrivés le même jour mais bien des années avant.

Aujourd'hui, nous sommes le 24 août. Le jour de la Saint Barthélémy pour les chrétiens catholiques.

En 1572, ce jour commence dans le sang. La nuit précédente, les nobles protestants qui étaient venus au mariage du prince protestant Henri de Navarre (futur Henri IV) avec la catholique Marguerite de Valois sont assassinés par une troupe de gens armés commandés par le duc de Guise, meneur du parti catholique. Mais la situation lui échappe. Le sang appelle le sang et l'opération militaire dégénère. Les parisiens catholiques les plus excités se mettent à massacrer tous les protestants qui vivaient dans Paris. Les malheureux ne peuvent s'échapper de cette ville dont les portes ont été fermés. Le massacre dure trois jours. La folie meurtrière est telle que les étrangers, notamment des italiens, sont aussi tués. Comme une maladie, elle s'étend progressivement à l'ensemble des grandes villes françaises. Apprenant la nouvelle de l'élimination des chefs protestants, le pape Grégoire XIII fait chanter un Te Deum et frapper une médaille pour commémorer l'évènement.

Medaille_St_Barthelemy

Après ces massacres, la politique du royaume change et les protestants n'ont pas d'autres choix que de se convertir au catholicisme ou de quitter un pays qui n'est plus le leur.

La violence commise au nom de Dieu a sans doute été d'une intensité inhabituelle puisque cette date reste encore dans la mémoire collective française, surtout chez les français protestants qui se souviennent des persécutions subit par leurs ancêtres.

Les occitans pourraient aussi rappeler qu'avant cette vague de massacre, il y en a eu une autre qui a marqué la mémoire collective dans le sud-ouest de la France : le sac de Béziers, le 22 juillet 1209. La ville fut incendiée et une grande partie de la population fut massacrée en raison d'une religion combattue par l'Eglise catholique de Rome : le Catharisme. Une fameuse phrase fut prêtée au légat de Rome (sans qu'il y ait de preuve formelle) demandait comment différencier les cathares des chrétiens catholiques : "Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens". Il y avait 8000 habitants dans cette ville et plusieurs milliers ont été tués.

Quand j'écris cette phrase, rendue célèbre par l'émission "La caméra explore le temps" de l'historien Alain Decaux, j'en ai eu autre qui me vient à l'esprit, prononcé dans la cathédrale Saint Jean de Latran, par Nicolas Sarkozy : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé".

Je ne sais pas si c'est son rôle de faire apprendre aux enfants la notion de bien et de mal puisque c'est une certaine vision du monde sur laquelle est assise le Christianisme et que la République est laïque. Par contre, il a sa place dans la transmission des valeurs de la République (tout comme les parents) qui sont basées sur la déclaration universelles des droits de l'homme.

L'instituteur est aussi bien placé pour éclairer les différents articles à l'aune de l'histoire de France, permettant ainsi aux futurs citoyens d'avoir une vision critique des institutions religieuses et du danger que représente la volonté de faire prédominer une religion aux dépends des autres. Il est du devoir de l'Etat, en particulier le Président de la République, de veiller à ce que les instituteurs soient dans de bonnes conditions matérielles pour exercer cette mission. La France a trop souffert des guerres de religion. Peut être serait-il opportun d'instituer une journée de commémoration le 24 août et de rappeler l'article 18 de la déclaration des droits de l'Homme de 1948 :

"Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites."

Ainsi, les victimes des tueries religieuses, quelle que soit leur religion, ne seraient pas mortes pour rien.