Un mausolée est un monument funéraire de grande dimension. Ce serait le roi Mausole qui aurait inauguré cette tradition funéraire en se faisant construire un tombeau monumental, à Halicarnasse (Turquie), au 4ème siècle avant J.C. Les guerres puniques aux 3ème et 2ème siècle avant J.C. conduiront à la disparition de Carthage et la domination de Rome sur le monde méditerranéen. Cependant, il s'agira essentiellement d'une domination militaire car au niveau de la culture, les romains seront influencés par les cultures de "l'Orient" grec, après avoir été modelés par la culture étrusque. La promenade que je vous propose va vous fournir un exemple de ces influences avec les mausolées de Rome.

 

Mausolée d'Auguste

L'édifice circulaire en ruine qui se trouve sur la rive gauche du Tibre, au bout de la via di Ripetta, l'une des trois voies partant de la piazza del Popolo, est le mausolée que fit construire Octave Auguste, pour lui et sa famille, après sa conquête du pouvoir et de l'Egypte, en 29 avant J.C. [1].

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A l'époque, l'édifice se trouvait au nord du Champ de Mars, en dehors de la ville. Pendant la République, le Champ de Mars servait aux activités militaires (d'où son nom) : conscription, entraînement, etc. [1], sachant que les armes étaient interdites à l'intérieur de la cité.

L'historien Suetone rapporte qu'Octave avait visité le mausolée d'Alexandre le Grand (le Sôma), comme bon nombre d'hommes politiques et de généraux, tant grecs que romains [2]. Dans la pharsale de Lucain, on apprend que le monument se dressait sur un tumulus et avait la forme d'une tour de marbre surmontée d'un dôme pyramidal [2].

Compte tenu de la fascination qu'entretenaient les romains du début de l'Empire pour l'Egypte, il est fort probable que la conception du mausolée d'Auguste ait été influencée par celui d'Alexandre le Grand [1].

Le tambour extérieur fait environ 87 m de diamètre et presque 40 m de hauteur [3]. Il enveloppait une série de murs concentriques. Il était recouvert de plaques de travertin et de marbre [3].

Il était surmonté d'un tumulus de terre planté d'arbres et de plantes diverses qui rappelle les tumuli étrusques [5] [6].

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Le tumulus était lui-même surmonté d'un bâtiment circulaire avec très probablement une statuaire à la gloire de l'empereur [3].

Après la mort d'Auguste, le monument a accueilli les cendres des membres de sa dynastie (les julio-claudiens), à quelques exceptions près comme Néron (pour cause de damnation votée par le Sénat après sa mort).

L'entrée du mausolée est orientée au sud. Autre signe de l'influence égyptienne, il y avait de part et d'autre deux obélisques [1].

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Du temps du pape Sixte V, ils furent enlevés de l'édifice. L'un se trouve sur la place du Quirinal, tandis que l'autre  se trouve sur la place de l'Esquilin qui est située derrière le chevet de la basilique Sainte Marie majeur [1] [3].

Au Moyen-Age, il servit de forteresse pour la famille Colonna puis il fut démantelé par Grégoire IX au 13ème siècle [4].

De l'autre côté de la via di Ripetta, se trouve un bâtiment construit en 1970 et qui abrite un autel dont la construction fut votée par le Sénat en 13 avant J.C. afin de célébrer la paix établie par Auguste (Ara Pacis Augustae) après ses campagnes victorieuses en Gaule et dans la péninsule ibérique.

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L'autel fut consacré en 9 avant J.C. Sur les parois extérieures, il est représentée la procession fêtant le retour de l'empereur victorieux, suivi par des prêtres et par sa famille.

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A l'origine, cet autel se trouvait sur la via Flaminia (actuelle via del Corso) au niveau du palais Fiano [5]. Dans les années 1930, le gouvernement fasciste italien fit déplacer les ruines sur l'emplacement actuel et le fit reconstruire avec les fragments retrouvés sur son emplacement original [3]. Certaines parties disparues ont été remplacées par des moulages [4].

Je vous invite à continuer de marcher le long des quais, en suivant le cour du Tibre.

Mausolée d'Hadrien - Château Saint Ange

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De l'autre côté du Tibre, on voit un château d'allure médiévale qui ne manque pas d'intriguer l'observateur en raison des proportions du donjon. La raison est que celui-ci a été construit sur un mausolée dont la construction fut ordonnée par Hadrien en 123 après J.C. et achevée en 139 par son successeur, Antonin le Pieu [1].

A l'époque de l'empereur Hadrien, la rive droite du Tibre était encore constituée de jardins et de lieux de villégiature. L'emplacement du mausolée correspond au jardin de Domitien [1].

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L'édifice était composé d'une base carrée de 89 m de côté environ surmontée d'une rotonde de 64 m de diamètre [5]. A l'instar du mausolée d'Auguste, il y avait un tumulus planté d'arbres et, au sommet, un autel carré au dessus duquel se trouvait un quadrige de bronze commandé par l'empereur portant la couronne solaire [5].

En faisant construire ce mausolée, l'empereur Hadrien voulait placer sa dynastie dans la continuité de celle fondée par Auguste [3]. C'est ainsi que les urnes d'Hadrien et de ses successeurs jusqu'à Septime Sévère (211 après J.C.) furent placés dans ce monumental édifice [4]. Par la suite, le mausolée connut des fortunes diverses : d'abord forteresse, Aurélien l'incorpora dans le système de défense de la ville, puis lieu de culte durant le bas Moyen-Age, prison pendant le haut Moyen-Age et enfin lieu de refuge pour le pape [5].

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Pour faciliter l'accès au mausolée, Hadrien fit construire un nouveau pont sur le Tibre : "Pons Aelius". A l'époque de sa construction, il doublait un pont qu'avait fait construire Néron vers 60 [4]. Mais ce pont s'effondra au 4ème siècle [4]. Il devient ainsi le lieu de passage privilégié pour les romains qui voulaient se rendre au Vatican.

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Aujourd'hui, seuls les trois arches médianes sont d'origine [5]. Les arches en extrémité ont été remaniées lors de la construction des digues du Tibre, au 19ème siècle [5].

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Les dix statues d'ange qui sont de part et d'autre du pont datent de 1630. Elles viennent de l'école du Bernin [5]. Chacune tient un instrument de la Passion du Christ. Le parcours de la "via Crucis" [1] permet de voir (en partant de la rive gauche du Tibre) :

  • à droite : un ange tenant un pilier symbolisant le poteau qui se trouvait dans la cour du palais de Pilate et où était attaché Jésus de Nazareth,
  • à gauche : un ange tenant un fouet pour rappeler qu'il fut d'abord flagellé,
  • encore à gauche : un ange tenant une couronne tressée avec des branches épineuses rappelant celle que les soldats romains mirent sur sa tête après la flagellation,
  • à droite : un ange tenant une étoffe, "le suaire". Selon la tradition chrétienne, une femme prit son voile pour essuyer le visage de Jésus lors de son ascension du Golgotha.
  • à gauche : un ange tenant la tunique que portait Jésus et qui lui fut enlevé avant d'être mis en croix.
  • à droite : un ange tenant les clous pour la crucifixion.
  • à gauche : un ange tenant une tablette, allusion à l'inscription dédicatoire que Pilate demanda de mettre sur la croix de Jésus.
  • à droite : un ange tenant la croix pour le supplice de Jésus.
  • à gauche : un ange tenant au bout d'un bâton une éponge imbibée de vinaigre afin de rappeler celui qui fut tendu à Jésus afin de calmer sa soif, juste avant de mourir.
  • à droite : un ange tenant une lance, rappelant qu'après le supplice, Jésus n'eut pas les jambes cassées, comme pour les deux autres suppliciés, mais le flanc percé.

Il est à noter que les statues de l'ange tenant le pilier et de l'ange tenant le fouet ont été commandées quelques années après les huit autres [1].

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Les statues de saint Pierre et saint Paul ont été mises à l'entrée du pont (côté Champ de Mars) en 1530, à la place de deux chapelles qui servirent de poste de tir à des arquebusiers pendant le siège du château en 1527 [1].

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Le château médiéval doit son nom à une légende. En 590, le pape Grégoire Ier conduisait une procession en direction du Vatican afin d'obtenir l'arrêt d'une épidémie de peste qui ravageait alors la ville de Rome. Comme la plupart des processions pour la basilique Saint-Pierre, celle-ci passait par le pons Aelius [1]. La légende veut qu'un ange apparu au sommet du mausolée et remis son épée dans son fourreau. Cette apparition fut interprétée comme l'annonce de la fin de cette épidémie. En reconnaissance, le pape fit aménager une chapelle dédiée à l'ange à l'intérieur du mausolée [4]. La statue de bronze qui se trouve au sommet de l'édifice actuel rappelle cette légende. Elle date du milieu du 18ème siècle et a été réalisée par Pieter Van Verschaffelt [5].

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Après avoir franchit la muraille d'enceinte, vous pouvez lever les yeux pour apprécier l'empilement des époques de l'Histoire à Rome : vous voyez un donjon médiéval construit sur un mausolée antique. On peut observer que le tambour était constitué par des blocs de péperin (pierre de couleur grise d'origine volcanique) et de tufs (pierre tendre, également d'origine volcanique, de couleur brunâtre [3] [4]. Il y avait aussi du travertin mais celui-ci a été enlevé par la suite.

L'entrée actuelle est surélevée de trois mètres au-dessus du sol antique [1],ce qui explique l'escalier de descente. Au fond du vestibule, se trouve une niche semi-circulaire à l'intérieur de laquelle devait se trouver une statue, sans doute celle d'Hadrien [1].

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A droite du vestibule, il y a une rampe hélicoïdale qui conduisait à la chambre où était entreposées les urnes funéraires [4]. Les parois étaient recouvertes de marbre (on voit encore les traces des clous sur les murs), son parterre était recouvert d'une mosaïque dont on voit encore quelques fragments et le plafond était vraisemblablement orné de stuc [4].

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Parvenu au bout de la rampe hélicoïdale, d'une longueur de 125 m [4], vous passez sur un pont qui enjambe la chambre funéraire impériale. Ensuite, il vous reste à gravir la rampe que fit construire Alexandre VI afin d'accéder à la partie supérieure du château [5].

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La rampe Alexandre VI débouche sur une petite place, la Cour d'honneur, dite encore Cour de l'Ange (cortile dell Angelo) à cause de la statue qui a été déposée. Elle a été réalisée en marbre blanc par Raffaelo de Montelupo. Jusqu'en 1572, elle était au faîte du château [4].

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Sur le chemin qui mène à la terrasse du château, vous pouvez admirer la loggia que fit construire le pape Jules II, ainsi que la vue offerte sur le pont saint Ange.

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Profitez-en aussi pour regarder la muraille - construite par Léon IV au 9ème siècle - reliant le château au Vatican [4]. Elle s'appelle le "Passetto" car à la fin du 15ème siècle, le pape Alexandre VI fit aménager à son sommet un chemin permettant de passer du Vatican au château saint Ange en toute sécurité [4]. En 1527, le pape Clément VII utilisa ce passage pour fuir les troupes de Charles Quint [4] et trouver refuge dans le château.

La terrasse offre des vues magnifiques sur la ville de Rome et permet d'apprécier le caractère stratégique du mausolée d'Hadrien.

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En direction du champ de Mars, on peut voir à gauche le dôme du Panthéon construit par Hadrien. Plus au fond, on devine le Vittoriano (monument élevé en l'honneur du roi Victor-Emmanuel II) et la colline du Capitole. A droite, on voit deux dômes d'église. Le plus grand est celui de l'église sainte Agnès qui se trouve sur la piazza Navona.

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On peut voir aussi le Tibre et le pont que fit construire la nouvelle république italienne - le pont Vittorio Emmanuel II (encore lui) - en lieu et place de celui édifié par Néron au 1er siècle.

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On a aussi une vue sur la colline du Vatican où a été édifiée la basilique saint Pierre et l'avenue qui y mène : l'avenue della Concilliazione, complètement envahie par la foule lors de la célébration des grandes fêtes chrétiennes.

Les mausolées d'Auguste et d'Hadrien sont les deux plus importants de Rome. Mais ce ne sont pas les seuls car au début de l'Empire ce n'est pas seulement Octave qui se fit construire un mausolée monumental mais toutes les personnes qui occupaient une place importante dans la société. Si vous allez de l'autre côté de la ville, en direction de Naples, alors vous trouverez deux mausolées, de taille plus modeste que ceux que vous venez de voir, mais qui témoignent de ce penchant de l'élite impériale pour le grandiose.

Mausolée de Cecilia Metella

Sur la via Appia Antica - route construite au 3ème avant J.C. durant le magistère de Appius Claudius Caecus [4] pour relier Rome à Naples - il existe plusieurs mausolées. Le plus imposant est celui qui a accueilli les cendres de Cecilia Metella, belle fille du célèbre Crassus qui participa au premier triumvirat (les deux autres membres étant Jules César et Pompée).

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Le monument a été construit entre 10 et 15 avant J.C. Il est constitué par un socle carré surmonté d'un tambour [4]. Le diamètre est de l'ordre de 30 m et la hauteur de l'édifice était de 11 m. Au sommet du tambour se trouve un épitaphe qui rappelle l'identité de la défunte.

Au 14ème siècle, le mausolée est incorporé à la forteresse érigée par la famille Caetani qui le transforma en donjon [4], ce qui explique les crénelures du sommet. Cette forteresse permettait à cette famille d'avoir un contrôle sur l'accès de Rome par la via Appia Antica et d'imposer ainsi aux voyageurs le paiement d'un droit de passage.

Si l'histoire des us et coutumes funéraires à Rome vous intéresse alors vous pouvez profiter de votre présence sur la via Appia Antica pour visiter les catacombes. Ce sont les premiers cimetières entièrement réservés aux chrétiens de la ville. Il s'agit des catacombes de saint Calixte et de saint Sébastien. Elles ont été créées au 3ème siècle. A proximité, il y a aussi les catacombes de Domitille.

Mausolée de Caius Cestius

Sur la via Ostiensis (route d'Ostie), le magistrat Caius Cestius, mort en 12 avant J.C., se fit aussi construire un mausolée [4].

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La forme pyramidale constitue l'originalité de ce mausolée car si les obélisques ne manquent pas à Rome, cette pyramide, en revanche, est unique en son genre et offre un témoignage supplémentaire de la fascination qu'exerçait l'Egypte sur la société romaine du temps d'Auguste.

A l'instar du mausolée d'Hadrien, la pyramide fut inclut dans l'enceinte d'Aurélien.

Autre curiosité permettant de conclure cette promenade dans le monde funéraire romain : le cimetière protestant qui se trouve derrière la pyramide.
Ce cimetière, encore appelé non-catholique (cimitero acattolico),  a été créé sur un terrain appartenant à la papauté, à la fin du 18ème siècle, afin de recevoir les dépouilles des personnes qui n'étaient pas de religion catholique [7].Il est un témoignage de l'évolution des coutumes funéraires en Europe à la fin du 18ème siècle. Le cimetière est aménagé en parc à l'instar de nombreux cimetières anglais ou du cimetière du Père Lachaise à Paris [7].
Le site est recommandé aux amateurs de romantisme car, outre un cadre de verdure paisible et attachant, on y trouve les tombeaux de poètes anglais et allemands morts en Italie comme celui de John Keats ou de P.B. Shelley (son ami Lord Byron y fit graver quelques vers de Shakespeare [4]).
D'autres tombes moins connues mais tout aussi romantiques peuvent émouvoir le visiteur.

Cet havre de paix est aussi le paradis des chats qui jouissent d'une grande liberté, en vertu d'une loi régionale voté en 1997 interdisant à quiconque de les maltraiter et de les déplacer de leur habitat [8].
Le chat constitue également un témoignage vivant de l'influence qu'a exercé l'Egypte sur la société romaine car c'est son pays d'origine. Ils ont été rapidement appréciés des romains car ils préservaient les réserves de grains des rongeurs. A ce titre, ils étaient protégés par les empereurs romains [8].


Références

[1] Rome - Guides Gallimard - Dépôt légal 03-1996 - ISBN 2-7424-0196-2

[2] Tombeau d'Alexandre le Grand - Article de Wikipédia

[3] L'art de Rome - Marco Bussagli - Dépôt légal 2006 - ISBN 978-2-84-459-148-7

[4] Guide Vert Michelin consacré à Rome - Dépot légal 01-2008 - ISSN 0293-9436

[5] Rome - Guides Bleus - Hachette - Dépôt légal mai 1987 - ISBN : 2-01-012329-8

[6] Le Monde de ROME - H. Stierlin - Ed. Princesse - Dépôt légal juin 1982 - ISBN : 2-85961-098-7

Dans le chapitre consacré aux Etrusques, on voit des photographies de tombes étrusques à tumulus ombragées par des pins et des cyprès. La base circulaire est taillée dans le tuf (pierre volcanique de couleur sombre). Les photographies ont été prises dans la nécropole étrusque de Cervetti (Caere dans l'Antiquité).

[7] History of the cimetery - http://www.protestantcemetery.it

[8] Les Chats, empereurs de Rome - article de Jean-Jacques Bozonnet paru dans l'édition du 06/01/2005 du journal Le Monde