24 novembre 2008
Après-midi au Grand Rex
C'était un dimanche de la seconde quinzaine de novembre. La pluie et le froid étaient au rendez-vous.
Que faire ?
Beaucoup de parisiens et de banlieusards ont du se poser la question.
Je n'ai pas eu besoin de réfléchir à une réponse car mon programme était déjà prévu d'avance : après-midi ciné. Allez hop ! On y va !
Mais où ?
Quel est donc ce cinéma à la façade "Art déco" qui me rappelle de très lointains souvenirs ?
C'est la première fois que j'y vais. Il est temps car il est ouvert depuis le 8 décembre 1932. Il va donc avoir bientôt 76 ans.
Il était même grand temps car il aurait pu être détruit, comme bon nombre de ses congénères d'avant-guerre, si il n'avait pas été classés "monument historique" en 1981.
Au programme de cette fin d'après-midi déjà plongée dans la nuit, il y a la projection du dessin animé "Madagascar 2", en avant-première (la sortie nationale est prévue dans une semaine), précédé de "La féérie des eaux".
Bien que je sois arrivé une demi heure avant le début de projection, il y a déjà une file d'attente qui est tellement longue qu'elle s'étire jusque dans la rue adjacente, la rue du sentier. Il faut dire que la capacité de ce cinéma est exceptionnelle : 2700 personnes ! Heureusement, on avance lentement mais surement. Tant mieux, car l'attente sous ce vent froid mêlé de pluie n'est pas agréable, mais alors pas agréable du tout :-)
Cet intérieur tout de velours rouge me fascine. Comme j'ai une place au balcon, il faut monter au deuxième étage.
J'ai le choix de suivre le flot ininterrompu de spectateurs de l'escalier mécanique, première salle européenne à se doter de cet équipement en 1957, ou de monter ce grand escalier où le doré se mêle au rouge chatoyant. Allez ! Je monte. Je vais avoir l'impression d'être une star montant les escaliers d'un festival.
La première partie est donc "La féérie des eaux". Il s'agit d'un spectacle mêlant des jets d'eau et des éclairages. C'était plutôt inhabituel dans une salle. Mais la scène est grande. Elle est tout à faite digne d'un music-hall ! Cette animation a donc déjà de quoi ravir le spectateur. Et comme si cela ne suffisait pas, il y a de temps en temps quelques feux d'artifice dans la salle qui provoquent des clameurs dans la salle. Comme nous sommes plus de 2700 (beaucoup de strapontins sont utilisés), il y a un effet d'entraînement dans les émotions provoquées par cette animation.
Une chose très appréciable : la projection du dessin animé vient après la première partie, sans transition publicitaire ce qui plutôt rare de nos jours. De fait, il n'y a plus de première partie dans les salles de cinéma. Celle-ci est remplacée par une alternance de publicité et de bandes-annonces.
Concernant le dessin animé "Madagascar 2", il y a très peu de choses à dire. C'est un très grand classique commercial. Au moins, les scénaristes n'ont pas cherché à combler le manque d'originalité par de l'humour grossier comme dans Shrek. Ceux qui ont aimé "Madagascar" risque d'être déçu. Je le conseillerais plutôt aux pré-adolescents, voire aux adolescents. C'est de leur âge.
Cependant, la pauvreté du scénario n'a pas réussi à me gâcher cette morne fin d'après-midi. Bien au contraire ! Cette salle est fantastique et j'y reviendrai !
En attendant, je vais aller sur le portail Internet de cette salle pour prolonger les bons moments que j'ai vécus hier.
12 novembre 2008
Nul devoir ne m'a tant coûté
Hier, c'était le quatre-vingt-dixième anniversaire de la fin des combats de la première guerre mondiale. C'était aussi, la première année où il n'y a plus de combattant français pour commémorer l'immense soulagement provoqué par l'ordre de cessez le feu et, comme me le rappelait mon père, exprimer notre reconnaissance à ceux qui sont morts pour la France.
Aujourd'hui, il n'y a donc plus personne qui peuvent témoigner de l'horreur de cette guerre. Il ne reste plus que des témoignages écrits, sonores ou cinématographiques. A cette période de l'année, je pense souvent au père adoptif de mon père. Il s'appelait Albert. Bien que ce n'était pas un de mes grand-parents, il a fait office pour moi de grand-père et il a magnifiquement joué ce rôle.
La première guerre mondiale, il l'a faite, jusqu'au bout. Par deux fois, il a frôlé la mort. La première fois, il a été enterré vivant à cause de la terre soulevée par l'impact d'un obus tombé à proximité, mais il a pu se dégager. Toutefois, le bruit de la déflagration l'a rendu sourd d'une oreille. La seconde fois, c'était les gaz de combat. Là encore, il a survécu mais ses poumons ont été irrémédiablement endommagés et il en a perdu sa fertilité.
Les cauchemars, il devait en faire car il se couchait très tard. Il a perdu plusieurs de ses frères. Lors d'une grande réunion de famille, il a raconté de façon très émouvante toute la douleur qu'il a éprouvé quand il lisait les lettres d'un de ses frères en train d'agoniser dans un de ces nombreux hôpitaux militaires du front.
Cela fait environ trente ans qu'il est mort.
Mon père se souvenait qu'il s'est occupé de nombreuses familles dont le père était mort à la guerre. Un de ses neveux me confiait qu'il avait été le "tonton" de nombreux enfants. Beaucoup d'entre-eux lui doivent de ne pas avoir sombré dans la délinquance. Certains sont même devenus conseillers municipaux. Pour lui rendre hommage, ils ont donné son nom à une des avenues qui mènent au cimetière de la ville.
Je pense souvent à lui. Tout comme mon père et tout comme ceux de ma famille qui le connaissaient et qui sont encore en vie.
Cette année, le président Sarkozy a évoqué le problème des "fusillés pour l'exemple", ceux qui ont été exécutés pour manque de combativité ou pour rébellion. Cette évocation a été faite avec beaucoup d'humanité et je l'en remercie. Albert a écrit ses mémoires. Lui aussi a évoqué ce problème, à sa façon et avec son vécu. Je vous le livre.
<p><p><p><p>NUL DEVOIR NE M’A TANT COUTE</p></p></p></p>
Pour tous les combattants qui ont pris part à l’offensive du 16 avril 1917, au Chemin des Dames, l’échec avait été ressenti comme un « fiasco » déprimant. Les illusions avant l’attaque avaient été trop grandes et les déceptions qui la suivirent trop déprimantes pour ne pas laisser de traces trop douloureuses.
Continuant à combattre dans le même secteur nous soufrions plus que d’autres de la non-reprise des permissions ainsi que de la nourriture infecte, aussi le moral était-il au plus bas.
Descendus enfin au repos à SERCHES, les conditions de vie ne s’améliorèrent pas du tout, aussi les mauvais esprits trouvèrent-ils beaucoup d’oreilles complaisantes à leur bourrage de crâne, tant et si bien que le mécontentement devint vite général. De petits groupes se formaient dans les unités mélangées qui firent que, rapidement, le mécontentement s’amplifia et tourna à l’agitation. Les « forts en gueule » s’imposaient et donnaient le ton aux protestations : « Permissions, permissions ; à bouffer, à bouffer !! ».
Mais le 3 juin, par une belle et chaude matinée, l’on sentit tout de suite qu’il y avait de l’orage dans l’air ; les groupes étaient encore plus nombreux et plus agités, le ton montait de minute en minute, les meneurs faisaient de grands gestes. Puis, après la soupe de 10 heures, quelques bonnes rasades de pinard aidant, ce fut le grand chambardement. Les plus exaltés allaient de groupe en groupe, gesticulant et braillant, ils sentaient croître leur influence, ce qui les incita à entonner « l’internationale », d’abord timide puis de plus en plus bruyante
Je ne pus en voir ni en entendre plus. Tout ce que j’avais reçu dans mon éducation et sens du devoir se révoltait. Triste et troublé je m’éloignais seul et gravis un raidillon où bientôt ne me parvenait plus que des rumeurs lointaines.
Je restais longtemps accablé, réfléchissant au tragique de la situation. Il me coûtait beaucoup de ne pas suivre mes camarades qui avaient bien quelques motifs à montrer leur colère car nous étions dans le plein sens du mot très maltraités, mais d’autre part comment piétiner tous les exemples familiaux reçus sur l’accomplissement du devoir si pénible fut-il ?
C’est seulement quand le soleil disparut, la fatigue et la déception aidant, que l’agitation tomba et qu’un calme relatif s’établit. Habilement le commandement sut saisir sa chance, les officiers reparurent et se mêlèrent à leur troupe, ils se firent très compréhensifs : « Vous avez raison ! Il faut que cela change ! Ca ne peut durer ainsi ! » Et petit à petit les esprits se calmèrent ; face à face avec leurs officiers, les protestataires, tout en maugréant, rentrèrent dans leur cantonnement pour exposer leurs griefs. Mais alors tout changea : on fit l’Appel, il ne manquait personne et la discipline reprit le dessus. Et assez vite un sommeil plus ou moins lourd succéda à l’agitation et s’empara de tous.
Mais coup de théâtre ! Vers une heure du matin, réveil brutal : « Tout le monde debout, rassemblement dans 30 minutes, équipement complet ! ».
Des grognements répondirent, mais aucune protestation sérieuse n’osa s’affirmer. Une alignée de camions nous attendait sur la grand route. Lentement, péniblement, tout le monde s’entassa et partit pour une destination inconnue……………
Ainsi la rébellion prit fin, du moins pour nous.
Car pour d’autres çà ne se passa pas sans condamnation, allant jusqu’à l’exécution capitale.
Mais je puis le dire, ce douloureux et dramatique événement reste mon plus pénible souvenir de la guerre !
09 novembre 2008
Rififi autour d'une sépulture
J'ai été ébahi par une des informations des journaux télévisés de France 2 et de TF1, ce soir.
Je reproduits ci-dessous la dépêche de l'AFP.
Des popes grecs orthodoxes et des prêtres arméniens en sont venus aux mains dimanche dans la basilique du Saint-Sépulcre de la vieille ville de Jérusalem, un des hauts lieux de la chrétienté, a constaté une photographe de l'AFP.
La police israélienne est intervenue pour séparer les deux camps. Certains des prêtres ont utilisé des cierges comme gourdins tandis que d'autres tentaient d'arracher les soutanes de leurs rivaux.
Les raisons de ce pugilat ecclésiastique n'ont pas été précisées.
De très anciennes rivalités opposent les représentants des différentes églises qui se partagent le contrôle du Saint-Sépulcre, où selon la tradition chrétienne Jésus-Christ a été crucifié et enterré.
Les célébrations au Saint-Sépulcre sont réglées comme du papier à musique, pour tenter d'éviter des frictions entre les différentes églises qui se partagent chaque pouce de ce site sacré.
Les règles de la cohabitation ont été établies en 1852 par les Ottomans et régissent depuis très strictement le Saint-Sépulcre. Toute modification du statu quo est impossible, telles les heures des messes et des processions.
Pour éviter tout conflit, les clés de l'église sont depuis sept siècles entre les mains de deux familles musulmanes.
Quand je pense qu'il avait dit, lors de son dernier repas (Evangile de Jean, chapitre 14, verset 34) :
Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Oui, aimez-vous les autres, comme je vous ai aimés.
Nous avons encore du chemin à faire !
Quel perte de crédibilité vis à vis de ceux qui ne sont pas chrétiens.
D'ailleurs, cet enjeu de la crédibilité ne lui avait pas échappé puisqu'il a ajouté (verset 35) :
Ayez de l'amour les uns les autres. Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples.
Vraiment, il y a des journées qui ne devraient pas exister.
Je ne peux pas m'empêcher aussi de penser que ces passions autour de cette sépulture sont excessives. Certes le besoin de commémoration est respectable et si la basilique du Saint-Sépulcre permet aux gens de méditer sur les enseignements de Jésus de Nazareth alors tant mieux. Mais ce lieu ne doit pas faire l'objet d'une vénération telle qu'on en oublie les messages et les commandements qu'il voulait nous transmettre.
Pour aider ceux qui ont mis trop de passion dans ce lieu, je me permet de citer les versets 5 et 6 du chapitre 16 de l'Evangile de Marc :
Elles (les femmes qui avaient assisté à la crucifixion de Jésus) entrent dans la tombe, elles voient un jeune homme, assis à droite, en vêtement blanc. Alors les femmes sont effrayées. Mais il leur dit: "N'ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qu'on a cloué sur une croix. Il s'est réveillé de la mort, il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait mis."
IL N'EST PAS ICI !
Alors ce n'est pas la peine de se battre.
05 novembre 2008
Yes we can
Quand on veut, on peut !
C'est une des devises préférées de mon père. Il me la apprise quand j'étais étudiant, en train de préparer mes concours à un moment où il fallait que je m'accroche.
C'est comme cela que je traduirais le slogan de la campagne de Barack Hussein Obama.
Son élection était loin d'être gagnée quand il n'était qu'un candidat à l'investiture du parti Démocrate, face à une femme politique intelligente, Hillary Clinton.
Et puis, il y avait les origines susceptibles de heurter une partie de l'électorat du parti Démocrate et les indécis qui votent tantôt Démocrate, tantôt Républicains. Pensez ! Un père, immigré du Kenya, musulman (d'où son second prénom). Mais, il y a eu la crise financière qui a fait prendre conscience à bon nombre d'américains qu'ils allaient droit dans le mur avec les Républicains. Alors, comme me l'a dit ironiquement un ami américain, beaucoup de "petits blancs" se sont dit : "votons pour le nègre pour qu'il nous tire d'affaire".
"Nous tirer d'affaire" : je crois que cela résume bien le défi auquel est confronté le nouveau président. Bonne chance Obama !
Quant à nous, petit français, j'espère que cela aidera les plus conservateurs d'entre nous à évoluer. Ce soir, j'ai vu Rama Yade qui commentait l'élection d'Obama depuis son bureau, non pas de la Maison Blanche mais du ministère des affaires étrangères. Derrière elle, il y avait les drapeaux de l'Union européenne et de la France, comme lorsque le président de la République fait son allocution. Soudain, j'ai imaginé que c'était elle notre président de la République : une jeune femme d'origine Sénégalaise, belle et culottée à la tête de notre pays. We can do it ?
04 novembre 2008
Election
6 mai 2007 : record de la participation pour l'élection du président de la République française
4 novembre 2008 : vu l'affluence des électeurs, il semble que ce soit bien parti aussi pour l'élection du président des Etats-Unis d'Amérique !
Électeurs américains, j'espère que vous ne serez pas déçus. Je souhaite que vous ne soyez pas dans l'amertume en constatant dans quelque temps que les réalisations ne sont pas du tout à la hauteur de ce qui a été promis et que les choses se sont encore dégradées malgré cette élection.
Mais il faut quand même voter car la liberté de choisir entre plusieurs candidats est rare dans ce monde. Et puis, qui tente rien n'a rien. Alors voter, amis américains, voter.

















