31 août 2008
Amour et confiance
Quand on aime alors on doit faire confiance. Oui ! Mais ce n'est pas si facile que cela. Surtout quand c'est un grand amour qui vous tombe soudain sur vous, sans crier gare. Comment accorder sa confiance quand on ignore encore tout de l'autre ? Comment ne pas décevoir l'autre qui a une passion amoureuse pour vous et qui n'arrive pas à concevoir que vous pouvez à la fois aimer mais aussi avoir besoin d'être rassuré afin de pouvoir accorder cette confiance tellement nécessaire pour le caractère durable de la relation ? Toutes ces questions sont sous-jacentes dans ce petit sketch que je vous propose, où deux personnes se parlent au téléphone.
[Joseph]
Bonjour Myriam, tu vas bien ?
[Myriam]
Bonjour Joseph, qu'est-ce que c'est cette lettre que tu m'as envoyée ?
[Joseph]
C'était une lettre pour t'expliquer ce qui s'était passé dans ma tête quand je t'ai envoyé mon SMS.
[Myriam]
Tu es faux Joseph. Tu es faux. Tu me disais que tu m'aimais alors que tu pensais que j'étais une mauvaise fille. Mais tu es un hypocrite Joseph. Un hypocrite.
[Joseph]
C'était de la jalousie, Myriam. La jalousie, ce n'est pas le contraire de l'amour. La jalousie, c'est un amour qui ne va pas bien. Le mien n'allait pas bien car tu n'as pas été sincère.
[Myriam]
Mais si j'ai été sincère. Je t'ai dis des choses que je ne dis qu'à très peu de gens. Et tu voulais quand même coucher avec moi. Tu es un pervers.
[Joseph]
Le pervers c'est celui qui a abusé de toi quand tu étais adolescente. Pas moi.
[Myriam]
Arrête. Arrête.
[Joseph]
Mais...
[Myriam]
Non. Non.
[Joseph]
Mais...
[Myriam]
Stop...
[Joseph]
Calme toi.
[Myriam]
Tu es un malade Joseph. Enzo, c'était mon ami. Rien de plus. Et toi tu t'imagines que j'ai fait des choses sales avec lui. Tu es un minable Joseph. Tu es complexé.
[Joseph]
Arrête de vouloir ...
[Myriam]
Minable, minable
[Joseph]
Laisse moi parler.
[Myriam]
Non. Tu es le gars le plus nul que je connaisse. Ton cadeau d'anniversaire, c'est vraiment de l'hypocrisie. Et moi qui voulait te remercier.
[Joseph]
Myriam, si tu ne me laisses pas parler alors je vais couper le téléphone
[Myriam]
(silence)
Bon, vas-y. Parles.
[Joseph]
Ecoute Myriam, Qu'est-ce qu'il y a dans cette lettre ? C'est très simple. Je t'explique que ce n'est pas un problème pour moi que tu ais aimé Enzo. Ce n'est pas un problème pour moi que tu es fait l'amour avec lui.
Le problème est que tu ne me l'as pas dit alors que nous envisagions de le faire. Je n'en ai rien à foutre des problèmes de virginité. Ce qui est important pour moi, c'est la sincérité. Faire l'amour, c'est se donner l'un à l'autre. Mais pas à moitié, mais complètement. Si tu caches des choses aussi importante à l'autre alors tu ne fais pas l'amour, tu fais simplement de la sexualité en trompant l'autre. Ce n'est pas à l'image de la relation que Dieu entretient avec nous. Dieu ne nous trompe pas. Dieu nous a fait à son image alors tu dois faire comme Dieu. Tu aurais du me parler de ta relation avec Enzo.
Tu ne m'en a parlé uniquement parce que tu as longuement discuté avec lui au téléphone pendant que tu dinais avec Rachel et tu savais que Rachel allait m'en parler. Tu m'as dit que tu as parlé longuement avec lui, que tu lui as dit plein de choses gentilles pour le consoler car il était malheureux et qu'il ne trouvait pas de travail.
Rachel m'a bien confirmé que tu as parlé avec lui mais elle connait un peu l'Italien tu sais. Et quand tu dis "il mio amato", "ti amo". Oui, c'est de la consolation mais prononcée par quelqu'un qui aime. C'était cela le plus important à me dire. Tu ne l'as pas fait. Je veux croire que tu ne l'as pas dit car tu ne m'as pas fait confiance. Tu as eu peur de ma jalousie. Mais comment faire confiance quand on découvre que l'autre dissimule des choses et vous ment ?
[Myriam]
Je te l'aurais dit si tu étais venu me voir. Il fallait me faire confiance. Tout simplement me faire confiance.
[Joseph]
Pourquoi ne me l'as tu pas dit. Pourquoi m'avoir appelé pour me raconter une histoire ?
[Myriam]
Il y a des choses que l'on ne peut pas faire au téléphone. Je ne me voyais pas te dire tout ce que je ressentais pour mon ami sans voir comment tu allais réagir, sans pouvoir te dire en face de toi que j'étais passé à autre chose et que c'est autre chose c'était toi. ça, je ne pouvais le faire qu'en face de toi car j'avais besoin de savoir par ton regard si tu me faisais confiance. Mais il fallait bien que je t'en parle puisque Rachel allait t'en parler. Je pensais que tu allais me croire et que cela te tranquiliserait le temps que tu viennes me voir. D'ailleurs, je te l'ai dit un soir au téléphone : "arrête de réflechir, je te dirai tout quand nous nous verrons". Au lieu de cela, tu m'envoies un SMS où tu me dis Adieu. Comment veux-tu que je te pardonne ?
[Joseph]
C'est bien là le problème : tu n'arrives pas à me pardonner. C'est vrai, j'aurais pu te faire confiance. Mais est-ce que tu peux admettre que c'était difficile pour moi car ton histoire ne tenait pas de bout. C'est évident que tu l'as aimé. C'est normal : j'étais parti, je n'avais pas ton numéro de téléphone et la lettre que je t'ai écrite est restée bloquée à la réception de l'hôtel durant trois mois. Il est jeune, beau et je me souviens qu'il avait beaucoup de prestance. C'est normal que tu aies été attirées par lui. En plus vous étiez dans le même hôtel : ce qui s'est passé entre vous deux était inévitable. Je le comprends. Et toi, tu devrais comprendre que j'ai pu douter de toi quand tu m'as raconté une histoire qui ne disait pas tout.
[Myriam]
Tu as fait plus que douter de moi, tu m'as condamné avec ton SMS.
[Joseph]
Tu as raison. Je t'ai jugé avant même d'en avoir rediscuté avec toi. Mais je t'ai expliqué dans ma lettre pourquoi les circonstances m'avaient empêchées de venir te voir.
[Myriam]
Ce n'est pas une excuse, Joseph. Tu m'as condamné. Je ne te le pardonne pas.
[Joseph]
C'est ton droit Myriam. Cependant, tu sais, les hommes ne sont pas parfaits. Ils ont des faiblesses, des doutes et des inquiétudes. Le fait qu'ils te disent "je t'aime" ne les transforment pas pour autant. En dehors de ceux qui le disent uniquement pour profiter de toi, les autres expriment par cette phrase qu'ils veulent se donner avec leurs forces, qui t'attirent, mais aussi avec leurs faiblesses, qu'il faut tu acceptes si tu veux vivre harmonieusement avec cet homme. J'ai le sentiment que tu m'as placé en trop haute estime et que tu ne supportes pas les moments où je m'écarte de l'image que tu te fais de moi. En ce qui me concerne, je sais que les gens ne sont pas parfaits. Ils m'apportent de bons moments et ils me procurent aussi des déceptions ou ils me font parfois du mal. Je sais aussi que si je ne pardonne pas alors je suis condamné à vivre seul dans un univers peuplé d'être parfaits mais inaccessibles. Je ne veux pas de cette vie alors c'est pourquoi je pardonne même si parfois c'est très difficile. Il y a des années, j'ai été opéré de deux dents de sagesse. L'opération était compliquée au départ et elle a duré plus de temps que prévu : 2 h 30 au total. J'ai passé deux semaines très pénibles où ma bouche était en sang et où manger était une torture. C'est très long deux semaines. A part mes parents, aucun de mes amis n'a pris de nouvelles de moi. Personne. Ce n'est qu'au bout d'un mois que mon meilleur ami m'a appelé. Je lui en ai voulu car il fait comme si rien ne s'était passé. Cependant, après ma colère, j'ai réfléchi. Je me suis dit qu'il n'avait pas pris conscience de ma détresse. Peut être a-t-il rencontré des soucis durant cette même période. Je ne sais pas mais je lui ai pardonné. Je n'ai jamais regretté car plusieurs fois il m'a témoigné de l'amitié et m'a offert ainsi de superbes instants de vie. Je pense que dans une relation amoureuse il faut être aussi comme cela même si la passion rend les choses plus difficiles. Alors tu ne veux pas me pardonner, tu ne veux pas accepter mes imperfections et mes fautes, c'est ton droit. Mais comme tu ne veux pas me pardonner, je pense que nous ne pourrons rien construire ensemble, même pas une relation d'amitié car là aussi il faut de la sincérité, de la confiance et du pardon. Comme je ne veux pas refaire la même erreur, je ne te dis pas adieu mais simplement "au revoir" car tu peux revenir dans ma vie quand tu veux. La seule condition est que tu acceptes mes défauts. Tu verras, tu ne le regretteras pas car je peux donner beaucoup de moi-même. J'ai beaucoup d'amour à donner mais ce n'est pas l'amour de Dieu, c'est l'amour d'un simple homme. Est-ce qu'un jour tu me pardonneras ?
[Myriam]
Je ne sais pas Joseph. Une partie de moi-même le veut bien, mais une autre partie n'arrive pas à oublier ce SMS que tu m'as envoyé. En attendant il est tard et j'ai besoin de dormir car je travaille tôt demain.
[Joseph]
Alors, je ne vais pas t'importuner d'avantage. Je te souhaite une bonne nuit Myriam.
[Myriam]
Bonne nuit Joseph.
13 août 2008
Découvrir la basilique Saint Pierre
« Tu es Pierre et, sur cette pierre, je bâtirai mon église
et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle ».
Evangile de Matthieu, chapitre 16, verset 18.
An 324
Est-ce que le pape Sylvestre Ier et l'empereur Constantin avaient en tête ce verset de l'Evangile quand la décision fut prise de bâtir un sanctuaire au Vatican, là où tant de chrétiens furent martyrisés, Pierre notamment selon la tradition chrétienne.
« Et, sur cette pierre, je bâtirai mon église »
Puisque la dépouille de Pierre gisait sur ce flanc escarpé de cette colline, il fallait donc réaliser les paroles du Christ et construire cette première église au Vatican. Là où Pierre reposait avec d'autres martyres. Toutefois, l'édification nécessitait d'énormes travaux de terrassement et Constantin trouva qu'il valait mieux construire d'abord une basilique au Latran. C'était plus facile et les chrétiens auraient plus vite un lieu de culte. Et puis, construire sur la caserne du corps de garde de Maxence, son ancien rival, présentait l'avantage d'effacer un témoignage de la grandeur de son adversaire.
Sylvestre devait comprendre les raisons de Constantin mais il n'en demeurait pas moins qu'il était fondamentale de siéger à l'endroit où Pierre reposait. Maintenant que les chrétiens pouvaient pratiquer leur religion librement, celle-ci allait pouvoir se développer. Mais le risque de l'éclatement du Royaume de Dieu était grand. A cause de la clandestinité et malgré les efforts de cohésion de ses prédécesseurs, les communautés se comportent de façon autonome, elles commencent à développer chacune dans leur coin leurs dogmes et leurs propres interprétations des Écritures. Chaque communauté à son chef. Il arrive que l'excommunication soit prononcée à l'encontre de certaines personnes et que celle-ci levée par un autre chef de communauté. Comment, dans ses conditions, préserver l'unité de la foi ? Comment faire pour que les membres de la famille chrétienne ne se dispersent pas ?
Constantin comprenait bien les arguments de Sylvestre. Il les comprenait d'autant plus qu'il voulait que l'unité de son empire s'appuie sur cette nouvelle religion qui promet le bonheur après la mort pour les personnes qui se comportent avec droiture durant leur vie terrestre.
Deux décisions sont prises.
La première est de convoquer dans moins d'un an un concile afin de définir des dogmes et une foi pour l'ensemble des chrétiens. Ce sera le concile de Nicée en 325.
La seconde va être de construire une basilique dédiée à Pierre, là où tous les chrétiens s'accordent pour considérer que c'est le lieu de son martyre. En vertu de ce verset de l'Evangile de Matthieu, Pierre dispose d'une primauté sur les autres apôtres dans le domaine du magistère. Cette construction va permettre à l'Eglise de Rome de rappeler la primauté de son fondateur et de légitimer ainsi son autorité sur les autres églises fondées par les autres apôtres.
An 1452
Beaucoup de choses se sont passées depuis la consécration de la basilique par Sylvestre Ier en 326. L'an 800 restera sans doute l'une des années les plus fameuses puisque c'est dans cet édifice que Charlemagne fut sacré empereur et permis ainsi au christianisme de s'étendre au nord et à l'ouest de l'Italie.
Mais les outrages du temps et des hommes n'ont pas épargné ce symbole de la primauté de Pierre.
"Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église".
"Mon église" ! Elle est en ruine cette pauvre église. Il faut la reconstruire ! Voila ce que devait penser le pape Nicolas V en regardant cet édifice menacé par la ruine.
Toutefois, il n'y avait pas que cet édifice qui était menacé par la ruine. Les outrages du temps et des hommes avaient aussi ébranlé l'ordre pontifical.
Il y avait eu d'abord le schisme en 1054 avec le patriarcat de Byzance. Sept siècles après la division de l'Empire romain en une partie occidentale et une partie orientale, c'était maintenant au tour de l'Eglise de se séparer en une partie occidentale où l'Eglise de Rome gardait la primauté et une partie orientale en désaccord avec les nouvelles évolutions théologiques et dogmatiques.
Et comme si les divisions avec l'Orient ne suffisaient pas, il fallait que l'Occident en rajoute avec ses hérésies et ses rivalités.
L'Eglise de Rome doit sans cesse préserver son indépendance en s'appuyant en fonction des opportunités sur le Saint-Empire romain-germanique ou sur le royaume de France. Mais combien de temps ce fragile jeu d'équilibriste peut-il durer ?
Mais le pire a été les divisions de l'Eglise de Rome elle-même.
"Mon Eglise" a dit Jésus à Pierre et non "mes églises". Il ne peut donc exister qu'une seule Eglise avec à sa tête le pape, successeur de Pierre, veillant à l'unité des chrétiens. Cependant, l'ordre pontifical a bien failli disparaître avec le grand schisme d'Occident où pendant quarante ans, deux papes ont régné, l'un à Rome et l'autre à Avignon. Le concile de Pise en désigne même un troisième en 1409 !
Combien d'hérésies que l'Eglise de Rome avaient du combattre. Certes, l'Inquisition jouait pleinement son rôle de gardienne de la Foi. Mais qu'il est difficile de lutter contre des idées ! Les hommes, on peut les mettre en prison, on peut les brûler. Mais les idées ? Comment contrôler les idées ?
Jusqu'à maintenant, l'Eglise de Rome, grâce à ses moines copistes, a pu imposer en Occident comme norme la traduction latine de la Bible faite au 5ème siècle par Jérôme de Stridon (la « Vulgate »).
En raison du prix élevé de ces copies, seul un nombre très restreint de personnes ont accès à la vérité des Ecritures : les évêques, les monastères, les princes et les rois. De fait, c'est l'Eglise de Rome qui est l'intermédiaire entre les hommes et la Vérité des Ecritures.
Mais, depuis que Gutemberg a inventé une machine à imprimer, il y a de plus en plus de bibles qui sont produites en dehors du contrôle de l'Eglise de Rome et que lisent les magistères et les universitaires de l'Europe.
De nouvelles traductions et de nouvelles interprétations vont apparaître, donc de nouvelles divisions.
An 1505
Tous ces problèmes de l'Eglise de Rome, Jules II les a bien en tête. Ils ressemblent tellement à ceux que rencontraient Sylvestre et Constantin. Il faut donc faire comme eux. Convoquer un concile qui réaffirmera la suprématie de l'Eglise de Rome. Maintenant que la parenthèse d'Avignon est refermée. Maintenant que Byzance est tombée aux mains des musulmans, il est plus que nécessaire de rappeler que le Christianisme ne repose que sur une seule pierre et que cette pierre se trouve à Rome et nulle part ailleurs. Ce sera le concile au Latran en 1512, le cinquième en ce berceau de l'Eglise de Rome.
Mais auparavant, il faut débuter la reconstruction la basilique Saint-Pierre car il s'agit d'affirmer avec force, urbi et orbi, que le successeur de Pierre est de nouveau à Rome pour assumer les charges que lui a confié le Christ. Cette nouvelle basilique devra surpasser toutes les autres afin qu'elle soit le symbole de cette primauté spirituelle.
An 2008
En descendant la via di Porta Cavallegeri, qui se trouve au sud de la cité du Vatican, on bénéficie d'une belle vue sur la coupole de la basilique Saint-Pierre.
La coupole de la basilique Saint-Pierre fut achevée en 1590, soit 84 ans après le début des travaux de reconstruction. Le plan initial de Donato Bramante qui fut choisi par le pape Jules II, prévoyait la construction d'un dôme. Néanmoins, après la mort de Bramante, la basilique et sa coupole furent l'objet d'évolutions. La forme actuelle de la coupole est le fruit de la conception de Michel-Ange. Ceux qui ont visité le Panthéon de Rome ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l'immense coupole de ce monument antique.
Toutefois, il y a des différences. La coupole du Panthéon est soutenue par un épais mur circulaire tandis que le projet de Bramante prévoyait une assise sur quatre piliers. La coupole du Panthéon est de forme sphérique alors que celle de la basilique Saint-Pierre est de forme ellipsoïdale ce qui permet de faire une coupole plus haute que le rayon intérieur de la base. On gagne ainsi de la hauteur tout en économisant de la masse. La coupole du Panthéon a été réalisée principalement en béton tandis que celle de la basilique Saint-Pierre est constituée de deux coquilles de brique. L'oculus de la coupole de Saint-Pierre est surmonté par une lanterne, réalisée par Domenico Fontana, alors que l'oculus du Panthéon est totalement découvert. Ces différences font que la coupole de la basilique Saint-Pierre s'apparente d'avantage à celle de la cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore, achevée en 1436 et qui a certainement inspiré Michel-Ange dans la réalisation de ses plans.
Au milieu du 18ème siècle, des fissures sont apparues dans le dôme. Afin de maintenir sa cohésion, quatre chaînes de fer furent installées entre les deux coquilles.
Le diamètre intérieur de la coupole est de l'ordre de 41,5 m, contre 43,3 m pour celle du Panthéon. La croix qui se trouve au sommet de la lanterne est à plus de 136 m, ce qui en fait la coupole la plus haute du monde. Elle renferme deux coffrets de plomb dont l'un contient un fragment de bois réputé appartenir à la croix utilisé pour l'exécution de Jésus.
En continuant la descente de via di Porta Cavallegeri, juste avant la piazza del Sant'Uffizio qui mène vers la colonade de la place Saint-Pierre, on trouve une petite fontaine, la fontana di Porta Cavallegeri. Elle est adossée au mur médiéval qui entoure le territoire de la cité. Derrière ce mur d'enceinte se trouvait le cirque, construit par Caligula et embelli par Néron, où se déroulaient régulièrement des courses de chars. Mais sur cette colline du Vatican, après les courses de chars, eurent lieu aussi des hommes sont morts, livrés aux fauves, crucifiés ou transformés en torche. Selon la Tradition chrétienne, l'apôtre Pierre serait mort crucifié au Vatican. Selon un texte apocryphe, "Les actes de Pierre", il aurait demandé à être mis en croix la tête en bas afin de ne pas mourir comme son maître.
Après le sac de Rome en 846 par les pirates barbaresques (où la basilique fut pillée) qui remontaient le Tibre depuis l'embouchure du Tibre à Ostie, le pape Léon IV fit élever une première muraille pour protéger le Vatican, qui connut ultérieurement de nombreux agrandissements. Les limites actuelles datent de l'époque de Nicolas V (15ème siècle).
Ce genre d'incident n'était pas isolé en Europe. Par exemple, la ville d'Angers située à plus de 100 km de la côte atlantique a été mise à sac en 845 (puis de nouveau en 852) par les vikings qui remontaient la Loire avec leurs drakkars.
Deux statues colossales de Pierre et de Paul encadrent respectivement à gauche et à droite l'escalier qui mène à la basilique.
La façade fait 115 m de largeur et 45 m de haut. Elle fut commencée en 1607 et achevée en 1612. Elle fut aussi vivement critiquée car elle cache partiellement le dôme au regard du visiteur de la place Saint-Pierre.
Le sommet de la façade est orné de statues représentant les apôtres.
Cette façade fait partie des derniers travaux sachant que la basilique fut terminée en 1626, soit environ 120 ans après la pose de la première pierre.
Entre 1513, année de la mort du pape Jules II, qui vit le remplacement de Bramante par d'autres architectes, notamment Raphaël, et 1547 qui vit la nomination de Michel-Ange, alors âgé, en tant qu'architecte en chef ("Capomaestro"), le plan de la basilique subit des évolutions. Bramante avait proposé une forme en croix grecque (branches de même longueur). Raphaël revint à une forme latine (nef plus grande que les travées et l'abside). Michel-Ange a repris pour l'idée de Bramante d'une croix grecque mais la prolongeant par une nef et un porche.
De chaque côté de la façade, deux tours ont été érigées. Le grand arc qui se trouve en-dessous de la tour de gauche s'appelle l'Arco delle Campane qui est l'une des trois entrées de la cité vaticane.
Au premier étage de la façade se trouve la loggia des bénédictions. Le pape salue les fidèles de la place Saint-Pierre depuis le balcon de la fenêtre centrale et prononce sa bénédiction urbi et orbi à l'occasion des fêtes de Noël et de Paques. C'est depuis ce balcon que le premier des cardinaux-diacre annonce l'élection d'un nouveau pape en prononçant la formule "Annuntio vobis gaudium magnum: habemus papam ..." (Je vous annonce une grande joie: nous avons un pape...). Le nouveau pape apparaît alors au balcon et donne ensuite sa première bénédiction.
La place Saint-Pierre est l'œuvre du Bernin.
Elle est prolongée par une large avenue qui s'appelle la via della Conciliazone. Son aménagement a été décidé 1937 pour commémorer la réconciliation de l'Eglise de Rome et de la République italienne. Les travaux ont été achevés pour l'année jubiliaire 1950. Depuis la conquête de Rome par les nationalistes italiens en 1870 et sa transformation en capitale du royaume d'Italie, le pape Pie IX et ses successeurs se considéraient comme des "prisonniers" à l'intérieur de ce royaume. La "conciliation" ne fut trouvée qu'en 1929 avec les accords de Latran où la République italienne reconnaissait au pape une souveraineté sur un territoire limité à la Cité du Vatican, aux basiliques papales de Rome (Saint-Jean de Latran, Saint-Paul hors les murs, Sainte-Marie majeure) et à divers palais apostoliques dont celui de Castel Gondolfo qui deviendra la résidence d'été des papes.
C'est sur cette place que se rassemblent les fidèles et les pèlerins pour participer à la messe en plein air (l'été) ou recevoir la bénédiction papale. Lors des grands moments liturgiques, la place Saint-Pierre et la via della Conciliazone sont remplies par environ 300 000 fidèles et pèlerins.
Si cette large avenue permet d'augmenter significativement la capacité de rassemblement, elle présente l'inconvénient, pour certains, de faire disparaître l'effet de surprise pour le visiteur quand il voyait au dernier moment ces chefs d'œuvre de l'art baroque que sont la place Saint-Pierre et sa colonnade et la façade de la basilique.
La quadruple colonnade suit le tracé d'une ellipse qui fait respectivement 340 m et 240 m dans sa plus grande longueur et plus petite longeur. Elle est dominée par 140 statues de saints.
Entre les fontaines et l'obélisque se trouvent deux disques matérialisant les foyers de cette ellipse. Un observateur placé sur l'un de ces foyers ne voit qu'une seule rangée de colonnes. Le Bernin a réussi cette perspective en maintenant égaux les espaces entre les colonnes dont le diamètre augmente avec la distance au foyer.
Au 16ème siècle, le pape Sixte V a fait ériger des obélisques antiques sur le parvis des basiliques papales. Ils sont surmontés d'une croix afin d'être des symboles de la victoire du christianisme sur le paganisme.
L'obélisque de la place Saint-Pierre est le premier qui a été déplacé. Il s'agit d'un monolithe de granit taillé au 1er siècle avant J.-C. à Héliopolis pour le préfet romain d'Egypte, Caïus Cornelius Gallus. Il fut ramené à Rome en 37 sur ordre de Caligula qui le fit dresser dans son cirque (sur le côté sud de la basilique). C'est là qu'il se trouvait quand le pape Sixte V donna l'ordre de le mettre sur la place Saint-Pierre.
Les deux fontaines monumentales (celle de gauche sur la photo) ont été faites par Carlo Maderno (1613), également en charge de la façade de la basilique, et Carlo Fontana (1675).
Au nord de la place Saint-Pierre et du parvis de la basilique se trouve le Palais apostolique. On y pénètre par la "porte de bronze" située à l'aile droite de la colonnade, autre entrée de la cité Vaticane (la troisième est l'entrée des musées). Sa construction est contemporaine des grands travaux entrepris par la Papauté après leur retour d'Avignon, à la fin du 15ème siècle.
Outre les appartements privés du pape, le palais accueille la Curie romaine qui est l'organe exécutif de l'Eglise de Rome. Elle est présidée par le pape. Elle est constituée par : une secrétairie d'Etat qui exécute les décisions prises par le pape, des congrégations (équivalents à nos ministères), des conseils pontificaux, de tribunaux.
Comme dans n'importe quel état, la composition exacte et les attributions de ces différentes entités ont évolué avec le temps. La première née des Congrégations est certainement celle qui est la plus sinistre. Il s'agit de la "sainte, romaine et universelle Inquisition", crée par Paul III en 1542. La deuxième congrégation est celle chargée de de l'application des dispositions du Concile de Trente (celui de la Contre-Réforme), en 1564. La troisième est aussi dans les mémoires car il s'agit de la Congrégation de l'Index chargée de censurer les ouvrages dangereux pour la Foi et les mœurs (d'où l'expression "mettre à l'index"). Il y eut ensuite une floraison d'autres congrégations : recours contre les évêques, réforme du droit canon, ligue antiturque, affaires de France, affaires de Pologne, affaires d'Espagne, etc.
Comme dans les autres états, il y a aussi des moments où le pape décide de remettre de l'ordre et de simplifier la structure de l'organisme chargé de l'assister. C'est ainsi que Sixte V ramène à 15 le nombre de congrégations.
Comme dans les autres états, on garde le même ministère mais son nom est modifié afin de rendre compte d'une évolution dans ses missions. En 1909, Pie X renomme la première des Congrégations de la Curie, l'Inquisition, en "Sacrée congrégation du Saint Office". Après le concile Vatican II, en 1965, le pape Paul VI décide de supprimer le Saint-Office et l'Index pour les remplacer par la Congrégation pour la doctrine de la Foi.
Depuis 1981 et jusqu'à son élection, cette Congrégation a été présidée par le cardinal Ratzinger. Il est à noter que sous sa présidence eurent lieu deux repentances de l'Eglise de Rome : en 1992, pour l'affaire Galilée, en 2000, pour les excès de l'Inquisition.
Dans l'organigramme actuelle de la Curie romaine, il y a trois tribunaux. Le tribunal de la Signature apostolique et un tribunal jugeant les affaires ecclésiastiques. La Rote romaine a pour mission d'être un tribunal de premier instance et une cour d'appel. Ce tribunal s'occupe notamment des affaires d'annulation de mariage. La Pénitencerie apostolique traite les affaires de conscience.
"Mais nous, nous annonçons un Messie cloué sur une croix. Les Juifs ne peuvent absolument pas accepter cela, et ceux qui ne sont pas juifs pensent que c'est une folie". Dans sa première lettre au Corinthiens, (chapitre Ier, verset 23), Paul met en lumière le fondement de la foi chrétienne qui pose le plus de problème pour le profane.
Le Vendredi saint est le jour où les chrétiens commémorent les différents moments du dernier jour de Jésus de Nazareth. Le "chemin de croix", à l'intérieur des églises et dans les rues, évoque en quatorze stations cette dernière journée. Le rituel du chemin de croix est l'un des plus anciens du christianisme. La basilique Saint-Pierre n'échappe pas à cette tradition. C'est pourquoi, on trouve accrochés aux murs du parvis de la basilique les plaques matérialisant les différentes stations du chemin de croix.
La file d'attente pour entrer dans la basilique peut être longue. La raison principale est le passage par les portiques de sécurité. Une autre raison est la négociation de certains visiteurs avec les gardiens de la basilique au sujet de la tenue vestimentaire. Pensez à venir les épaules couvertes. En outre, les hommes doivent porter un pantalon et les jupes des femmes doivent descendre jusqu'au genou (ou porter un pantalon). Je vous invite à rejoindre l'extrémité gauche du portique.
Derrière une grille, se trouve une statue équestre de Charlemagne réalisée en 1735 par Cornacchini, rappelant qu'il fut couronné empereur le jour de Noël de l'an 800, par le pape Léon III, dans la basilique Saint-Pierre. Par ce sacre, un empire occidental chrétien renaissait, 324 ans après la chute de l'Empire occidental romain. Grâce à ce sacre, l'Eglise de Rome allait pouvoir s'appuyer sur un bras séculier occidental et s'affranchir ainsi de l'autorité politique de l'empereur d'Orient, devenu le seul empereur romain légitime après la chute de l'empire d'Occident. Toutefois, comme on le verra à la fin de notre visite, cette alliance deviendra conflictuelle avec les héritiers de Charlemagne.
A l'autre extrémité du portique, dans le vestibule de la Scala Regia, se trouve la statue équestre de l'empereur Constantin, premier empereur romain chrétien. La statue a été réalisée par le Bernin.
Au-dessus de l'arche centrale du porche, dans son côté intérieur, se trouve la mosaïque de la "Navicella", réalisée par Giotto en 1300 pour la basilique antique. Dans la nouvelle basilique, elle peut être vue par le fidèle qui sort par la porte centrale de la basilique.
Cette mosaïque fait allusion au récit de la traversée en barque du lac de Galilée. Le récit se trouve dans les quatre Évangiles mais c'est la version de Matthieu qui est illustrée (chapitre 14, versets 22 à 33). Dans cette version, Jésus demande aux disciples de monter dans une barque et de partir en premier, le temps pour lui de disperser la foule qui était venue l'écouter dans la journée. La traversée se passe mal pour les disciples à cause du vent et des vagues. Jésus les rattrape ... en marchant sur l'eau. Les disciples sont effrayés et se demande si cette personne qui vient à leur rencontre est bien leur maître, Jésus de Nazareth. Pour être rassuré sur son identité, Pierre demande à Jésus de lui donner aussi la capacité de marcher sur l'eau et de venir vers lui. La suite est racontée dans les versets 30 à 32. Mais, en voyant qu'il y a du vent, il a peur, il commence à s'enfoncer dans l'eau. Alors il crie : "Seigneur, sauve-moi !" Aussitôt, Jésus tend la main à Pierre, il le saisit et lui dit : "Tu n'as pas beaucoup de foi ! Tu n'as pas eu confiance. Pourquoi ?". La réponse de Pierre n'est pas dans le récit. L'émotion ne lui a sans doute pas permis de prononcer des paroles dignes d'intérêt pour l'évangéliste. Néanmoins, en regardant la mosaïque, on imagine très bien que ses premières paroles furent d'abord des paroles de reconnaissance.
Cinq portes permettent d'accéder à la basilique. La dernière à droite est la porte Sainte. Elle n'est ouverte que durant les années jubilaires (voir l'article "Découvrir la Rome paléochrétienne" pour plus de détails). Les seize panneaux des battants de la porte ont été réalisés en bronze par le sculpteur Vico Consorti pour le jubilé de 1950.
La porte centrale a été réalisée par Antonio Averulino, dit "le Filarète", en 1455. Ses battants sont celles de la basilique primitive.
La dernière porte à gauche est la porte de la Mort. L'origine de ce surnom est que les cortèges funéraires quittent la basilique par cette porte.
Je vous invite maintenant à entrer par la porte centrale de la basilique.
La nef centrale communique au visiteur un sentiment d'irréalité. C'est normal car il s'agit de la plus grande basilique du monde. On estime qu'elle peut accueillir environ 60 000 personnes. La longueur totale, y compris le porche, est de l'ordre de 211 m (187 m sans le porche). Le transept s'étend sur 138 m. Vous trouverez environ 450 statues, 500 colonnes et 50 autels. Autant vous dire tout de suite que vous ne pourrez pas tout voir en une journée et qu'il vous faudra revenir. Vous pouvez aussi être fasciné par le pavement car pas moins de 180 couleurs de marbre ont été utilisées.
L'axe médian de la nef centrale est protégé des visiteurs. En dessous de celle-ci se trouve les tombeaux des papes, à l'exception des quelques papes que l'Eglise de Rome a choisi d'honorer en réalisant des monuments funéraires à leur gloire, en surface. Cet espace souterrain qui sert de nécropole pour les papes s'appelle "les Grottes Vaticanes".
Sur cet axe médian, des repères ont été placés afin de matérialiser les longueurs des autres grands édifices religieux du monde. L'église de Notre-Dame de Paris, par exemple, qui affiche modestement 130 m. Pour mémoire, la basilique primitive faisait 120 m de long (et 64 m de large).
Pas très loin de l'entrée de la nef centrale, il y a un disque de porphyre inséré dans le pavement. Il a été récupéré de la basilique primitive et c'est sur ce disque (qui se trouvait alors devant l'autel) que Charlemagne reçut sa couronne d'empereur.
La basilique est gigantesque mais on ne s'en rend pas compte car tout est en proportion. Par exemple, les deux premiers piliers de la nef centrale ont une vasque ornée d'angelots dont la taille approche 2 m.
Ces vasques s'appellent des bénitiers car ils contiennent de l'eau bénite ordinaire. C'est une eau mélangée à du sel et qui fait l'objet d'un rituel à base d'exorcismes et de prières. Elle est à la disposition du chrétien qui souhaite effacer ses péchés véniels avant de commencer un culte ou de faire une prière. Dans l'ancien testament, l'eau bénite servait à effacer les souillures légales. Pour ce faire, le chrétien trempe la main droite dans la vasque puis effectue un signe de croix. Dans le rituel de l'Eglise de Rome, il existe deux autres types d'eau bénite : l'eau baptismale qui sert au baptême et qui est versée dans une cuve appelée baptistère, l'eau grégorienne qui est utilisé pour la consécration des Eglises et des Autels selon un rituel défini par le pape Grégoire Ier.
La première chapelle de la nef droite s'appelle la Pietà qui est le nom donné à la sculpture qu'elle abrite. Une vitre a été installée afin de protéger l'œuvre, depuis qu'une personne déséquilibrée eut cassé le nez et la main de l'une des statues. La Pietà est un groupe de statues, l'une représentant Jésus, mort, descendu de la croix, l'autre, sa mère, Marie, exprimant toute la douleur qu'une mère peut exprimer à la vue d'un de ses enfants morts. Mère douloureuse, Mater dolorosa en latin ou Pietà. Elle a été réalisée vers 1498-1500 par un jeune artiste qui n'avait pas encore 25 ans, dont le prénom était Michelangelo (Michel-Ange en français), sur commande du cardinal-ambassadeur de France de l'époque.
Elle était destinée à orner le monument funéraire de ce cardinal, dans la chapelle Sainte-Pétronille dans l'ancienne basilique. Elle fut saluée comme la révélation d'un génie (ce qui répondait à l'une des clauses du contrat de commande qui stipulait ni plus ni moins que ce devait être "la plus belle oeuvre en marbre existant à Rome à ce jour"). Cependant, le bruit qu'il n'était pas l'auteur de cette oeuvre fut répandu ce qui irrita profondément Michel-Ange au point qu'il appliqua sa signature en travers de la poitrine de la statue représentant Marie.
Le jeune homme ne se doutait pas qu'il se verrait par le pape Jules II d'autres travaux comme les fresques de la chapelle Sixtine ou la réalisation de son tombeau dans la nouvelle basilique. A cause des critiques qu'il exprimait à l'encontre de Bramante, architecte en titre de la nouvelle basilique, et se croyant menacé, il regagna Florence. Il ne se doutait pas aussi qu'à l'age de 72 ans, il serait appelé par le pape Paul III pour mettre fin aux hésitations dont faisait l'objet la nouvelle basilique après la mort de Bramante. Toutefois, Paul III dut se montrer insistant face à un Michel-Ange peu enthousiaste à s'engager sur un projet aussi vaste durant ses vieux jours. Mais le sentiment du devoir a du l'emporter puisqu'il écrivit "je l'entreprends seulement pour l'amour de Dieu et dans l'honneur de l'Apôtre".
Je vous invite à découvrir la suite de la nef latérale droite.
Au passage, vous pouvez admirer les ornements baroques des piliers de la nef (ceux de la photo se trouvent sur le premier pilier de la nef droite). Lors de son inauguration, le 18 novembre 1620, la basilique était encore très dépouillée. C'est le Bernin et ses élèves qui allèrent transformer cet édifice encore austère en théâtre religieux grâce au souffle lyrique et triomphal de l'art baroque.
Sur votre droite, après la chapelle de la Pietà, on trouve la chapelle du Crucifix (ou des Reliques) puis une autre chapelle dont l'accès est protégé par des grilles et des rideaux. Un gardien du Vatican est posté devant l'entrée afin de s'assurer que le bon ordre règne. Il veille aussi à ce qu'aucune photo ne soit prise. Cette chapelle est celle du Saint-Sacrement et elle peut être considérée comme le cœur spirituel de la basilique.
Selon Henri Tincq dans son ouvrage intitulé "Les Catholiques" (publié chez Grasset à Paris), le mot latin sacrementum qui, dans le vocabulaire juridique de la Rome antique, désigne une somme déposée en garantie de sa bonne foi, est une ancienne traduction latine mal adaptée du mot grec mysterion. Ce mot était utilisé par les premiers chrétiens pour désigner un signe visible d'une réalité cachée. Selon la doctrine de l'Eglise de Rome, le Christ continue d'agir au milieu des hommes par son Eglise au moyen de "sacrements". L'Eucharistie ou Saint-Sacrement est l'un de ces signes.
Ce signe est constitué par le pain et le vin qui sont consacrés durant la messe dominicale. Par cette consécration, qui ne peut être faite que par une personne ayant été ordoné prêtre par l'Eglise de Rome, ce pain et ce vin deviennent le corps et le sang symbolique du Christ. Le rituel du dernier repas de Jésus avec ses disciples, décrit dans tous les Evangiles (Matthieu 26, versets 26 à 28), peut alors se répéter. Tout comme les premiers disciples étaient invités par Jésus à partager le pain et le vin, les personnes baptisées sont invitées par le célébrant de la messe à recevoir le corps symbolique du Christ. Ce symbole est matérialisé par une hostie qui est une petite rondelle de pain mince non fermentée (pain azyme) que le célébrant met sur la langue du fidèle. Les hosties restantes sont mises dans un ciboire qui lui-même est placé dans un petit meuble fermant à clé qui est appelé tabernacle. En général, il est placé au-dessus de l'autel. Dans la basilique Saint-Pierre, il est placé dans cette chapelle qui devait servir à l'origine de sacristie.
Vous pouvez entrer dans cette chapelle et contempler silencieusement les ornements. Le tabernacle a la forme d'un petit temple circulaire, surmonté d'un dôme dont le sommet est occupé par une statue du Christ ressuscité faite par le Bernin. La plus grande discrétion est de rigueur car cet espace est réservé aux personnes qui veulent prier devant ce meuble qui renferme le corps symbolique du Christ. Cette attitude de prière est appelée "Adoration Eucharistique". La pratique de cette adoration remonte aux origines de l'Eglise de Rome, bien avant que le Christianisme ne soit autorisé par Constantin.
De part et d'autre de l'autel, vous constaterez la présence de photophores. Leur lumière symbolise la présence du Christ dans cet autel. Ils fonctionnent tous les jours de l'année, sauf le samedi qui prècède Pâque puisque c'est le jour d'absence du Christ, celui-ci ayant été mort la veille et n'étant pas encore ressucité.
A droite du vestibule de la chapelle du Saint-Sacrement, se trouve le monument funéraire du pape Innocent XII. Ce monument a été édifié au milieu du 18ème siècle, ce qui correspond à la fin de la période baroque. Le pape Innocent XII est représenté assi en train de saluer. Il est entouré par deux statues représentant la Chasteté (à gauche) et la Justice (à droite). Cette dernière tient une épée de la main droite et une balance de la main gauche. Ce pape qui exerça son ministère de 1691 à 1700 fut le premier à se prononcer contre le népotisme. Il prit un décret qui interdisait aux papes à tout moment, de donner des propriétés, des charges ou des rentes à des parents quels qu'ils fussent ; en outre, un seul de leurs parents pouvait être élevé au cardinalat.
Tout au long de son pontificat il se tint à cette décision et pas un membre de sa famille ne reçut de charge au Vatican. Il lutta aussi contre le commerce des charges ecclésiastiques.
A gauche du vestibule de la chapelle du Saint-Sacrement, on voit le monument funéraire de Grégoire XIII dont le ministère s'étend de 1572 à 1585. Ce monument de style baroque a été réalisé entre 1715 et 1723. Les statues sont du sculpteur milanais Camillo Rustoni. Le pape est représenté en train de donner sa bénédiction. Il est entouré de deux statues. Celle de gauche symbolise la Religion. Elle tient les tables de la Loi sur lesquelles sont gravés en latin le début du verset 9 du chapitre 2 de l'Apocalypse : "Je sais tes oeuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta persévérance [...]". L'œuvre que l'Histoire a retenue est, sans aucun doute, la réforme du calendrier institué par Jules César car le calendrier réformé, encore appelé calendrier Grégorien, est encore suspendu sur le mur de nos cuisines ou dans nos lieux de travail.
Il y a un peu plus de deux mille ans, le comptage des jours et la détermination des jours fériés était confié au Pontife. Cependant la plus grande anarchie régnait car les pontifes profitaient de ce pouvoir pour prolonger la magistrature de leurs amis (ou abrégeaient celle de leurs ennemis), avançaient ou retardaient les échénances pour les créanciers. Jules César décida de mettre fin à cette anarchie en instituant un calendrier unique pour tout le monde qui soit fixe par rapport aux saisons étant donné leurs impacts sur l'activité économique, essentiellement dominée alors par l'agriculture (lui-même descendant d'une famille d'agriculteurs). Avec l'aide de l'astronome grec Sosigène établi à Alexandrie, il arrêta un calendrier annuel de 365 jours, commençant le 1er janvier (date à laquelle les consuls entraient en charge). Afin d'être fixe par rapport aux saisons, notamment le printemps qui était fixé au 25 mars, il était institué une journée supplémentaire au mois de février, tous les quatre ans car il avait déjà été observé dans l'Antiquité que la longueur des saisons (encore appelée "année tropique" en astronomie) ne faisait pas exactement 365 jours. Un siècle plus tôt, l'astronome Hipparque considérait que l'année tropique faisait 365 jours 5 heures et 55 minutes. L'estimation est remarquable pour l'époque compte tenu de la difficulté d'observer les équinoxes ou les solstices puisque la valeur "exacte" est 365 jours 5 heures et 49 minutes. Le mot "exacte" est à mettre en guillemet car cette durée elle-même évolue lentement avec les millénaires et pour notre propos il n'est pas nécessaire de considérer une précision meilleure que la minute pour la durée de l'année tropique. La réforme julienne entra en vigueur le 1er janvier de l'an 45 avant l'ère chrétienne.
Pâques, qui dans les Eglises chrétiennes correspond au jour de la résurection du Christ (que l'on qualifiera de symbolique si on veut se placer d'un point de vue strictement profane), se rattache à la Pâque juive puisque les Evangiles rapportent que le dernier repas de Jésus est lié aux rites de cette fête religieuse dont l'institution remonte à l'époque de Moïse (Exode, chapître 12, versets 1 à 11). Dans le calendrier juif, la Pâque est fêtée au mois de Nisan (mois des fleurs) qui correspond peu ou prou à notre mois d'Avril. Le 14 Nisan, à la Pleine Lune, les Hébreux font le sacrifice d'un agneau. Le lendemain, 15 Nisan, commence la fête de la Pâque qui durait huit jours. Le 16 Nissan, il était d'usage d'offrir à Dieu les prémices de la moisson des orges. Cinquante jours après, il était d'usage d'offrir deux pains de froment nouveau, pour remercier Dieu de la moisson finie. Afin de rester à peu près fixe par rapport au printemps ou tenir compte d'une germination tardive des orges, il était intercalé de temps en temps par le Grand-Prêtre juif, un mois lunaire supplémentaire. La conséquence est que le calendrier juif s'ébauchait pas à pas.
Une autre conséquence de ces flottements du calendrier juif par rapport au calendrier julien est que la date de la fête de Pâques variaient beaucoup d'une communauté chrétienne à l'autre.
Pour uniformiser la date de la Pâque chrétienne, le concile de Nicée (325) fixa la règle suivante : "Pâques est le dimanche est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars, ou immédiatement après". La date du 21 mars avait été choisie par le concile car il avait été observé que l'équinoxe de printemps s'était produit ce jour-là. L'écart de quatre jours entre la date conventionelle du printemps dans le calendrier julien et la date observée en cette année du concile fut attribué non pas à une imperfection du calendrier mais à une erreur de Sosigène dans l'observation du début de printemps lors de l'entrée en vigueur du nouveau calendrier.
En fait l'explication de cet écart de quatre jours tient à la fois de l'imperfection du calendrier julien et d'une erreur d'observation de Sosigène. En effet, l'alternance de trois années ordinaires de 365 jours et d'une année bisextile de 366 jours fait que l'année julien fait en moyenne 365 jours et 6 heures, soit 5 minutes de plus que la valeur estimée par Hipparque (et que ne pouvait pas ignorer Sosigène mais ce dernier a du estimer que l'ecart était négligeable par rapport aux besoins de Jules César) mais 11 minutes par rapport à la durée de l'année tropique. A l'échelle d'une année ou d'une vie humaine, 11 minutes c'est peu. Mais, en 370 ans, période séparant le concile de Nicée de l'ère julienne, cela conduit à 4070 minutes, soit presque 3 jours. Le quatrième jour d'écart s'explique par une erreur d'observation de Sosigène (le printemps avait sans doute commencé le 24 mars).
La confiance du concile de Nicée dans le calendrier julien fit que la date du printemps continua d'avancer et à l'époque du ministère de Grégoire XIII, la dérive atteignait dix jours. A force, la Pâque chrétienne allait perdre son caractère de fête de début du printemps puisqu'elle avait été liée au calendrier julien par le concile de Nicée. Ce problème fut évoquée lors du concile de Trente (1543-1553) mais ne trouva pas de solution. La charge de résoudre ce problème fut confié au pape. Après avoir demandé à une commision de savants de faire des propositions, Grégoire XIII arrêta sa réforme qui, a l'instar de celle de Jules César, comportait deux parties.
La première est constitué des règles générales de détermination du calendrier. Les principes du calendrier de Jules César sont conservés, l'amendement apporté par la réforme consiste simplement à supprimer les jours bissextiles des années séculaires non divisibles par 400 (1700, 1800 et 1900 n'étaient pas bissextiles par contre 2000 l'a été). De cette façon, la durée moyenne d'une année grégorienne est 365 jours 5 heures et 49 minutes. L'écart avec la durée de l'année tropique devient inférieure à une minute. Certes, il subsiste un écart de 26 secondes et si rien n'est fait dans dix mille ans alors l'équinoxe tombera le 18 mars mais cela laisse le temps de voir venir !
La seconde partie a eu pour objectif de ramener l'équinoxe de printemps au 21 mars afin que la règle du concile de Nicée garde sa pertinence. Comme le printemps avait commencé le 11 mars en 1582, Grégoire XIII décida que le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 serait suivi du vendredi 15 octobre 1582.
Cette réforme fut mis immédiatement en application à Rome, en Espagne et au Portugal puis étendu progressivement aux autres états occidentaux. L'adoption de la réforme du calendrier fut plus difficile dans les états protestants qui répugnaient à appliquer une prescription papale : "Les protestants aiment mieux être en désaccord avec le Soleil qu'avec le pape", commentait Képler. Son application fut aussi plus lente dans les pays de confession orthodoxe où la Pâque reste liée au calendrier julien.
Mais revenu à notre monument funéraire car nous n'avons pas encore parlé de la statue de droite, celle qui soulève le drap qui protège le sarcophage. Elle s'appelle la Magnificence. En soulevant le drap, elle découvre avec curiosité un bas-relief qui évoque la réforme du calendrier entrepris par le pape Grégoire XIII. Cette mise en scène destiné à susciter le ravissement de l'observateur vis à vis de cette réforme est typique de l'art baroque.
Sous le sarcophage, se trouve un dragon qui fait mine d'être dérangé par le soulèvement du drap. Ce dragon fait partie de l'héraldique de la famille du pape Grégoire XIII.
Il nous reste plus qu'à saluer ce pape et d'aller plus en avant dans la partie de la basilique qui a été réalisée par Michel-Ange et qui peut être considérée comme le sanctuaire de la basilique.
Jusqu'à maintenant, nous étions dans le prolongement de la nef réalisé par Carlo Maderno et achevé par le Bernin qui réalisa les travaux délicats de raccordement de ce prolongement avec l'ouvrage de Michel-Ange. Ce prolongement avait été demandé par le pape Paul V afin que la basilique ait la capacité d'accueillir les pélerins et les fidèles de Rome lors des grandes cérémonies. Par ailleurs, ce prolongement permettait de recouvrir ce qui restait de l'ancienne basilique.
Je vous propose de contourner par la gauche l'imposant pilier qui se trouve en face de nous.
A la demande du pape Paul III, préoccupé d'achever un chantier qui durait déjà 44 ans, Michel-Ange pris la direction des travaux avec l'idée d'un édifice qui soit un mausolée avec pour centre les reliques de l'apôtre Pierre. C'est pourquoi il garda le plan en croix grecque de Bramante mais en le simplifiant.
En revenant dans la nef centrale, vous ne pouvez pas manquer la statue de Pierre en bronze, sculptée au 13ème siècle par Arnolfo di Cambio, assis sur une sculpture de siège épiscopal en marbre. Cette statue fait l'objet d'une grande dévotion. Des générations de "romieux" (c'est ainsi que l'on nommait au Moyen-Age ceux qui allaient faire un pélerinage à Rome) ont baisé le pied droit de la statue au point que les orteils ont disparu.
Le baldaquin qui abrite l'autel pontifical est l'une des œuvres majeures du Bernin dans la basilique. Les colonnes torses sont d'une hauteur exceptionnelle et donne le sentiment aux fidèles d'une montée au ciel des prières. Ces colonnes sont faites en bronze pris au Panthéon de Rome.
Les ornements du sommet du baldaquin se prêtent à des jeux de lumière avec le soleil.
Les jeux de perspectives avec le transept sud sont époustouflants.
Il est difficile de trouver les mots juste pour exprimer ce qui peut être ressenti quand on met en perspective l'oeuvre géniale du Bernin avec la conception géniale dont a fait preuve Michel-Ange pour la coupole (mais qui ne la vit pas car il mourut quand la construction était encore au stade du tembour). Les effets de lumière permis par les fenêtres du tambour et par ceux du lanternon donne au visiteur le sentiment d'une présence divine.
Afin que les proportions paraissent aussi harmonieuse à l'intérieur qu'à l'extérieur, Michel-Ange avait prévu d'emboîter deux coupoles.
A la base du tambour, il est écrit en latin, avec des lettres de 2 mètres de haut, les versets 18 et 19 du chapitre 16 de l'Evangile de Matthieu : TV ES PETRVS ET SVPER HANC PETRAM AEDIFICABO ECCLESIAM MEAM. TIBI DABO CLAVES REGNI CAELORVM. "Tu es Pierre et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux".
L'oculus de la coupole est également revêtu d'une inscription : S. PETRI GLORIAE SIXTUS LE PP. V. A. M. D. XC. PONTIF. V. ("A la gloire de Saint-Pierre; Sixtus V, pape, en 1590, cinquième année de son pontificat"). 1590 est l'année des derniers travaux de la coupole, conduits par Giacomo della Porta, puis par Domenico Fontana qui ont succédé à Michel-Ange après sa mort en 1564. Giacomo della Porta termina la voûte de la coupole tandis que le lanternon fut achevé par Fontana, en 1593, durant le ministère du pape Grégoire XIV). Le pape suivant, Clément III, fit mettre en place une croix au sommet du dôme extérieur.
Quatre médaillons de 8 mètres de diamètre sont placés en pendentif en dessous de la coupole. Ils représentent les quatre évangélistes : Mathieu, Marc, Luc et Jean.
En dessous de l'autel papal se trouve une confession que la Tradition de l'Eglise de Rome considère comme étant celle de l'apôtre Pierre.
Sur la demande du pape Pie XII, des fouilles archéologiques ont été réalisées entre 1939 et 1950. En dessous de l'autel actuel, il a été constaté une superposition d'autels : il y a d'abord celui de Clément VIII, puis en dessous celui de Calixte II, puis encore en dessous celui de Grégoire Ier, et en dessous ... se trouve un petit édifice cultuelle sous lequel se trouve une tombe ... trouvée vide. Un des murs de soutien porte des inscriptions grecs. La première est IIETR qui sont les quatre premières lettres de Petrus ce qui conforte l'hypothèse de la présence du tombeau de Pierre en-dessous de l'autel actuel. La deuxième inscription est composé des lettres EN qui est sujette à deux interprétations : soit elle serait la forme abréviative "dedans est", soit elle pourrait être l'abréviation de "il manque" qui pourrait soutenir l'hypothèse défendue par l'historien Jérôme Carcopino, d'un transfert temporaire des ossements de l'apôtre dans un lieu plus sûr, les catacombes de Saint-Sébastien (qui n'était pas encore propriété de l'Eglise de Rome), durant la persécution de Valérien.
Dans une cachette aménagée dans un mur perpendiculaire au petit édifice, il a été retrouvé des ossements d'un homme de sexe masculin sexagénaire. Si on reste dans l'hypothèse de Jérôme Carcopino alors on peut imaginer qu'il s'agit des restes de l'apôtre Pierre (puisque l'âge de la personne correspond peu ou prou à celle de Pierre au moment de son exécution) qui auraient été ramenés ultérieurement.
Eusèbe Pamphile, évèque de Césarée (265-339), s'est intéressé à l'histoire de l'Eglise primitive. Dans un de ses écrits, il cite une lettre que le prêtre Gaius écrit à son ami Proclus pour l'inviter à Rome et où il précise : « Au Vatican et le long de la voie d’Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui fondèrent cette Église ». A cause de ce passage, ce petit édifice s'appelle le "Trophée de Gaïus". La tombe qu'elle renferme a été reconnue comme étant celle de Pierre par le pape Paul VI en 1964.
Au fond de l'abside, en hauteur, se trouve un trône de bronze réalisée par le Bernin, appelé "Catedra Petri" ("chaire de Saint-Pierre"), car il abrite les restes d'une chaire symboliquement attribuée à l'apôtre Pierre.
Le meuble de bois et d’ivoire qui est renfermé dans l'ouvrage du Bernin a peu de chance d'être la vraie chaire de saint Pierre. Il fut offert au pape Jean VIII par Charles le Chauve, sans doute pour son couronnement impérial, à la Noël 875. Comme on peut le voir sur la reproduction qui se trouve dans le musée historique de la sacristie, les plaques d’ivoire qui datent du troisième ou du quatrième siècle, grossièrement assemblées, montrent les douze travaux d’Hercule et des animaux fantastiques.
Dans l'Eglise primitive, seul l'évêque dispensait aux fidèles et aux catéchumènes l'enseignement de Jésus de Nazareth, perpétuant ainsi la mission qu'il avait confié aux apôtres, ce qui conférait à l'évêque prestige et autorité. La chaire sur laquelle était assis l'évêque en était le symbole.
L'apôtre Pierre a donné son enseignement à Antioche, ville de l'empire d'Orient, puis à Rome, capitale de l'empire d'Occident. A ce titre, l'Eglise de Rome considère la chaire de l'apôtre Pierre comme un trait d'union entre elle et l'Eglise d'Orient dont elle s'est séparée en 1054 (grand schisme d'Occident).
Ce trait d'union a d'abord été mis en valeur par le pape Paul IV qui décida de fêter cette chaire en 1547, celle-ci étant déjà fêtée à Antioche. Les galicans ne souhaitant pas faire de fête durant le Carême, la date arrêtée par le pape ne fut pas le 22 février comme à Antioche mais le 18 janvier. Ce n'est qu'après la réforme du calendrier des fêtes religieuses qui fut entreprise à l'issue du concile Vatican II que l'union sur la date du 22 février fut faite.
En 1656, le pape Paul VII ordonna que cette chaire symbolique de celle de Pierre fut mise au fond de l'abside de la basilique qui lui est dédiée afin que les fidèles puissent la vénérer.
La "chaire de Saint-Pierre" est soutenue par les statues colossales (elles mesurent environ 5 mètres) de quatre docteurs de l’Eglise, deux d’Occident, Augustin et Ambroise, et deux d’Orient, Jean Chrysostome et Athanase.
Au dessus du trône symbolique de l'apôtre Pierre, le Bernin a réalisé une "Gloire", faite de marbres colorés, de bronze et de stuc dorés, qui donne l'impression que le trône pontifical, porté par les nuées, descend du ciel. Au centre de la "Gloire", une ouverture laisse passer la lumière, donnant le sentiment d'un soleil venant éclairer la basilique. Elle porte une colombe qui est le symbole du Saint-Esprit.
Comment expliquer en quelques mots ce qu'est le Saint-Esprit ? Je dois avouer que la tâche est difficile car nous sommes au cœur d'un des dogmes fondamentaux du christianisme qui est celui de la Trinité. Je préfère donc laisser à Jésus de Nazareth lui-même le soin de vous expliquer le symbolisme de cette colombe et je vous invite à regarder l'ensemble de l'œuvre du Bernin tout en écoutant les paroles suivantes (Evangile de Jean, chapitre 14, verset 26) : "Le Père enverra en mon nom l'Esprit-Saint, celui qui doit vous aider. Il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit".
Dans les Evangiles, "Le Père" est une expression utilisée par Jésus de Nazareth pour désigner Dieu. Dans l'oeuvre du Bernin, la lumière qui passe au travers de l'ouverture du fond de l'abside est le symbole de la présence de Dieu.
Deus, Dieu, theos cachent l'idée - matérielle et sensible - de lumière. Toutes les langues indo-européennes, du sanskrit aux idiomes actuels, témoignent du passage de l'idée du jour, de clarté à celle de divinité. [...] Le nom grec Zeus dit à la fois "dieu" et "lumière" et le nom latin Jupiter, c'est ju-pater, "jour-père", le "père du jour". Alain Rey. Chroniques au fil de l'actualité. 15 janvier 2004 sur la radio française "France Inter".
La "Gloire" fut achevée par le Bernin en 1666, alors qu'il avait déjà 68 ans. La "chaire-relique" qu'elle renferme fut exposée l'année suivante, à l'occasion du seizième centenaire du martyre de Pierre et Paul. Depuis, elle ne fut exposée qu'en 1867.
A droite de l'abside, se trouve une chapelle dédiée à Saint-Michel et à Sainte-Pétronille.
Pétronille est un diminutif du prénom Petro ou Petrus. Selon les indications retrouvées sur une fresque datant du 4ème siècle située dans la basilique souterraine des catacombe de Rome : elle était la descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père du futur empereur Vespasien, et elle a été martyrisée. Le tableau derrière l'autel qui lui est consacrée a pour thème la mise au tombeau de la jeune martyre.
Selon la tradition de l'Eglise de Rome, Pétronille aurait reçu l'enseignement de l'apôtre Pierre et aurait été baptisée par lui.
Le sarcophage contenant les restes de Pétronille a été placé dans l'ancienne basilique par le pape Paul Ier en 757 .
En vertu d'une tradition de dévotion des rois de France qui remonte à Pépin le Bref (il aurait demandé à ce que sa fille soit baptisée par le pape Paul Ier près du tombeau de la martyre), Pétronille est la patronne des rois de France. Dans le calendrier des fêtes religieuses, Pétronille est fêtée le dernier jour de Mai. A cette occasion, une messe est dite dans la chapelle qui lui est dédiée, pour la France et tous les français de Rome y sont invités.
Dans cette chapelle se trouve le monument funéraire du pape Clément XIII, réalisé par Antonio Canova à la fin du 18ème siècle. La femme qui porte une couronne solaire et une croix symbolise la religion chrétienne qui éclaire l'humanité. Ce 18ème siècle est celui de la philosophie des Lumières et des idées libérales en Europe. L'Eglise de Rome peine à trouver le bon équilibre entre sa Doctrine et ce foisonnement d'idées nouvelles qui vont façonner les générations européennes des siècles suivants. Son prédecesseur, Benoît XIV était ouvert aux idées nouvelles. Notamment, il autorisa la diffusion des travaux de Galilée et de Coppernic. Grâce à lui, l'Eglise de Rome admettait que le centre du monde n'était plus la Terre ! Cependant, elle n'admettait pas que la rationalité aboutisse à une contestation des Ecritures sur lesquelles est fondée la foi chrétienne.
L'Eglise demeure profondément convaincue que la foi et la raison "s'aident mutuellement". Cette phrase, issue des conclusions de l'encyclique "Fides et ratio", écrite par Jean-Paul II en 1998, résume bien la position de l'Eglise de Rome concernant les relations entre la foi et la raison.
Augustin (354-430), un des docteurs de l'Eglise de Rome, écrivait : "Je crois pour comprendre", "Quiconque croit pense. Si elle n'est pas pensée, la foi n'est rien". Il y a donc un lien de dépendance entre la foi et la raison que Thomas d'Acquin, autre docteur de l'Eglise de Rome, résume par la formule "la foi est la servante de la raison". Jean-Paul II écrit dans son encyclique : "Il est illusoire de penser que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande; au contraire, elle tombe dans le grand danger d'être réduite à un mythe ou à une superstition". On pourrait aussi ajouter le danger du fanatisme.
Cependant, la raison peut-elle se passer de sa servante, la foi ?
La question peut être posée car la philosophie et la théologie qui étaient restées unies durant le Moyen-Age se sont séparées progressivement à partir du 16ème siècle. Le regard de Jean-Paul II sur cette période la plus récente de l'Histoire occidental est que la raison en se coupant de la raison finit par perdre de vue la dignité de l'homme :
"À
cette pensée se sont opposées diverses formes d'humanisme
athée, philosophiquement structurées, qui ont présenté
la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la
pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour
de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le
plan politique et social, ont abouti à des systèmes
totalitaires traumatisants pour l'humanité."
Si les problèmes d'unité doctrinale ou institutionelle de l'Eglise préoccupaient les papes du temps de la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre (et les préoccupent sans doute encore), les architectes qui ont succédé à Bramante étaient aussi en prise avec des questions d'unité de cette église en tant que construction, sans pouvoir les résoudre complètement puisqu'aucun d'eux n'ont vu la fin des travaux de construction, à part Carlo Maderno qui avait achevé le prolongement de la nef centrale et de la façade.
C'est le Bernin, quand le pape Alexandre VII lui confia la direction des travaux, en 1629, après la mort de Maderno, qui réalisa l'unité architecturale de la basilique. Après les travaux de raccordement de l'édifice de Michel-Ange et de la nef centrale de son prédecesseur, Le Bernin s'appliqua à gommer la différence de style entre les deux constructions. En effet, le dépouillement des énormes piliers (18 m de côté) qui soutenaient la coupole contrastait singulièrement avec le style baroque du prolongement de la nef centrale.
Pour remettre de la cohérence au niveau des ornements, Le Bernin fit revêtir de marbre les piliers et il fit aménager de grandes niches à la base de chacun d'eux pour accueillir des statues colossales évoquant les reliques gardées dans la basilique :
- une statue d'un centurion tenant une lance pour la relique de la lance qui aurait percé le flanc de Jésus de Nazareth afin de s'assurer qu'il était bien mort avant d'autoriser sa descente de la croix,
- une statue d'Hélène, mère de Constantin, tenant une croix afin de rappeler que le fragment de bois ramené de son voyage à Jérusalem appartient à la croix ayant servi à la crucifixion de Jésus,
- une statue de Véronique tenant un voile où apparaît en filigrane un visage pour indiquer que la relique conservée est un fragment du voile qui, selon la Tradition, aurait servi à éponger le visage de Jésus durant sa montée vers son lieu de crucifixion,
- une statue de l'apôtre André, tenant une croix, pour le fragment de bois de la croix qui aurait servi pour son martyre.
Que de choses à dire encore ! Mais quel manque cruel de temps aussi ! C'est pourquoi, je vous propose de quitter la croisée des transepts et de vous diriger vers l'aile sud de la basilique.
Nous avons d'abord le tombeau de Alexandre VII, pape entre 1655 et 1667, réalisé sous la direction du Bernin, entre 1671 et 1678. A gauche de la porte funéraire, se trouve une statue représentant la Charité, tandis qu'à droite se trouve la statue de la Vérité. En hauteur, de part et d'autre du piédestal, ont été représentant la Prudence (à gauche) et la Justice (à gauche). C'est durant son ministère que la place Saint-Pierre et sa colonnade furent achevées.
Alexandre VII s'appelait Fabio Chigi. Les Chigi était une famille de banquiers romains originaire de la ville de Sienne. Son père, Flavio Chigi, était un neveu du pape Paul V qui, lui, appartenait à la famille Borghèse (il s'appelait Camille Borghèse), originaire également de Sienne. Le prédecesseur de Paul V était, Alexandre Ottaviano de Médicis, issu d'une grande famille florentine de marchands et de banquiers.
Si on examine les origines des papes depuis le retour d'Avignon jusqu'à la fin du 17ème siècle alors on constate qu'ils sont issus de très grandes famillles cumulant richesse et pouvoir. On peut également citer les Borgia, les Farnèse, les Pamphili, les Barberini, etc. Certains de ces noms évoquent les dérives d'une papauté dominée par le matérialisme, les rivalités et les enjeux de pouvoir. Cependant, à l'instar des empereurs romains de l'Antiquité, ces papes furent aussi de grands mécènes et dotèrent Rome et le Vatican d'édifices somptueux qui portent le blason des familles dont ils étaient issus.
Le monument funéraire d'Alexandre VII n'échappe pas à cette règle puisque le blason est suspendu au fronton de celui-ci.
Je vous propose de traverser le transept sud pour rejoindre la chapelle Clémentine. Son nom vient du fait qu'elle a été réalisée à la demande du pape Clément VIII dans la perspective du grand jubilé de l'an 1600.
L'autel de la Transfiguration est un des éléments de cette chapelle qui abrite aussi les monuments funéraires des papes Pie VII et Pie VIII. Son nom vient de celui donné au tableau qui se trouve derrière. Il s'agit d'une copie du 18ème siècle d'un tableau de Raphaël. Ce tableau illustre un épisode de la vie de Jésus raconté dans trois des quatre Evangiles, qui se situe après la "Navicella". Pour apprécier l'illustration de la partie supérieure, vous pouvez lire dans l'Evangile de Matthieu, versets 1 à 9 du chapitre 17 : "Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. Il les conduit sur une haute montagne, loin des gens. Sous leurs yeux, Jésus change d'aspect. Son visage brille comme le soleil et ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Tout à coup, les trois disciples voient Moïse et Elie qui parle avec Jésus. [...]. Pendant qu'il parle, un nuage brillant arrive et les couvre de son ombre. Une voix vient du nuage et dit : Celui-ci est mon Fils très aimé. C'est lui que j'ai choisi avec joie. Ecoutez-le ! [...]".
Sur votre gauche, vous avez l'entrée de la sacristie. Dans le couloir, se trouve la liste des papes qui ont succédé à l'apôtre Pierre dans son rôle de chef de l'Eglise de Rome. Cette liste comporte 264 noms. Le dernier de la liste étant Benoît XVI, élu en 2005, après la mort de Jean-Paul II. Elle est chronologique mais il y a des "trous" dus à des élections irrégulières (les personnes ayant bénéficié de ce type d'élection sont appelées "antipape").
Le pape est élu pour la vie. La durée de leur ministère est donc variable. Le plus court ministère est celui d'Etienne II, qui dura seulement 4 jours en 753, tandis que le plus long est celui de Pie IX qui dura 32 ans, entre 1846 et 1878. Le plus jeune pape élu est Jean XII, vers l'âge de 16 ans en 955 (et régna durant 9 ans). Le plus vieux est Grégoire IX, élu en 1227, à l'âge de 86 ans (et vécu encore 14 ans).
Il y a une incertitude quant à la date du décès de l'apôtre Pierre qui explique que deux dates ont été gravées. L'année 64 correspond à l'année du grand incendie de Rome durant le règne de Néron. Selon Jérôme de Stridon, qui a été aussi un historien de l'Eglise de Rome, il serait mort en 67.
Je vous invite, maintenant, à continuer d'avancer vers la sortie de la basilique tout en restant dans la nef latérale gauche. En quittant la chapelle Clémentine, on laisse derrière soi l'édifice de Michel-Ange et on retrouve le prolongement de Maderno. En marchant, on voit sur la droite une chapelle où se trouvent des sièges de bois avec de haut dossier. Ce sont des stalles. Ces sièges sont réservés aux ecclésiastiques pour leurs réunions. Habituellement, les stalles sont mises au fond des absides des églises. Ici, dans le sanctuaire de l'apôtre Pierre, ce n'est pas possible car le fond de l'abside est occupé par un monument à la gloire de sa chaire.
Juste après la chapelle des stalles, sur votre gauche, se trouve le plus vieux monument funéraire de la basilique car c'est le seul qui provient de la basilique antique. Il s'agit du pape Innocent VIII (1484 - 1492). Il a été réalisé en bronze. Le pape Innocent VIII est représenté d'abord gisant sur son sarcophage, puis, au-dessus de sa dépouille mortelle, en train de donner sa bénédiction, entourés des quatres bas-reliefs représentant les Vertus Cardinales (de gauche à droite et de bas en haut) : la Force, la Justice, La Tempérance et La Prudence.
C'est le pape Jules II (1503 - 1513) qui demanda le placement de ce monument funéraire dans la nouvelle basilique. Pour quelle raison ? Je n'ai pas trouvé de réponse. En tout état de cause, il semble difficile d'admettre qu'elle se trouve dans la vie de ce pape qui illustre les dérives d'un pouvoir centralisé qui a été durant des siècles plus temporel que spirituel : vénalité des charges ecclésiastiques (simonie), commerce des indulgences et de bulles pontificales, népotisme. Certains papes obtenaient la chaire de l'apôtre Pierre en dépensant beaucoup d'argent pour arracher les voix de cardinaux électeurs lors du conclave. Une fois l'élection acquise, le pape tirait profit des prérogatives qui étaient conférées à sa fonction. Innocent VIII n'hésita pas à utiliser le Vatican pour organiser le mariage de plusieurs de ses enfants. C'est à l'issu du concile de Trente (1545 - 1563) que ces pratiques commencèrent à disparaître.
Le fait de parler des enfants du pape peut surprendre. Néanmoins, il convient de préciser que le Droit canonique interdit le mariage des prêtres et des évêques (premier concile de Latran en 1123) mais n'impose pas la chasteté qui n'est de règle que dans les ordres monastiques cloîtrés.
En matière religieuse, le pape Innocent VIII est celui qui va étendre le domaine de compétence de la funeste Inquisition à la sorcellerie et à la sincérité des juifs nouvellement convertis.
Autre temps, autres moeurs et autre caractère : en avançant vers la sortie de la basilique, vous trouverez sur votre droite, derrière l'un des piliers de la chapelle des stalles, le monument funéraire du pape Jean XXIII. Ce pape, grâce à sa personnalité chaleureuse et sa simplicité, permit de rapprocher la papauté des gens et de redonner à la fonction papale une dimension pastorale. "Le Chef de l'Eglise, c'est le Christ, non le Pape".
Trois mois après son élection, en 1959, il convoqua les 2000 évêques et cardinaux de l'Eglise de Rome, dans la basilique Saint-Pierre pour un concile avec pour objectif d'ouvrir l'Eglise de Rome aux problèmes du monde qui venait de connaître deux guerres mondiales, qui entrait dans une guerre froide menaçant de le détruire et qui laissait se creuser les inégalités de richesse entre nations.
Autre exemple tiré du "Grand guide de l'Italie" (paru chez Gallimard en 1989) illustrant le style nouveau de ce pape : L'Osservatore Romano (le journal de la Cité du Vatican) avait écrit, un jour, "Voici l'allocation de Sa Sainteté, telle que nous en avons recueilli les termes de ses lèvres". Jean XXIII demanda que l'on écrive simplement "Le Pape a dit".
Notre visite de la basilique s'achemine, lentement mais surement, vers sa fin. Il y a une question que vous pourriez me demander : faut-il être pape pour avoir droit à un monument funéraire dans la basilique ? La réponse est non et je vous invite à faire quelques pas et, à vous arrêtez devant les dernières piliers de la nef latéral gauche qui précède la sortie.
Sur votre gauche, vous voyez un monument funéraire en forme de stèle, réalisé entre 1817 et 1819, par Antonio Canova, artiste néoclassique. Le néoclassisisme est un courant artistique qui se développa à partir du milieu du 18ème siècle qui, à l'inverse du baroque, se caractérise par la simplicité et la symétrie, donnant, si on compare avec le baroque, un sentiment de froideur. C'est dans la seconde moitié du 18ème siècle que l'Occident commence à redécouvrir les arts et les édifices de l'Antiquité et les artistes néoclassiques sont influencés par les arts de la Grèce et de la Rome antiques. Les anges qui sont représentés en bas relief, de part et d'autres de la porte illustrent bien cette influence. Ce monument est dédié à Jacques François Stuart (1688-1766) et à ses enfants Charles Edouard (1720-1788) et Henry Benedict (1725-1807). Leurs effigies sont représentées au dessus de la porte.
Les Stuart (ou Stewart) est une famille de souverains d'Ecosse. Le mariage en 1565 de Marie Stuart avec Lord Darnley, petit neveu du roi Henri VIII, va donner un enfant qui sera à la fois souverain d'Ecosse sous le nom de Jacques VI et souverain d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Jacques Ier en 1603. Héritier de part son père, Jacques II, des droits de la maison des Stuart aux trônes d'Angleterre et d'Irlande, Jacques François Stuart ne pût régner en raison de sa conversion au catholicisme. En effet, depuis Henri VIII, l'Eglise d'Angleterre est séparée de l'Eglise de Rome et le chef de cette église, appelée Eglise anglicane, est le souverain d'Angleterre. A la mort de Jacques II, en 1701, le Parlement d'Angleterre vota le "Act of Settlement" rendant incompatible l'adhésion à l'Eglise de Rome et l'exercice de la charge de souverain d'Angleterre. Ce vote ne modifia pas la résolution de Jacques François Stuart de rester fidèle à l'Eglise de Rome et à son chef, le pape. Cette stèle dans ce haut lieu du christianisme est donc un hommage appuyé de l'Eglise de Rome à la fidélité de ce prince héritier et de ses enfants.
Derrière-vous, se trouve le monument funéraire de la princesse Maria Clementine Sobieska, petite fille du roi Jean III de Pologne, épouse de Jacques François Stuart, ensevelie avec son mari, dans la basilique Saint-Pierre.
Certains ne vont pas manquer de s'exclamer : enfin une femme ! Il est vrai que je n'ai parlé d'aucune femme durant cette visite. En fait, il n'y en a très peu. Elles sont au nombre de trois, la princesse Maria Clementine Sobieska incluse. L'explication de cette nette infériorité numérique réside dans la place faite aux femmes dans l'Eglise de Rome. Celles-ci ne peuvent être ni prêtre, ni évêque. Comme le pape est l'évêque de Rome, les femmes ne peuvent donc pas accéder à la fonction suprême de l'Eglise de Rome. Cette position a été encore confirmée par le pape Jean-Paul II. Une légende a couru à partir du XIIIème siècle au sujet d'une femme qui aurait fait à Rome une carrière ecclésiastique déguisée en homme et qui aurait été élue pape, après la mort de Léon IV. Toutefois, ce récit, encore appelée histoire de la papesse Jeanne, ne repose sur aucune base historique sérieuse. Aujourd'hui, seules les Eglises protestantes et l'Eglise d'Angleterre permettent aux femmes d'exercer un ministère.
Pour découvrir les deux autres femmes qui ont eu droit à un monument funéraire dans la basilique, je vous invite à traverser la nef centrale en direction de la chapelle de la Pietà et de faire le tour du premier pilier de la nef latérale droite.
Ce monument funéraire a été édifié en l'honneur de la reine Christine de Suède. Il est de style baroque. Différents sculpteurs ont travaillé, entre 1691 et 1702, sur ce monument conçu par Carlo Fontana. Pourquoi tant d'honneur, me demanderez-vous.
Christine de Suède (1626 - 1689) est issue d'une famille ayant adopté la Réforme protestante. Durant la période où différentes monarchies européennes occidentales se sont affrontées au nom de la Religion, période encore appellée guerre de Trente Ans (1618 - 1648), le père de Christine a été un des rois protestants les plus redoutables vis à vis des armées catholiques. Il fut tué durant l'une de ses batailles. Christine lui succèda alors qu'elle n'avait que six ans. A 28 ans, elle décide d'abdiquer en faveur de son cousin. Peu après, elle décide d'adopter la foi catholique.
Cette conversion d'une personnalité aussi importante du monde protestant ravie l'Eglise de Rome qui se sentait menacé par la propagation des idées protestantes en Europe occidentale. Arrivée à Rome en novembre 1655, elle sera accompagnée par le collège des cardinaux jusqu'aux portes de la basilique où elle se prosternera devant l'autel. Elle reviendra le jour de Noël de la même année pour recevoir la première communion des mains du pape Alexandre VII, nouvellement élu. C'est donc pour commémorer cette spectaculaire conversion que ce monument funéraire fut érigé.
Toutefois, il convient de souligner que Christine de Suède était une personnalité qui se voulait indépendante et libre dans son expression. Bien que convertie au catholicisme, elle n'hésita pas à dénoncer les exactions de l'armée du roi Louis XIV faites aux protestants de France. C'était aussi une intellectuelle qui discutait avec Blaise Pascal et René Descartes. Elle peut être aussi considérée comme une féministe avant l'heure. Bref, elle ne correspondait pas à l'image de la femme que se faisait le pape et le collège des cardinaux qui considérait que la femme devait être soit mariée et s'occuper de son foyer et de ses enfants ou bien devait rester chaste et entrer dans un ordre religieux. Pour cette raison, le pape Alexandre VII et la Curie romaine prirent progressivement leurs distances avec elle.
Je vous invite à continuer d'avancer en direction du deuxième pilier de la nef latérale droite. Certes, vous êtes en train de refaire une partie du chemin du début de notre visite de la basilique. Mais, vous savez, il vous voir plusieurs fois cette basilique pour l'apprécier pleinement !
Nous arrivons devant le premier monument funéraire de la basilique Saint-Pierre dédié à une femme : la comtesse Mathilde de Toscane. Cet ouvrage, commandé par le pape Urbain VIII, a été conçu et réalisé par le Bernin avec l'aide de plusieurs élèves, ce qui explique son style baroque.
Au XIème siècle, la papauté et le Saint-Empire romain germanique se sont affrontés au sujet de la nomination du clergé. Cette période d'affrontement a été appellé par les historiens "la querelle des Investitures".
Depuis la fin du Xème siècle, l'empereur avait la main mise sur l'élection du pape et sur la nomination des évêques dans l'Empire, en contre-partie de sa protection militaire. Dans son entreprise de restaurer l'indépendance de l'Eglise de Rome vis à vis de tout pouvoir temporel, le pape Grégoire VII prit un décret pour confier au seul collège des cardinaux le soin d'élire le pape et s'opposa au pouvoir de l'empereur de nommer des évêques.
La comtesse Mathilde fit partie de la noblesse qui soutenait la papauté. A Canossa, où s'était réfugié le pape Grégoire VII, lui-même issu d'une famille toscane, la comtesse œuvra pour un rapprochement de l'empereur Henri IV et le pape. Elle persuada l'empereur de faire pénitence durant trois jours et de s'agenouiller devant le pape afin d'obtenir son pardon et la levée de son excommunication. Cette scène de repentance de l'empereur est illustrée sur le bas-relief du sarcophage.
Occasion de rappeler aux états germaniques tentés par la Réforme protestante ce qu'il en coûte de contester l'autorité du pape ? Il est difficile de répondre à cette question car ce rapprochement était fragile. En effet, si le pape avait accordé son pardon à l'empereur, il ne le rétablit pas dans son pouvoir de nomination. La querelle des Investitures reprit donc et conduit l'empereur Henri IV à marcher sur Rome, en mettant, au passage, à sac les possessions de la comtesse Mathilde. Elle meurt en 1115, quelques années avant qu'un compromis ne soit trouvé (concordat de Worms en 1122).
Je vous invite maintenant à retourner vers la première chapelle de la nef latérale gauche de la basilique. Il s'agit de la chapelle des fonts baptismaux.
"Allez chez tous les peuples pour que les gens deviennent mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint".
Selon l'Evangile de Matthieu (verset 19 du chapitre 28), ce serait l'une des dernières consignes que Jésus de Nazareth aurait donné à ses disciples après sa résurrection.
Au centre de la chapelle se trouve une cuve qui est remplie d'eau à l'occasion d'un baptême.
Traditionnellement, le pape baptise quelques personnes issues de pays différents, dans la basilique Saint-Pierre durant la veillée pascale (la nuit du samedi au dimanche de Pâques). Par exemple, dans la nuit du 22 au 23 mars 2008 (jour de Pâques), le pape Benoît XVI a baptisé deux hommes et cinq femmes, originaires d'Italie, du Cameroun, de Chine, des Etats-Unis et du Pérou.
Si la cuve n'est pas assez grande pour contenir la personne alors le baptême se fait par aspersion. Sinon, le baptême peut se faire par immersion qui est la pratique originelle (le sens étymologique de "baptiser" est "plonger dans l'eau"). Par commodité, notamment vis à vis de personnes très handicapées ou malades, l'Eglise de Rome pratique le baptême par aspersion d'eau. La pratique originelle de l'immersion reste encore la règle dans les Eglises orthodoxes ou dans les Eglises réformées baptistes.
Le baptême marque l'entrée de la personne dans la vie chrétienne. Certaines Eglises considèrent qu'il faut être adulte pour demander le baptême car il faut avoir d'abord suivi l'enseignement de Jésus de Nazareth. D'autres admettent que les parents peuvent demander au nom de l'enfant le baptême dans la mesure où ils s'engagent à ce que l'enfant reçoive cet enseignement. C'est le cas de l'Eglise de Rome.
Après avoir été aspergée d'eau, le nouveau chrétien reçoit l'onction du "saint-chrême", mélange d'huile et de parfum. L'étude des mots permet d'accéder au sens de ce rituel. Dans les Evangiles, Jésus de Nazareth a le titre de Kristos, mot grec dérivé du verbe khriein qui fait référence à un rite, celui qui consiste à frotter le corps de quelqu'un d'une substance, le khrisma, "parfum, onguent". "Kristos" a donné en latin le mot "christianus" qui plus tard donna en français "chrétien". En recevant cette onction, le nouveau baptisé reçoit donc la marque visible et sensible témoignant de son entrée dans la religion chrétienne.
Il y a une très grande diversité de matière, de forme et de style pour les fonts baptismaux. Ici, la cuve est en porphyre. C'était le couvercle du sarcophage de l'empereur Othon II mort à Rome en 974. La décoration en bronze, de style baroque, a été réalisée par Carlo Fontana en 1725 sur commande du pape Benoît XIII.
L'emplacement de la chapelle des fonts baptismaux est singulier. En effet, celle-ci est située en début de nef comme pour rappeler que le baptême est le début d'une nouvelle vie. Mais elle est aussi placée à proximité de la porte de la Mort, appelée ainsi car c'est par cette porte que sort le convoi funéraire après la fin de l'office religieux. Chacun peut trouver un sens à cette singularité.
Je vous laisse le soin de choisir votre porte de sortie et je vous retrouve au sommet des marches pour vous donner quelques commentaires sur la cité du Vatican.
La cité du Vatican cultive un paradoxe. En effet, le plus grand et le plus vaste édifice religieux du monde chrétien se trouve dans ce territoire qui s'avère être ... le plus état du monde puisque sa superficie est de l'ordre de 44 ha, soit 0,44 km2 ! Par comparaison, la principauté de Monaco s'étend sur 2 km2 et la république de Saint-Marin sur 60 km2 environ. Pour expliquer ce paradoxe, le pape Paul VI expliquait à la tribune de l'Organisation des Nations-Unies, le 4 octobre 1965, à New-York : "Cette souveraineté temporelle, minuscule et presque symbolique, est le minimun nécessaire au Saint-Siège pour être libre d'exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec elle qu'elle est indépendante de toute souveraineté au monde". Le nom de "Saint-Siège", fait référence au siège apostolique de l'apôtre Pierre, mais désigne dans les paroles du pape l'entité juridique qui gouverne l'état du Vatican et dont il est à la tête.
Rien ne manque pour affirmer la souveraineté de ce minuscule état qui malgré son exiguité abrite une station de radio-diffusion ("Radio Vatican"), une imprimerie, un journal ("L'Osservatore Romano"), une gare, un héliport.
Comme tout état souverain, vous trouverez une poste où vous pourrez vous asseoir et écrire des cartes postales.
Une boîte aux lettres est adossée au bâtiment qui se trouve au sud du parvis de la basilique Saint-Pierre. Pour la différencier des boîtes aux lettres de la République italienne qui sont de couleur rouge, celle du Vatican est de couleur jaune qui est l'une des couleurs du drapeau du Vatican. Attention, vous devrez affranchir votre courrier avec des timbres du Vatican ! Tout comme en Italie, qui n'est qu'à quelques pas d'ici, vous devrez utiliser des timbres italiens si vous voulez déposer vos lettres dans les boîtes rouges.
L'état du Vatican a aussi le droit de battre monaie et depuis l'union monétaire en Europe, cette monaie est l'euro. Cependant, ne vous faites pas d'illusion, la poste du Vatican ou la librairie qui est adjacente, vous rendra la monaie en euro frappés dans les autres pays de la zone euro. En effet, la masse monétaire allouée à l'état du Vatican est très faible (celui-ci ne compte officiellement que 400 habitants) et les pièces frappées à l'effigie du Saint-Siège sont vendues aux collectionneurs qui, en raison de la loi de l'offre et de la demande, à un prix nettement supérieur à celui que ces pièces sont censées représenter.
Comme tout état, le Saint-Siège possède une armée chargée de maintenir l'ordre et de protéger le territoire. Ses membres sont appelés les "gardes suisses". Cette appellation remonte aux origines de la création de ce corps militaire par le pape Jules II car à cette époque les personnes recrutées venaient essentiellement de la Suisse. En plus de cette appellation, les membres de cette armée ont gardé leur costume d'apparat, dessiné par Michel-Ange.
Notre visite s'achève ici, bien qu'il y ait encore tant de choses à dire sur ce monument qui est à la fois un sanctuaire, celui de l'apôtre Pierre, un lieu de pélerinage, une église, la seconde dans l'ordre protocolaire de l'Eglise catholique de Rome, un musée artistique et un livre d'histoire, celle d'une institution qui nous vient de l'Antiquité et qui est encore bien vivante ainsi que celle des personnes qui en ont été à la tête.
J'espère que vous avez appréciée cette découverte et vous avoir donné envie d'y revenir. Merci aux courageux qui l'ont faite jusqu'au bout !
12 août 2008
Visite du Colisée
Après avoir passé la matinée à découvrir la Rome paléochrétienne, la journée s'est poursuivie par un déjeuner dans un restaurant près de la piazza del Popolo dont je garde un souvenir mitigé en raison d'une addition disons ... un peu fantaisiste. Initialement, je voulais aller chez "Pizzare", qui se trouve sur la via di Ripetta car il était conseillé par la guide-conférencière de notre groupe, Roberta, pour ceux qui souhaitaient manger une bonne pizza. Mais le destin en a décidé autrement car le restaurant était fermé pour cause de congé annuel.
L'après-midi a été consacré à l'amphithéâtre du Colisée. Pour gagner du temps, je vous conseille d'aller à la caisse du musée du Palatin qui se trouve à 200 m environ, en direction de l'arc de Constantin, sur la via di San Gregorio, où vous pourrez acheter un billet combiné donnant l'accès durant 24 heures au Colisée et au Palatin (que nous visiterons demain après-midi).
Vous avez votre billet ? Alors suivez le guide ! Évidemment, je ne suis qu'un modeste guide amateur alors pour plus de détails sur le Colisée, je vous invite à lire mon article d'hier "Découvrir la Rome antique" .
Le Colisée
Néron avait porté l'art de la domus résidentielle à un haut degré de perfection en faisant construire la Domus Aurea. C'était l'art au service d'une seule personne. Avec son successeur, Vespasien, premier empereur issu d'une famille plébéienne, l'art se met au service du peuple et l'amphithéâtre du Colisée est le symbole de cette nouvelle politique architecturale car il va permettre au peuple de se distraire aux travers de jeux violents et de refonder l'unité de Rome autours de son Empereur.
En effet, cette unité avait été mis à mal durant la période entre la mort de Néron, en 68, et la proclamation de Vespasien en tant qu'empereur, l'année suivante. Cette période est marquée par une série de coups d'état et une guerre civile entre Vitellius et Vespasien dont le champ de bataille est Rome elle-même.
L'amphithéâtre est de forme elliptique mesurant 188 m dans sa plus grande longueur et 156 m dans sa plus petite. Après avoir passé le portique de sécurité, je vous invite à quitter la file d'attente pour la caisse puisque vous avez acheté le billet combiné au Palatin et monter au premier étage.
Avant d'accéder aux gradins de l'amphithéâtre, vous passez par un musée comportant des pièces antiques.
L'amphithéâtre a été construit à l'emplacement du lac artificiel de la Domus Aurea de Néron, contribuant ainsi à l'effacement dans les mémoires du règne de cet empereur devenu impopulaire.
Toutefois, il convient de souligner qu'il n'était pas plus fou que certains de ses prédécesseurs (comme Caligula) ou plus cruels que certains de ces successeurs (comme Domitien qui finit son règne dans la tyrannie et le sang, notamment celui des chrétiens). S'ils tuent Agrippine, sa mère, c'est qu'elle se prépare à l'assassiner car il ne veut plus obéir à ses ordres et refuse notamment les exécutions massives qu'elle réclame. On peut comprendre qu'il soit devenu particulièrement méfiant vis à vis de ses proches, voire paranoïaque.
L'attribution de la responsabilité de l'incendie de 64 (qui n'est plus ni moins qu'un de ces grands incendies que Rome a connu) n'est fondée que sur des rumeurs qui ne sont venues que bien après cet évènement. Les persécutions des chrétiens qui auraient suivi l'incendie de 64 n'est fondées que des sources chrétiennes qui sont postérieures d'un siècle. Une chose certaine est la décapitation de Paul en 67, soit trois ans après ce grand incendie ce qui rend peu plausible un lien avec d'hypothétiques représailles contre les chrétiens.
En fait, il est difficile d'avoir des certitudes sur Néron à cause du manque de témoignage sur sa vie et son oeuvre, conséquence de la damnatio memoriae dont il a été frappé après sa mort. En effet, par définition, la damnatio memoriae entraîne l'effacement de tout souvenir de la personne qui en est l'objet.
L'arène antique (86 X 54 m) était constituée d'une plateforme en bois soutenue par les murs des galeries du sous-sol. Celles-ci accueillaient tous les services nécessaires pour les jeux : ménagerie pour les bêtes fauves, armurerie pour les gladiateurs. Le sous-sol de l'amphithéâtre était en communication avec l'école des gladiateurs située à l'extérieur par l'intermédiaire d'un souterrain.
Les gladiateurs accèdaient à l'arène par l'intermédiaire de l'une des deux portes principales situées aux extrémités du grand-axe (nous en avons une en face de nous). Quant aux animaux sauvages, un système de plans inclinés et de monte-charges leurs permettaient d'arriver directement sur la scène.
Le plateau que nous voyons est une reconstitution, tout comme les quelques gradins situés à gauche de la grande porte. En effet, les pierres des gradins de la cavea ont été réemployés dans d'autres constructions de Rome à partir du 7ème siècle, quand l'édifice fut tombé en désuétude : les duels entre gladiateurs ont été interdits en 404 par l'empereur Honorius et les combats entre bêtes fauves disparurent au 6ème siècle.
En face de nous, au petit axe de l'arène, se trouvent les tribunes attribuées à l'empereur et à sa suite.
Les gladiateurs entraient en rang dans l'arène et faisaient le tour de celle-ci puis ils s'arrêtaient devant la tribune impériale en prononçant la célèbre formule "Ave, imperator, morituri te salutant !".
Les combats de gladiateurs prévoyaient la mise à mort du vaincu. Néanmoins, l'empereur avait la faculté de le sauver en levant le pouce.
Le sable qui recouvrait l'arène était évidemment parsemé du sang des animaux tués ou des perdants. Pour l'esthétique du spectacle, des esclaves couvraient de poudre rouge l'arène et brûlaient ou vaporisaient des parfums afin de neutraliser les odeurs en fin de journée.
De nos jours, une croix a été mis devant cette tribune.
L'amphithéâtre a été déclaré "lieu saint" par le pape Benoît XIV, au 18ème siècle, qui le consacra à la commémoration du martyre des chrétiens. Néanmoins, il n'y a pas eu de martyre en ce lieu, même si les amphithéâtres accueillaient des combats mettant aux prises des condamnés à mort, notamment des chrétiens, avec des animaux sauvages.
En parcourant le promenoir, vous vous rendrez compte des dimensions colossales de l'édifice.
Ceci est un des nombreux couloirs, situés sous les gradins qui permettaient de canaliser le flot des spectateurs (estimés à environ 50 000).
La construction de cet amphithéâtre a été suivie par d'autres mais de dimensions moindres. Par exemple, sous le règne de Domitien, second fils de Vespasien, furent construits en Gaule deux amphithéâtres d'une capacité de 25 000 personnes : l'un à Nîmes et l'autre à Arles. Le second amphithéâtre de part ses dimensions a été construit en Tunisie, au 3ème siècle, à El-Jem (Thysdrus dans l'Antiquité). Il pouvait accueillir 30 000 personnes.
Avant de redescendre au rez-de-chaussée, je vous invite à regarder les environs du Colisée au travers de l'une des 80 arcades du 1er étage.
A l'arrière plan, nous avons la colline du Palatin qui fut un lieu de résidence impériale et que nous visiterons demain après-midi, grâce au billet combiné que vous avez acheté. Sur la place du Colisée, se dresse un arc à trois arcades, dédié à la victoire de Constantin Ier sur son rival Maxence, au pont Milvius, dont nous voyons la face nord.
Les statues qui se trouvent au-dessus de l'entablement ont été prélevées sur un monument élevé à Trajan. Elles représentent des prisonniers Dace (peuple situé de l'autre côté du Danube qui fut en guerre contre Trajan). Les bas-reliefs entre les statues sont du 2ème siècle. Les médaillons qui sont en dessous de l'entablement appartiennent à un monument élevé à Hadrien. Les sujets traités sont la chasse et les sacrifices.
Devant cet arc, à l'intérieur de l'enclos engazonné, un cercle de pierre matérialise l'emplacement de la fontaine dite "Meta sudans" ("la borne qui suinte"). Elle fut construite par Titus puis refaite par Constantin. Elle avait la forme d'un cône d'où l'eau suintait comme de la sueur (d'où son nom).
Je vous invite maintenant à sortir de l'amphithéâtre et à faire le tour de l'arc de Constantin.
Le schéma de la face sud est identique à celle de la face nord.
Entre les statues qui se trouvent à gauche de l'inscription dédicatoire (voir photo ci-avant), nous avons deux bas-reliefs relatifs aux guerres de Marc Aurèle.
Les deux médaillons qui sont à droite de l'arcade centrale représentent (de gauche à droite) : la chasse à l'ours, le sacrifice à Diane (déesse de la chasse).
Je vous laisse la douceur de cette fin de journée et je vous donne rendez-vous demain matin sur la place Saint-Pierre pour visiter la basilique. Reposez vous bien car la journée sera longue !
Découvrir la Rome paléochrétienne
Jésus de Nazareth
Au début du premier siècle, les gens se posaient beaucoup de questions sur Dieu. Un grand nombre de maîtres enseignaient à ce sujet. Jésus apparaît dans les années 30. Il est de Nazareth en Galilée, une des régions de l'ancien pays d'Israël, occupé alors par les Romains. C'est un maître juif. Il enseigne, il guérit des malades et il accueille tous ceux qui viennent à lui. Il dit des choses étonnantes sur Dieu et sur l'amour de Dieu pour tous. Les chefs religieux de son temps le font condamner à mort par les Romains, et il est cloué sur une croix.
Jésus avait des disciples, c'est à dire des gens qui écoutaient son enseignement et le suivaient. Or, ceux-ci affirment que Dieu l'a réveillé de la mort : Jésus est vivant, même s'ils ne peuvent plus le voir.
Très vite, les disciples de Jésus répandent leur foi. Voici ce qu'ils annoncent : Jésus est le Messie que le peuple juif attendait, c'est à dire celui que Dieu a choisi pour sauver les êtres humains. En grec, "Messie" se dit "Christ". De nouvelles communautés religieuses naissent un peu partout. Elles donnent à Jésus le nom de Jésus-Christ. Leurs membres s'appellent les chrétiens, c'est à dire ceux qui croient en Jésus, le Christ.
Le Nouveau Testament
Au début, les disciples de Jésus ont parlé de leur maître de façon orale. Ils ont dit comment Jésus avait changé leur vie. Au bout d'un certain temps, avec la disparition des premiers témoins, il a été nécessaire de mettre par écrit ce qui concerne Jésus. C'est ainsi que le nouveau Testament est né.
Il est la deuxième partie de la Bible chrétienne. Le mot "testament" vient d'un mot qui signifie aussi "alliance". Une alliance est un traité de solidarité entre des personnes ou des peuples. Dans la Bible, c'est toujours Dieu qui est à l'initiative de l'alliance avec les êtres humains. Le Premier Testament, que les chrétiens appellent Ancien Testament, réunit les premiers écrits de la première alliance. Ces écrits forment les Livres Saints des Juifs, c'est-à-dire des membres du peuple d'israël en tant que peuple de Dieu.
Le Nouveau Testament parle de l'alliance renouvelée par Jésus de Nazareth. Il s'agit de l'alliance que Dieu établit par son Fils Jésus-Christ ou nouvelle alliance. Elle met fin à la séparation qui s'était installé entre Juifs et non-Juifs. Elle concerne tous les êtres humains. La personne, l'enseignement et les actions de Jésus sont au cœur du Nouveau Testament.
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Cette troisième visite est consacrée à la Rome paléochrétienne. Le mot "paléochrétien" est relatif aux premiers chrétiens, ainsi qu'à leur art. Or l'art est ici au service d'une cause religieuse. il m'est donc apparu important de mettre en introduction une présentation de Jésus de Nazareth, l'homme qui est à l'origine de cette grande religion du monde contemporain, ainsi que les grands fondements de celle-ci. Cette présentation est celle qui est faite dans la bible "Parole de Vie" éditée en 2002 par l'Alliance Biblique Universelle.
Les commentaires qui accompagnent les photos reprennent très largement ceux que nous a prodigués Roberta, la guide conférencière de cette visite. Les textes en italiques sont des ajouts de ma part puisés dans le guide Vert Michelin ou dans le guide du Routard consacrés à Rome. Ils peuvent être ignorés par le lecteur pressé sans que cela ne gêne sa compréhension du reste.
Certains ajouts sont aussi des commentaires personnels issus de recherche bibliographique sur Internet. Un certain nombre de mot relatifs à la religion catholique ne sont pas ou peu expliqués et le lecteur souhaitant avoir d'avantage d'explications est invité à cliquer sur les liens hyper-textes que j'ai laissés.
Le point de rendez-vous de cette visite, est la Piazza di Santa Maria Maggiore.
Comme de nombreuses places, nous trouvons une fontaine (voir photo ci-dessus) dont l'ombre offerte nous permet d'écouter les explications de Roberta au sujet de cette basilique qui est l'une des quatre basiliques qui reçurent le titre de "majeur" (avec Saint-Jean de Latran, Saint-Paul-hors-les-Murs, Saint-Pierre) ou "papale" et jouit du privilège d'extra-territorialité (comme les trois autres basiliques majeures) conféré par les accords de Latran entre la République italienne et l'Eglise de Rome.
Cette place se trouve au sommet du col Esquilin. La tradition rapporte que le 5 août 356 de la neige serait tombée en ces lieux. Vu la latitude de Rome et, qui plus est, la saison, ce phénomène météorologique était extraordinaire pour la population de Rome. Le pape Libère Ier déclara qu'il avait eu une vision dans laquelle Marie lui avait demandé de construire une église en son honneur et que le lieu d'édification serait indiqué par de la neige. En référence au sanctuaire financé par le pape Libère Ier, la basilique est parfois appelée Basilica Liberiana ou Basilica Santa Maria della Neve (Sainte-Marie-des-Neiges).
Au 5ème siècle, le pape Sixte IV transforma l'édifice du pape Libère en une basilique dédiée à la gloire de Marie. Cette décision a été prise un an après le concile d'Ephèse au cours duquel le patriarche de Constantinople Nestorius n'acceptait pas de conférer à Marie le titre de Mère de Dieu (Marie Theotokos). Pour ce dernier, le Christ était né homme et n'était devenu fils de Dieu qu'au moment de son baptême.
L'édifice initiale a été ensuite maintes fois remaniée par les papes qui se sont succédés afin de contribuer à la gloire de Marie. Elle offre ainsi au visiteur l'ensemble des grandes étapes stylistiques de l'art chrétien. La photo ci-avant montre un détail de la façade avant qui est de style baroque. La bénédiction urbi et orbi était donnée par le pape depuis le balcon. Derrière, on voit un détail du campanile, de style roman, d'une hauteur de 78 m, ce qui en fait le plus haut de Rome.
Il a été construit par Grégoire XI lors de son retour d'Avignon à Rome au sommet de celui-ci on été installées cinq cloches. L'une d'elle, la "dispersée", répète chaque soir a vingt-et-un heures, par un son unique, l'appel à tous les fidèles (source : site du Vatican).
Comme les autres basiliques majeures, la basique de Sainte Marie Majeur est dotée d'une "porte sainte" ouverte solennellement par le pape la veille de Noël pour marquer le début d'une l'année jubilaire. Celle de la basique de Sainte Marie Majeur présente une particularité : elle est située à gauche, tandis que pour les autres, la porte est à droite. La raison est que Marie était une femme alors que les autres basiliques sont dédiées à des hommes : Jean, Paul et Pierre. Il est à noter que cette porte est murée. Elle est ouverte symboliquement par le pape en frappant trois coups avec un marteau. Les maçons démolissent ensuite la paroi qui cache la porte. L'année suivante, la porte est refermée symboliquement par le pape en mettant de la chaux avec une truelle puis en posant trois briques, ainsi que quelques pièces en or et en argent. Les maçons poursuivent ensuite le travail du pape. Depuis 1975, la Porte sainte des quatre basiliques papales a des battants et le pape referme simplement ces derniers.
"Jubilé" vient de l'hébreu "yobel" : bélier, cor, trompette. Dans la tradition juive, le temps est déterminé par la semaine rythmant le travail et le repos : six jours consacrées au travail et le septième, appelé le sabbat, qui est un jour de repos car dédié à Dieu. Il en est de même pour les années (Lévitique, chapître 25) : après six années de culture, la septième était une année de repos pour la terre. Après sept semaines d'années (7 X 7 ans) suivait une année sainte où le peuple juif était convoqué au son des trompettes en corne de bélier, pour fêter la libération des esclaves, la remise des dettes, la juste répartition de biens.
En 1300, le pape Boniface VIII décida d'instituer une année jubilaire dont le principe est de libérer des peines temporelles encourues par le fidèle pour ses péchés (le libérant ainsi d'un long séjour au purgatoire) en échange de certaines actions qui étaient précisées dans son décret : renoncement au péché, confession, communion et pèlerinage dans sept sanctuaires de Rome, notamment les quatre basiliques majeures de Rome. A partir de 1400, ces années jubilaires se sont succédées tous les 25 ans. Les conditions particulières de l'Indulgence sont précisées par décret du pape.
L'intérieur de la basilique (voir photo ci-dessus) est divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes de style ionique. Au fond, se trouve un arc triomphale et l'abside. Il n'y a pas de transept. Malgré les transformations, l'intérieur reste un exemple d'architecture paléochrétienne, directement inspiré des basiliques judiciaires de l'Empire romain. Les nefs latérales ont été couvertes de voûtes au moment de la Renaissance.
Le plafond de la nef centrale est ornée d'un plafond à caissons de style Renaissance réalisé sous les ministères des papes Calixte III puis Alexandre VI. Les caissons auraient été dorés avec le premier or ramené du pays incas (Pérou aujourd'hui) et offert par les souverains espagnoles Ferdinand et Isabelle au pape Alexandre VI.
Le pavement de la Basilique est dit "cosmatesque", qualificatif construit à partir du nom des Cosmati qui fut une grande famille de marbriers et d'ornementalistes romains aux 12ème et 13ème siècle. L'idée originale de cette famille était de récupérer les chutes de marbre utilisé pour la réalisation des ornements afin de faire des motifs géométriques sur le sol, au point de suggérer la présence de véritables tapis au sol (voir photo ci-avant).
En dessous de l'arc triomphal orné de mosaïques du 5ème siècle (à observer afin d'apprécier la vivacité des premières mosaïques chrétiennes), se trouve un baldaquin qui en impose avec ses quatre colonnes de porphyre où s'enroulent des rameaux en bronze.
La photo ci-dessus montre le travail minutieux d'entretien des dorures du grand autel. Comme il s'agit d'une basilique papale, seul le pape (où une personne désignée par lui) est habilité à célébrer la messe sur cet autel.
En dessous de l'autel, il y a un hypogée abritant une urne d'argent contenant des fragments de bois que la tradition orale rapporte comme ayant appartenu à la Crèche où fut déposé l'enfant Jésus après sa naissance.
En face de cette urne, se trouve une statue de marbre représentant le pape Pie IX (pape du dogme de l'Immaculé Conception), en prière.
Je ressorts de la basilique avec les yeux encore éblouis par tous ces jeux de lumières qui règnent à l'intérieur de cet édifice.
Je regrette de ne pas avoir eu d'avantage de temps pour apprécier les mosaïques du 5ème siècle de l'arc triomphal, ainsi que celles de l'abside ou encore les panneaux de mosaïque qui se trouvent le long des murs latéraux de la nef centrale, afin d'en apprécier la naïveté des représentations (la photo ci-dessus représente Melchisédech qui vient à la rencontre d'Abraham, la mosaïque se trouve à gauche de la nef central au niveau du chœur de la basilique) . Mais une matinée passe très vite et il est nécessaire de faire des choix. Je le ferai peut être à l'occasion d'un deuxième séjour. En attendant, Roberta nous invite à la suivre dans les rues de Rome pour aller à notre deuxième étape de notre circuit. Nous descendons l'Esquilin en longeant le parc où se trouve des vestiges ayant appartenu à la Domus Aurea de Néron.
Le Moyen-âge est pour Rome une période de déclin, surtout à partir du 12ème siècle où elle est soumise aux luttes d'influence, notamment entre la papauté et le saint empire romain-germanique. C'est pourquoi, il n'y a pas de grande cathédrale gothique. L'insécurité règne alors dans la ville et les riches familles aristocratiques (dévouées soit au pape, soit à l'empereur du Saint-Empire romain-germnaique) se font construire des tours défensives comme celle de la photo ci-dessus. La famille résidait dans les derniers étages tandis que les domestiques et les gens chargés de la protéger étaient dans les étages inférieurs. L'ennemi devait donc déployer beaucoup d'efforts avant d'arriver à ses fins.
A un moment de notre descente, Roberta nous arrête au pied d'un escalier afin d'admirer quelques luxueuses villa de la Belle Epoque (voir photo ci-dessus). Nous reprenons notre marche ...
Finalement, nous arrivons devant un bâtiment dont l'entrée est un peu en contre-bas par rapport à la rue. A l'invitation de Roberta, le groupe rentre à l'intérieur de ce bâtiment et nous nous trouvons à l'intérieur d'un cloître (voir photo ci-dessus).
Au fond de celle-ci, nous voyons un édifice religieux à la façade austère (voir photo ci-dessus) : il s'agit de la basilique dédiée à Saint Clément.
Clément était un homme de Rome riche et instruit. Il fut l'un des premiers successeurs de Pierre mais on sait peu de choses de son pontificat en cette période de clandestinité pour l'Eglise de Rome. La tradition orale rapporte qu'il fut condamné à l'exil, en Chersonèse (aujourd'hui Crimée) en raison de son activisme jugée contraire à l'ordre public. Cependant, il retrouva des chrétiens dans son pays d'exil et continua de plus belle son entreprise en faveur de la foi chrétienne. Au bout de vingt ans, le christianisme avait pris tellement d'importance qu'il fut condamné à mort. Pour son exécution, il a été jeté à la mer avec une ancre attachée au coup afin qu'il se noie. Toujours selon la tradition orale, des miracles se seraient ensuite produits à l'endroit de la noyade. Au 9ème siècle, ses reliques furent ramenées par Cyrille et Méthode (connus pour leur œuvre d'évangélisation des peuples slaves d'Europe central).
L'intérieur a conservé son plan basilical du 12ème siècle. Le pavement du sol est cosmatesque. Le sol n'est pas rigoureusement plat car cet édifice a été construit sur une basilique plus ancienne, datant du 4ème siècle, sans doute comblée avec du tout-venant.
Au premier plan de la photo ci-dessus, on voit la schola cantorum, espace de la basilique réservé aux membres du clergé. Le mur de clôture est en marbre et appartenait à la basilique primitive. Au premier plan, à gauche, un chandelier a été érigé. Il porte le cierge pascal qui est allumé uniquement pour la fête de Pâques.
Au fond, on voit un baldaquin en marbre avec la représentation d'une ancre au milieu du fronton qui rappelle le martyr de Saint Clément. Derrière le baldaquin on voit l'abside ornée de mosaïques.
Au creux de la calotte est représentée la crucifixion de Jésus (voir photo ci-dessus).
Des colombes se trouvent aux extrémité de la croix. Elles symbolisent les apôtres de Jésus (ceux qui sont envoyés par Jésus dans le monde entier pour annoncer la nouvelle alliance). Il n'y en a que onze, puisque le douzième apôtre, Judas, a trahi Jésus en le livrant aux chefs des prêtres du temple de Jérusalem, puis s'est donné la mort.
De part et d'autre de la croix sont représentés Marie, la mère de Jésus, et le disciple à qui Jésus confie sa mère juste avant sa mort (Jean 19.26-27). La tradition de l'Eglise de Rome veut que ce disciple soit Jean.
Au-dessus de la croix est représenté le paradis sous la forme d'un parasol, ainsi que la main de Dieu tenant une couronne. En dessous de la croix, une plante a été représentée : il s'agit d'une acanthe, plante vivace ornementale méditerranéenne. Elle symbolise la religion chrétienne (les feuilles étant ses membres). Plus bas encore, se trouvent des cerfs qui se désaltèrent, symbole de ceux qui aspirent à faire partie de l'Eglise (les catéchumènes), ce qui passe par une formation (le catéchisme) et le sacrement du baptême.
La mosaïque de l'abside offre donc une représentation de la hiérarchie spirituelle chrétienne.
Au bas de la calotte, en frise, les agneaux sortant de Jérusalem et de Béthléem, symboles de l'Ancien et du Nouveau Testament, représentent les disciples, tournés vers Jésus symbolisé par l'agneau de Dieu. Cette représentation allégorique se trouve aussi dans l'abside de Sainte Marie en Trastevere.
Les fouilles menées en dessous de la basilique actuelle par des pères irlandais, ainsi que les travaux de consolidation de l'édifice, ont permis de mettre en lumière la basilique primitive du 4ème siècle. Certains n'hésitent pas à parler de palimpseste à propos cet édifice paléochrétien sur lequel on a superposé la basilique actuelle. La photo ci-dessus représente l'autel, ainsi que le baldaquin, de cette basilique paléochrétienne.
Roberta attire l'attention du groupe sur une des fresques, plutôt en bon état de conservation, illustrant la légende de Sisinius, préfet de Rome. Son épouse se rendait régulièrement à la messe célébrée clandestinement par le pape Clément. Sisinius pensait qu'elle allait voir un amant.
Pour mettre fin à ces escapades mystérieuses, il décida de la suivre et de procéder à l'arrestation des amants. Lorsqu'il arriva dans la maison où se rendait son épouse, il vit bien qu'elle se rendait à une messe (thème du tableau central de la fresque) mais ... pour retrouver son amant qui ne pouvait être que le pape Clément, étant donné son charisme. Quand il fut en face du pape Clément pour l'arrêter, Sisinius fut aveuglé soudainement (punition de Dieu ?). Néanmoins, il fit emmener Clément par ses serviteurs. Ensuite, il leurs demanda de le mettre dans un sac et de le jeter dans le Tibre afin qu'il soit noyé. Mais les serviteurs étaient impressionnés par ce miracle et jugèrent préférable de laisser partir Clément et de mettre à la place un morceau de colonne afin de donner le change à Sisinius. C'est le thème du tableau inférieur. Il est à noter que dans ce tableau les scènes sont commentées avec quelques phrases des protagonistes ce qui en fait sans doute une des premières bandes dessinées de l'Histoire. Roberta insiste sur le fait qu'il s'agit d'une des très rares manifestations écrites de la langue de transition entre le latin et la langue vulgaire.
Le plus extraordinaire est qu'il y a encore un autre niveau de construction en dessous ! Nous entendons d'ailleurs un écoulement d'eau qui se trouve en-dessous de la basilique primitive. Les fouilles ont mis en évidence que l'abside et la nef de la basilique primitive reposent sur deux maisons romaines du 1er siècle. Nous passons donc dans la nef latérale gauche (où se trouve la tombe de Cyrille) et descendons un escalier pour rejoindre le second sous-sol.
La maison située en-dessous de l'abside a été transformée au 3ème siècle en sanctuaire païen (voir photo ci-dessus).
La salle est bien conservée et possède deux bancs de pierre latéraux pour l'accueil des adeptes. Elle a la forme d'une grotte afin de symboliser le cosmos. La stèle qui est placée au centre de la salle renvoie à Mithra, dieu d'origine indo-iranienne dont le culte remonte au moins au 14ème siècle avant J.-C. Cette religion est venue à Rome avec les soldats qui revenaient des campagnes d'Orient.
Mithra veille sur l'ordre du monde et assure sa survie en luttant contre les esprits mauvais, contre la sécheresse, la soif et la mort des troupeaux. Il a reçu aussi pour mission de redonner au monde sa force vitale.

Pour s'acquitter de cette mission, il doit capturer un taureau et le sacrifier en l'égorgeant avec son glaive. La scène de l'égorgement est représentée sur la stèle (voir photo ci-dessus).
Le culte de Mithra, en passant de l'Orient à l'Occident (d'abord en Grèce puis à Rome), est devenu une religion à mystères. Lors de son initiation, le futur adepte, passant de l'obscurité à la lumière (symbolisée par le flambeau que tient Mithra dans certaines représentations), meurt symboliquement puis renaît à une vie autre. Les rites initiatiques exigeaient courage et endurance physique, valeurs qui séduisaient les soldats.
Outre la religion officielle romaine, la religion chrétienne a donc été en concurrence avec d'autres religions à ses débuts.
De l'autre maison, il ne reste que les murs. Ils sont épais : avant d'avoir à soutenir durant des siècles deux basiliques, ils ont peut être soutenus plusieurs étages auparavent. On trouve aussi quelques vestiges du pavement. Cette maison a été construite à côté d'un cours d'eau que l'on peut voir dans l'une des salles.
Pour plus de photos sur les trois niveaux de construction, vous pouvez aller sur le portail Internet www.sacred-destinations.com.
Je quitte la basilique Saint-Clément avec l'esprit fasciné par ce lieu où le temps s'est figé en strates successives dans le sol.
Nous prenons un bus qui remonte le long de la via San Giovanni in Laterano. Nous descendons pour effectuer la dernière centaine de mètres qui nous sépare de notre destination finale. Au passage, Roberta nous montre le reste d'un aqueduc de la Rome antique, sur lequel s'adosse des bâtiments nettement plus récents (voir photo ci-dessus). Après la fossilisation du temps en couches successives à Saint Clément, nous avons ici des fragments de différentes époques qui constituent un pèle-mêle temporel original.
Pour satisfaire les besoins d'une population qui augmentait sans cesse, les romains construisirent des aqueducs afin d'amener l'eau des collines de la région aux fontaines, aux thermes publics et aux maisons privées de la ville. Le plus ancien était l'Aqua Appia (-312 av. J.-C.). Au 2ème siècle de notre ère, les romains avaient déjà construits dix aqueducs fournissant au total environ 1 million de m3 d'eau par jour.
La plupart d'entre-eux étaient portés sur des arches à l'intérieur de la ville, comme celui que nous voyons en face.
Nous arrivons sur la piazza di San Giovanni in Laterano conçu et réalisée par Dominico Fontana à la fin du 16ème siècle sur commande du pape Sixte Quint.
Au centre de cette place, s'élève un obélisque égyptien de granit, datant du 15ème siècle avant J.-C. Il est le plus haut de Rome. A son sommet, se trouve une croix posée sur une sphère, symbole de Jésus, sauveur du monde, de part son sacrifice sur la croix.
Au fond de cette place (voir photo ci-dessus), se dresse le porche du transept droit de la basilique San Giovanni in Laterano (Saint-Jean-de-Latran). A l'extrémité gauche du porche, œuvre de Dominico Fontana, se trouve une statue en bronze du roi de France Henri IV.
Il est assez étonnant de trouver la statue d'un roi français dans ce lieu hautement symbolique pour l'Eglise de Rome. Selon un article publié dans Wikipedia, l'origine remonte à Louis XI qui avait accordé des droits au chapitre de Saint-Jean-de-Lateran, notamment la perception de revenu, sur l'abbaye de Clairac en Aquitaine. Cependant, l'essor du protestantisme dans cette région français provoqua l'interruption de cette source de revenus. Le roi Henri IV, d'origine protestante mais devenu catholique afin de pouvoir régner ("Paris vaut bien une messe") rétabli le chapitre de Saint-Jean-de-Lateran dans ses droits et revenus. Sensible à cette bienveillance vis à vis de l'Eglise, le chapitre fit donc élever une statue à l'effigie d'Henri IV. En outre, il attribua le titre de chanoine d'honneur ET, "last but not least", fait célébrer une messe pour la prospérité de la France, le 13 décembre, jour anniversaire du roi Henri IV.
Néanmoins, cette rente connue des hauts et des bas qui sont liés à l'histoire de la France : Louis XV l'augmenta, la Révolution française la supprimera, Louis XVIII la restaurera, le renversement de la monarchie en 1830 la supprimera à nouveau mais Louis Napoléon, devenu empereur la rétablira à nouveau, tandis que les républicains, suite à la chute de l'Empire, l'aboliront. Toutefois, l'Eglise de Rome n'est pas rancunière vis à vis de sa fille aînée, la France, et les dispositions arrêtées par le chapitre de Saint-Jean sont toujours en vigueur. C'est ainsi que le président de la République française, considéré par l'Eglise comme le successur des rois de France, se voit proposer le titre de chanoine d'honneur, lors de son arrivée au pouvoir. Les présidents de la 3ème et de la 4ème République ont décliné l'offre.
Mais il en est tout autre des présidents de la 5ème République qui ont vu leur pouvoir considérablement renforcé par la Constitution de 1958 : Charles de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac sont allés prendre possession de leur stalle, néanmoins en toute discrétion, les relations entre L'Etat français et l'Eglise de Rome étant un sujet à manier avec précaution, tandis que Georges Pompidou et François Mitterand ont accepté leur titre mais ne sont pas allés le prendre. Quant à Nicolas Sarkozy ... c'est de façon tonitruante qu'il est allé le chercher en prononçant une allocution dont on n'a pas fini de parler en France.
Le côté gauche est occupé par le palais du Latran (la façade est partiellement visible sur le côté de la photo ci-avant). L'édifice actuel date de la fin du 16ème siècle et a été construit par Dominico Fontana, le palais médiéval ayant été détruit par un incendie lors de la période où les papes résidaient à Avignon. C'est dans ce palais que furent signés en 1929 les accords de Latran entre la Papauté et la République italienne. Il accueille le gouvernement du diocèse de Rome, dont le pape est le chef en tant qu'évèque de Rome. En raison de ses prérogatives, le pape confie la direction du diocèse à une autre personne qu'il désigne : il s'agit du vicaire de Rome.
Le côté droit de la place (en dehors du champ de la photo) donne sur le baptistère (lieu où les chrétiens s'immergèrent pour recevoir le baptême). Il a été adjoint au baptistère, deux chapelles dédiées respectivement aux Saints Jean-Baptiste et Jean l'Evangéliste.
Le nom de ce quartier, Latran, vient de Laterani qui le nom d'une grande famille de patriciens qui possédait à cet endroit un domaine. Sous le prétexte d'un complot ourdi contre lui, Néron fit saisir les biens de la famille et devinrent propriété impériale. Constantin est l'empereur qui a autorisé et favorisé le christianisme. Sur l'emplacement de la caserne de la garde prétorienne de Maxence, son rival, il fit construire une basilique qui fut consacrée par le pape Sylvestre 1er, en 324.
On devine le sentiment immense de joie qui a été éprouvé par les chrétiens suite à l'entrée dans Rome (en 312) de ce nouvel empereur qui mit fin aux persécutions et qui, l'année suivante (en 313) donna la liberté de culte (Edit de Milan) : finis les cultes célébrés clandestinement dans les maisons des particuliers, finis les supplices, finis les pleurs, finis les larmes ... finis tout ça !
Cette première basilique chrétienne est dédicacée au Saint-Sauveur. "Saint-Sauveur" est une autre façon de désigner Jésus en sa qualité de Christ c'est-à-dire sauveur du monde. Toutefois, cette dédicace est tombée en désuétude avec le temps au profit d'un nom d'usage emprunté à la dédicace du baptistère et du nom du quartier.
Nous passons sous le porche du transept. Celui-ci est fermé par des grilles car elle matérialise une frontière, celle qui en vertu des accords de Latran sépare la République italienne de l'Etat du Vatican. Un garde surveille l'entrée. Roberta nous rappelle les consignes vestimentaires du Vatican : les épaules doivent être couvertes, les jupes des femmes doivent descendre à la hauteur des genoux et les hommes doivent porter un pantalon (le bermuda est, en principe, non autorisé). Roberta met un châle sur ses épaules et le montre ostensiblement au garde en lui disant "Tu vois, aujourd'hui, j'y ai pensé". Le garde lui répond un peu accablé : "Ne m'en parle pas. Je n'arrête pas de me faire disputer. Les uns sont mécontents parce qu'ils me trouvent trop strict avec les vêtements, tandis que les autres me reprochent que je suis trop laxiste. Heureusement que je pars en vacances ce soir !".
L'intérieur est extraordinaire ! De ma vie, je n'ai vu un édifice aussi raffiné. Roberta voit notre émerveillement et nous dit : "Vous êtes impressionnés par cette basilique ? Mais ce n'est rien par rapport à la basilique Saint-Pierre !".
La personne qui ne vit pas régulièrement dans cette ville exceptionnelle a tout de même de quoi être impressionnée car la basilique fait tout de même 130 m de long, ce qui la classe au deuxième rang des grands édifices religieux de Rome, après la basilique Saint-Pierre.
La basilique a subit dans le passé de nombreux dommages : d'abord les sacs de Rome par les barbares au 5ème siècle, puis un tremblement de terre au 9ème siècle qui la détruisit complètement, reconstruite entièrement au 10ème siècle, elle fut à nouveau détruite complètement au début du 14ème siècle par un incendie, puis un séisme au milieu du 14ème siècle, puis un autre incendie 12 ans après le séisme, et à nouveau restauré ! L'édifice actuel est le résultat d'une rénovation au 16ème siècle, donc dans l'époque baroque, réalisé par l'architecte Francesco Borromini, le concurrent du Bernin.
Les piliers de la nef centrale sont ornés chacun par la statue d'un apôtre. Ces statues ont été réalisées par des élèves du Bernin. Les colonnettes de marbre vert ont été récupérées de la basilique antique.
Il y a douze statues monumentales : ce sont les statues des apôtres. Celles représentant Paul et Pierre sont les plus proches du chœur de la basilique.
La statue de Pierre tient les clés du salut des âmes et du Paradis, illustrant ainsi le verset 19 du chapitre 16 de l'évangile de Matthieu : "Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. Ce que tu refuseras sur la terre, on le refusera dans les cieux. Ce que tu accueillera sur la terre, on l'accueillera dans les cieux".
La statue de Paul tient une épée et un livre qui symbolise les Ecritures. Selon l'audioguide prêté par le Vatican au pèlerin visitant la basilique Saint-Pierre : le livre rappelle que Paul a été un important contributeur du Nouveau Testament puisque 13 des 21 épîtres lui ont été attribués, tandis que l'épée rappelle qu'avant sa conversion sur le chemin de Damas, il s'apprêtait à combattre les chrétiens avec les armes. Mais, la Parole de Dieu est plus forte que le glaive : elle va dans le cœur des hommes bien plus profondément que l'épée.
En dessous du maître-autel, se trouve une petite crypte accueillant le tombeau de Martin V (voir photo ci-dessus), premier pape après le Grand Schisme d'Occident (période s'étalant de 1378 à 1417 où il y avait un pape à Rome et un autre à Avignon).
Le baldaquin qui est au-dessus du maître-autel, est composé de deux étages, le premier étage est de style antique tandis que le second est de style gothique. Il date du 14ème siècle et les peintures datent de la Renaissance (voir photo ci-dessus). Des reliques des apôtres Pierre et Paul se trouvent dans le second étage.
Dans le cadre des travaux de rénovation de la basilique au 19ème siècle (commandés par le papa Léon XIII), le maître-autel a été revêtu de marbre. Au cours des travaux, on a découvert que l'autel de bois renfermait d'autres planches beaucoup plus anciennes, dont l'une appartient très probablement à l'autel où officiait le pape Sylvestre Ier.
A cause des nombreux outrages du temps (voir précédemment), l'abside a été remaniée plusieurs fois. L'aspect actuel (voir photo ci-dessus) date des travaux de rénovation effectués sous l'égide de Léon XIII qui ont reculé l'abside afin que la basilique soit dotée d'un chœur plus vaste.
Au fond, se trouve la chaire épiscopale (qui se dit en latin "catedra"). C'est le siège sur lequel s'installe l'évêque pour présider une assemblée chrétienne. Elle représente le symbole de son « magistère », c’est-à-dire de l’enseignement des Evangiles qu'il est appelé, en tant que successeur des Apôtres, à conserver et à transmettre à la communauté chrétienne. Après les persécutions, le siège épiscopal a été mis derrière l'autel, au fond de l'abside de la basilique primitive. A ce titre, la basilique Saint-Jean de Latran est la cathédrale du diocèse de Rome, c'est à dire le lieu où l'évêque de Rome (qui n'est autre que le pape) exerce son ministère. Etant donné les charges et obligations de celui-ci, la gestion courante du diocèse est confiée à un "vicaire général".
A l'origine, l'évêque était élu par le clergé du diocèse. Le pape reste encore élu de cette façon car les électeurs du pape (les cardinaux) sont titulaires d'une église du diocèse de Rome, ce qui leur confère le statut de membre du clergé romain. C'est ainsi que l'archevêque de Paris, lorsqu'il est nommé "cardinal", devient titulaire de l'église Saint-Louis-des-Français ou que l'archevêque de Lyon, primat des Gaules, devient titulaire de l'église de la Trinité-des-Monts.
Le regard est attiré par le visage de Jésus qui se détache très nettement d'un fond doré. La première représentation en cette abside remonte au début de cette basilique. Peu de temps auparavant, les édifices publiques de Rome étaient ornées exclusivement d'effigies païennes. Le fait de voir pour la première fois une représentation de Jésus dans un bâtiment ouvert au public suscitait la surprise et le ravissement des chrétiens de l'époque. Au 13ème siècle, la mosaïque de l'abside fut refaite. Jacopo Torriti qui était en charge de cette rénovation , réussit à détacher la figure antique de Jésus et à l'insérer sur un fond doré qui se détache nettement du reste de la composition. Sans doute pour communiquer à l'observateur des sentiments similaires à ceux des premiers paroissiens.
Jacopo Toriti a également refait à partir des modèles de l'époque paléochrétienne, la Croix et, en-dessous ce celle-ci, la Jérusalem céleste avec le palmier et le phénix, symboles de la Résurrection. Par contre les personnages qui sont de part et d'autres de la Croix ont été ajoutés par lui. De gauche à droite, nous avons : Paul, Pierre, Nicolas IV (en plus petit par rapport à Pierre), François d'Assise (le plus petit personnage), Marie, André, Antoine de Padoue (en plus petit par rapport à André), Jean le Baptiste et Jean l'Evangéliste.
Sur l'invitation de Roberta, le groupe part en direction de la porte centrale. Près de cette porte, mon regard est attiré par l'une des statues qui représentent les douze apôtres. Il s'agit de Barthélemy, qui, selon la tradition, a été écorché vif.
Dans le canon de la messe, les douze apôtres sont désignés dans l'ordre suivant: Pierre, Paul, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Simon et Taddée. Toutefois, cet ordre n'est pas toujours exactement suivi: Matthias, élu apôtre à la place de Judas Iscariote (Actes des apôtres, chap. 1er), remplace souvent Taddée; quelquefois Jacques le Mineur et Simon cèdent la place aux deux évangélistes Luc et Marc; Paul ne peut trouver place parmi les douze apôtres qu'en excluant l'un de ceux choisis par Jésus-Christ lui-même, tel que Jude, par exemple. Il est donc difficile de désigner les douze apôtres par leurs noms dans la statuaire des édifices religieux de l'Eglise de Rome. Toutefois, en général, les apôtres, portent les instruments de leur martyre ou divers attributs qui les font distinguer, ce qui permet de les désigner nominativement. Nous avons vu que Pierre a deux clefs tandis que Paul tient une épée. Dans le cas de Barnabé, il s'agit de la dépouille de sa propre peau afin de rappeler qu'il fut écorché vif avant d'être mis à mort, et du grand couteau qui servit à ce supplice.
Nous quittons l'intérieur de la basilique et passons sous le porche. Je suis impressionné par la dimension des battants de la porte centrale. Roberta nous explique qu'ils s'agit de ceux de la porte centrale de la Curie du forum romain (que nous avons vu hier). Elles furent élargis d'une bordure marquée des étoiles du blason du pape régnant lors de ce déménagement (1656), Alexandre VII.
Autre porte remarquable : la porte sainte (voir photos ci-avant), ouverte symboliquement par le pape au début de l'année jubilaire (voir commentaires au sujet de la porte sainte de Sainte-Marie majeure).
Nous sortons du porche où se trouve sur la statue de Constantin qui non seulement est l'empereur qui a mis fin aux persécutions des chrétiens mais qui a été aussi le premier empereur chrétien puisque c'est dans cette basilique qu'il reçut, à la fin de sa vie, le baptême des mains du pape Sylvestre Ier.
Finalement, il y a une cohérence dans la statuaire des porches de la façade avant et du transept droit . L'un abrite, Constantin Ier qui, avec son édit de Milan de 313, autorisa la liberté de culte pour tous, y compris les chrétiens (le christianisme sera proclamé "religion officielle de l'Empire", plus tard, en 391, par Téodose Ier). L'autre abrite Henri IV qui, avec son édit de Nantes en 1598, autorisa la liberté de culte pour les protestants. Hasard ou démarche consciente du chapitre ? En tout état de cause j'y vois un message de tolérance et de liberté religieuse ! Et si Saint-Jean-de-Latran devenait le panthéon des personnes qui ont oeuvré pour cette noble cause ? Voici une bonne raison pour aller, demain, voir le pape et discuter de cette idée !
Nous descendons les marches de la basilique. Avant de la quitter, Roberta nous fait lire une inscription qui se trouve sur la base d'un des piliers du porche (voir photo ci-dessus) : "sacros lateran eccles omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput". La traduction en français est : "sainte église de Lateran, mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde". Aujourd'hui, l'Eglise catholique de Rome compte plus d'un milliard de personnes, réparties sur tous les continents, ce qui en fait une des grandes religions du monde contemporain. Que de chemin parcouru depuis l'époque paléochrétienne !
La façade avant de la basilique date du 18ème siècle (voir photo ci-dessus). Au sommet de celle-ci trône une statue monumentale du Christ qui semble être dans les cieux. Elle est entourée par celles de Jean le Baptiste et Jean l'Evangéliste, ainsi que par d'autres saints de l'Eglise de Rome.
Nous nous éloignons de ce lieu ô combien historique ... et nous sommes maintenant à la fin de notre dernière visite guidée par Roberta.
Roberta, je te remercie chaleureusement pour tous ces exposés clairs et synthétiques que tu nous a prodigués durant ces trois demi-journées, consacrées successivement à la Rome antique, à la Rome baroque et à la Rome paléochrétienne.
Comme nous repartons vers la même station de métro que Roberta, nous faisons encore quelques pas ensemble, ce qui nous permet de profiter d'un petit plus.
La muraille que nous voyons (voir photo ci-dessus) fait partie de l'enceinte de Rome construite au 3ème siècle par Aurélien. La porte est le résultat d'une ouverture de la muraille au 16ème siècle.
Avant de franchir la muraille, Roberta nous invite à regarder la porte médiévale (voir photo ci-dessus).
Voici la porte actuelle, vue de l'autre côté de l'enceinte.
La porte médiévale, vue également de l'autre côté de l'enceinte.
Merci encore Roberta et au plaisir de se revoir !
11 août 2008
De la piazza Navona au Trastevere
Le titre donné à cet article vient du fait que cette promenade a commencé vers 17 h après les visites guidées consacrées à la Rome antique et à la Rome baroque. Le point de départ de cette promenade est la piazza San Pantaleo, en bordure du Corso Vittorio Emanuele II qui est l'artère principale du centre historique de la ville de Rome. Au bout de cette petite place, se trouve le palazzo Braschi qui abrite le museo di Roma qui retrace l'histoire de Rome depuis le Moyen-Age.
Si vous n'êtes pas encore épuisés par mes articles précédents de ce jour alors je vous propose de m'accompagner. Suivez le guide ! En l'absence de ma guide conférencière, Roberta, les informations que je vous donne sont issues du guide du Routard et du guide Vert Michelin. Vous trouverez certains liens avec Wikipedia si vous souhaitez approfondir un personnage, un monument ou une institution cités dans cette promenade.
Tout d'abord, il faut traverser le Corso Vittorio Emanuele II et marcher en direction du palais Farnèse qui accueille l'ambassade de France, en laissant sur votre droite le pallazo della Cancelleria (palais de la Chancellerie).
Sur le chemin, arrêtez vous sur cette grande place rectangulaire (profitez-en pour faire provision d'eau fraîche car il fait encore chaud en cette fin d'après-midi du mois d'août) qui s'appelle le Campo dei Fiori, le champ des Fleurs. Sur cette place, se tient un marché très pittoresque où on trouvent des légumes typiquement romains et de magnifiques fleurs. Après la fermeture du marché, les comptoirs de fleurs restent ouverts jusqu'en fin d'après-midi et offrent un spectacle multicolore. Je n'ai pas pu vérifier par moi-même ce que dit le guide Vert. Sans doute parce que l'activité de cette place est ralentie lors de cette première quinzaine du mois d'août, les romains étant comme beaucoup de monde en vacances ... mais ailleurs.
La place est dominée par une statue représentant un personnage un peu sinistre à cause de la capuche qui lui masque le visage. Il s'agit de la statue de Giordano Bruno, moine qui fut déclaré hérétique par l'Inquisition (à cause de sa vision de l'univers qu'il voyait comme infini et peuplé d'une quantité innombrable de mondes identiques au nôtre). Il fut brûlé vif en cette place (qui fut aussi un lieu d'exécutions), en 1600. Sans savoir si il y a un lien de cause à effet par rapport à ces évènements, il faut tout de même remarquer qu'il n'y a pas d'église sur cette grande place ce qui est assez rare dans cette ville qui est le siège du Catholicisme. Je vous invite à poursuivre votre marche en continuant de suivre la via dei Baullari (la voie des fabricants de malles qui se dit bauli en italien).
Voici donc le palazzo Farnese qui est un des plus important palais de la Renaissance à Rome et qui abrite l'ambassade de France (dès 1635, des ambassadeurs du royaume de France ont logé dans ce palais). Depuis 1936, il fait l'objet d'un bail emphytéotique entre la République française et la République italienne : le palais est loué pour une somme dérisoire (un euro !) à la France pour une période irréductible de 99 ans, à charge pour la France d'entretenir voire de mettre en valeur le bien immobilier. La même convention existe pour l'hôtel particulier qui abrite l'ambassade d'Italie à Paris.
Ce palais est réputé pour sa qualité architecturale (Michel-Ange y a participé) et pour ses décorations. Le blason qui se trouve au-dessus du balcon central (voir photo ci-dessus) est orné de fleurs d'iris (à ne pas confondre avec le lys de la France), il s'agit du blason de la famille Farnèse dont le pape Paul III (instigateur du concile de Trente) est issu et qui fut le commanditaire de l'ouvrage.
Le palais se visite mais sur rendez-vous, les lundi et jeudi. Dommage pour aujourd'hui car il est trop tard. Mais pensez à réserver pour une prochaine fois (surtout si vous avez le voeux de revenir dans cette belle ville quand vous avez jeté une pièce dans la fontaine de Trevi).
Je le ferai car les quelques images que j'ai vu de la galerie Carrache, située au premier étage, me donne une très grande envie de visiter le palais. Pour présenter cette galerie en quelques mots, celle-ci était à l'origine destinée à accueillir les statues antiques collectionnées par les Farnèse (qui se trouvent aujourd'hui au Musée archéologique de Naples et au Palais royal de Capodimonte). Annibal Carrache compléta ce musée par une galerie de tableaux peints en trompe-l'oeuil. Les fresques sont inspirées des "Métamorphoses d'Ovide".
Pour plus de détails sur ce palais, allez sur le portail du site de l'ambassade. Vous trouverez dans la rubrique "Visiter le Palais Farnèse" les informations pratiques pour réserver. A noter qu'il y aura bientôt sur le site de l'ambassade, une visite virtuelle du palais.
Pour l'instant, je vous invite à prendre la ruelle qui se trouve à gauche du palais. Au passage, vous verrez sur le pignon de l'immeuble voisin un médaillon où est représentée une Vierge à l'Enfant (voir photo ci-dessus). Chez les catholiques, Marie fait l'objet d'une dévotion nettement plus grande que celle vouée aux autres saints et saintes de l'Eglise de Rome. Henri Tincq, dans son ouvrage "Les catholiques", paru chez Grasset au printemps 2008, dit que la mère de Jésus est invoquée depuis des siècles, dans un mélange de religiosité et de superstition, contre la maladie, les détresses de la vie, les catastrophes naturelles ...
Au bout de cette petite ruelle, vous arriverez dans une rue très calme, la via Giulia (où se trouve le consulat français, adresse utile en cas de soucis genre perte ou vol de papiers d'identité) qui ne manque pas d'élégance. Cette longue rue droite et pavée relie l'église San Giovanni dei Fiorentini (c'est dans cette direction que la photo ci-avant a été prise) jusqu'au pont Sisto où je vous convie à vous rendre tout à l'heure.
Le pont qui enjambe la via Giulia s'appelle le Passeto Farnese. Il relie le palais Farnèse à un ensemble de pièces annexes où les Farnèse déposaient leurs collections d'antiquités, ainsi qu'au couvent de l'église Santa Maria della Morte.
Pour l'instant, je vous conseille de continuer à faire le tour du palais Farnèse afin d'admirer la cour intérieure (voir photo ci-dessus). Certes le jardin peut vous paraître petit compte tenu de la majesté de l'édifice mais il ne faut pas être trop exigeant, quand même ! Allez, faîte demi-tour et marchez en direction du pont Sisto.
Vous avez soif ? Alors profiter de la bonne eau fraîche de cette fontaine (voir photo ci-avant). Sur le chemin, veillez à ne pas vous querellez. Le 20 août 1662, trois français qui se dirigeaient vers le pont Sisto se sont disputés avec des soldats corses de la garde pontificale. Les hommes en sont venus aux mains et le pugilat causa la mort d'un soldat de la garde pontificale et d'un laquais qui accompagnait la voiture de l'épouse de l'ambassadeur. Ce fait divers se transforma en incident diplomatique.
Sur le pont Sisto, jeter un coup d'oeuil à gauche et à droite pour admirer le Tibre (photo ci-dessus, le pont qui est fond est le pont Mazzini).
Une fois arrivé de l'autre côté, vous noterez un changement d'ambiance : ce n'est plus celle du centre-ville historique où beaucoup de zones semi-piétonnes permettent aux touristes de flâner. Le boulevard devant lequel vous vous trouvez contribue beaucoup à ce changement d'ambiance, à cause de la circulation automibile qui est dense. Vous n'avez plus l'impression d'être dans une ville exceptionelle mais simplement dans une grande ville occidentale ordinaire. Pourtant, je vous encourage à traverser ce boulevard et à vous rendre sur la place qui se trouve en face du pont Sisto : la piazza Trilussa (pseudonyme d'un écrivain italien mort en 1950 apprécié pour ses poèmes populaires). Sur cette place se dresse une fontaine monumentale commandée par le pontificis maximus (c'est ainsi que l'on appelle le pape) Paul V. Notez que vous avez un point commun avec ce monument : lui aussi a traversé le Tibre, au 19ème siècle, lorsque furent aménagés les bords du Tibre car auparavent le monument se trouvait du côté de la rive gauche, au début de la via Giulia.
Savez-vous ce que signifie "Trastevere" qui est le nom de ce secteur administratif de Rome devant vous ? Trastevere vient du latin "Trans Tiberim" qui veut dire "au-delà du Tibre". A l'origine, ce secteur administratif ne faisait pas partie du territoire de Rome et marquait le début du pays Etrusque. Du temps de la République romaine, il était peuplé de juifs et de Syriens et fut incorporé à Rome par Auguste en devenant la quatorzième région administrative de la ville, au même titre que la colline du Janicule qui domine le quartier et la coline du Vatican. Cependant, il faudra attendre le 3ème siècle après J.C. et l'édification du mur d'Aurélien pour que le quartier soit totalement intégré à Rome.
Dès l'origine, ce quartier était populaire et les vilaines masures faisaient contraste avec les riches demeures de la rive gauche. Cependant, depuis quelques années, (prix de l'immobilier ?), le quartier attire de nouveaux résidents, italiens ou étrangers, plus aisés. Pour ceux qui connaissent Paris, on peut faire un parallèle avec le faubourg Saint-Antoine du 11ème arrondissement qui naguère était habité par les couches populaires de la société et qui est maintenant investi par les bourgeois-bohèmes ("Bobos").
Je vous invite à vous perdre dans le dédale de ces petites rues pour apprécier le charme de ce quartier tranquille. Si vous avez du courage alors faite la montée du Janicule (voir photo ci-dessus) en remontant la via Garibaldi. Entrez dans le parco Gianicolense par la porta San Pancrazio. Après 250 m de marche vous arriverez sur un belvédère où trône une statue de Giuseppe Garibaldi et qui offre une très belle vue sur Rome. Janicule vient de Janus, dieu auquel la colline était consacrée.
Sinon, je vous invite à vous rendre sur la piazza Santa Maria in Trastevere. L'endroit est accueillant et je vous engage à vous installer à la table d'un café et demander une boisson rafraîchissante tout en admirant la place.
Si vous vous êtes installés sur la même terrasse que moi alors vous voyez (voir photo ci-avant) en face de vous le palais de S. Callisto et sur votre droite vous avez la Basilica di Santa Maria in Trastevere.
Il y a deux mille ans, en 38 av. J.-C. très exactement, une source d'huile, la fons olei, surgit à l'emplacement actuel de la basilique et s'écoula durant une journée. Plus tard, les chrétiens interprétèrent ce prodige comme une annonce de la venue du Messie. Un sanctuaire aurait été construit par le pape Calixte au début du 3ème siècle mais il n'y a pas de preuve formelle. Par contre, il est certain qu'une première basilique fut édifiée par le pape Jules 1er au 4ème siècle.
Ce n'est pas le surgissement d'une huile provenant de la terre qui était en soi extraordinaire pour les romains car le pétrole, du latin petra (pierre) et oleum (huile) était connu dans l'Antiquité et avait différentes utilisations : cataplasme pour soigner les plaies, combustible pour les lampes à huile, calfatage des coques de bateau. Mais le lieu car dans l'Antiquité c'était au Moyen-Orient que l'on trouvait des afleurements naturels de pétrole. Il est aussi trouvé de façon accidentelle quand les gens creusaient des puits pour trouver de l'eau potable ou de la saumure.
La basilique actuelle et le clocher datent du 12ème siècle (voir dessin ci-avant).
Au centre de la mosaïque qui orne la façade, il y a une Vierge à l'Enfant (voir photo ci-dessus), à qui est dédiée la basilique ; de part et d'autre un cortège de femmes qui viennent honorer la Vierge et l'Enfant. Au-dessus de la mosaïque, on voit encore les vestiges d'une scène peinte. Les statues sont de style baroque et ont été placées aux 17ème et 18ème siècles; elles représentent des saints.
La mosaïque qui décore l'abside est de tout premier ordre (voir photo ci-dessus). Au dessus de l'arc triomphale, il y a un médaillon dans lequel se trouve une croix avec les lettres A et oméga ("je suis l'alpha et l'oméga") qui est le symbole de l'éternité de Dieu.
On voit aussi sous l'arc triomphal les deux lettres grecques, X (chi) et R (ro), entrecroisées qui constituent les premières lettres du nom grec Christos (Christ). Il s'agit du monogramme constantinien. C'est un symbole paléochrétien car il a été surtout utilisé durant l'époque de l'empereur Constantin (312-337). Il se réfère aux paroles du Christ "Avec ce signe tu vaincras" qui se serait adressées à Constantin, par l'intermédiaire d'un songe, à la veille de son affrontement avec la garde prétorienne de son rival Maxence.
Au sommet du baldaquin, la croix qui est posée sur une sphère est le symbole du Christ sauvant le monde, à cause du sacrifice de sa personne sur la croix.
La mosaïque a été réalisée au 12ème siècle. On constate que l'influence byzantine marque encore l'art de la mosaïque à Rome, un siècle après la séparation entre l'Église de Rome et l'Église de Constantinople (schisme de 1054). Pour preuve, Marie est parée d'or comme une impératrice byzantine. On remarquera la présence d'une main tenant une couronne au dessus de la tête de Jésus, il s'agit de la main de Dieu.
A la gauche de Jésus, il y a Pierre "Petrus", premier pape de l'Eglise de Rome. A la gauche de Pierre est représenté respectivement le pape Corneille, le pape Jules (visible partiellement sur la photo ci-dessus, en totalité sur la photo d'avant) et Calépode (voir la photo d'avant). A la droite de Jésus, il y a le pape Calixte. Saint Laurant et le pape Innocent II (les deux derniers personnages sont visibles sur la photo d'avant). Des reliques de Corneille, Calixte et Calépode ont été mis dans une crypte construite au 9ème siècle sur ordre du pape Grégoire V.
En bas de la mosaïque, des agneaux ont été représentés. Ils s'agit des apôtres tournés vers l'Agneau de Dieu (reconnaissable à son auréole) et sortant des cités de Bethléem (où est né Jésus) et de Jérusalem (où il fut crucifié).
De droite de la photo, nous voyons dans l'abside la représentation du pape Innocent II qui a fait construire la basilique du 12ème siècle. Si on déplace le regard vers la gauche alors on voit une mosaïque du 12ème siècle qui orne l'arc triomphal où le prophète Isaïe est représenté (de l'autre côte de l'arc, c'est le prophète Jérémie). La base de l'arc triomphal est également ornée d'une mosaïque mais datant de la fin du 13ème siècle, réalisée par Pietro Cavallini, illustrant une scène de la vie de la Vierge.
A gauche de l'arc triomphale, on fait un saut dans le temps car on voit l'entrée de la chapelle Altemps qui avec ses stucs et ses fresques est un exemple de l'art baroque favorisée par la Contre-Réforme (encore appelée Réforme catholique), à partir de la fin du 16ème siècle. Face à la Réforme protestante qui prônait la simplicité du culte, le refus des images et la suprématie des Saintes Écritures, l'Église de Rome réagissait dans ses lieux de culte par la surabondance des images, la puissance émotive des statues, le vertige des plafonds peints, la surcharge des ornements dans la nef, le chatoiement des marbres et le prestige de l'or (D. Fernandez, Le Banquet des Anges, Plon, 1984).
Au premier plan de la photo ci-dessus, on voit que l'autel est placé en dessous d'un baldaquin à colonnes corinthienne de porphyre . A droite, sous le podium de l'autel (non visible sur la photo) une inscription rappelle le prodige de la fons olei. Au fond de l'abside, on devine le siège épiscopal. Au-dessus de ce siège, il y a une mosaïque où un médaillon de la Vierge à l'Enfant est entouré de Pierre et de Paul, les fondateurs de l'Eglise de Rome. Il y a aussi du côté droit, un personnage représenté en plus petit : il s'agit du cardinal Stefaneschi commanditaire de l'ouvrage.
Avant de repartir, n'oubliez pas de jeter un coup d'oeuil sur le sol cosmatesque de la basilique (voir photo ci-avant). Pour d'autres images de cette remarquable basilique, vous pouvez aller sur le portail de Rome Passion.
La fontaine au centre de la place (voir photo ci-dessus) a été remaniée par le Bernin.
La visite de cette fin de journée s'arrête ici, j'espère qu'elle vous a plu.
Pour la soirée, vous pouvez soit rester dans le Trastevere et attendre que les restaurants commencent à se remplir (vers 21 h en été), ou bien repartir vers le centre historique de Rome. Dans ce cas, je peux vous conseiller l'adresse d'un petit restaurant situé près de la place Navona : Mimi E Coco, 72 via del Governo Vecchio.
Et je ne saurais trop vous pousser à goûter la glace au chocolat mélangé avec du piment (voir photo ci-dessus. L'exagération du constraste gustatif est surprenant au début mais cela procure un festival de sensations pour le palet. Finalement, le baroque peut se retrouver aussi dans l'art culinaire !
Découvrir la Rome baroque
Le Baroque est un style qui est apparu en Italie à la fin du 16ème siècle et a duré environ un siècle. Ce mouvement artistique s'est propagé dans la péninsule Ibérique, dans les royaumes catholiques de l'Europe centrale et, dans une moindre mesure les Pays-Bas où les commandes aux artistes se sont limitées à des portraits et des scènes de la vie quotidienne (la Réforme protestante refusant les représentations dans les lieux de culte).
Baroque vient du mot portugais "barroco", mot utilisé pour désigner une perle de forme irrégulière. Dans les domaines de la sculpture, de la peinture et l'architecture, ce style se caractérise par la mise en évidence du mouvement, par des mises en scènes dramatiques, par la communication d'atmosphère de tension et enfi par l'exubérance, voire la surcharge. Rome est une des villes où ce style est apparu.
Le point de départ de la visite proposée par notre guide, Roberta, est le site de la colonne de Trajan (voir l'article "Découvrir la Rome antique"). Après nous avoir donné quelques explications sur le style baroque, nous marchons le long de la piazza SS. Apostoli. Roberta nous invite à regarder partout, notamment à ce qui se trouve en hauteur.
En suivant son conseil, je remarque une façade d'un édifice religieux dont les fenêtres sont de style baroque (voir photo ci-avant). Il s'agit de la Basilica dei SS. Dodici Apostoli (basilique des Saints-Apôtres). Sur la balustrade, se trouve des statues de Jésus et de ses apôtres qui datent du 17ème siècle.
Nous constatons qu'il y a beaucoup d'immeubles avec des façades ocres. Roberta nous précise qu'il ne s'agit pas d'une couleur traditionnelle romaine mais c'est un héritage de la rénovation de la ville menée par la maison de Savoie (dont est issue le roi Victor Emmanuel II).
Mon attention est attirée par les médaillons représentant Marie, mère de Jésus de Nazareth, au pignon de certains immeubles (voir photo ci-dessus).
Après quelques centaines de mètres, nous arrivons sur une petite place encombrée de monde et où se trouve une fontaine monumentale, la fontaine de Trevi (voir photo ci-dessus). Le nom Trevi vient de "trivium" en latin qui veut dire trois voies qui signale le croisement de trois rues. L'édifice a été construit avec du Travertin dont une rénovation récente lui a permis de retrouver toute sa blancheur.
La fraîcheur rend l'endroit très agréable en cette après-midi très chaude. Ayant chaud, je ne manque pas de boire mais en voyant le bassin, j'ai envie de comme Anita Ekberg dans le film de Felini, la Dolce Vita : faire trempette dans le bassin ! J'ai l'intuition que ce n'est pas possible mais je pose quand même la question. Comme je le pressentais, Roberta confirme mon intuition en montrant un des gardiens de la ville qui surveillent la place. Elle précise qu'il est même interdit de tremper les mains dans le bassin.
Pour détendre l'atmosphère un peu alourdi par ces interdits (au demeurant justifiés compte tenu du nombre très important de touristes qui viennent contempler cette fontaine), Roberta nous raconte une anecdote. Il est d'usage de jeter deux pièces dans le bassin, en tournant le dos à la fontaine (je ne sais pas pourquoi), pour qu'un vœux soit exaucé et d'être sûr de revenir un jour à Rome. Toutefois, Roberta nous rapporte qu'il existe d'autres usages comme deux pièces si on veut être marié avant la fin de l'année et ... trois pièces si on veut obtenir le divorce ! Cette tradition est assez suivie (allez savoir pourquoi) car il y a beaucoup de pièces qui sont jetées dans le bassin. Tous les lundi matin, celles-ci sont récupérées par des employés municipaux, sous bonne garde. Avant l'euro, la municipalité gardait les lires italiennes (qui servaient pour l'entretien du monument) et reversait les pièces étrangères à des œuvres caritatives. Depuis l'adoption de l'euro, toutes les pièces sont données aux œuvres.
La fontaine de Trevi est alimentée par un aqueduc romain vieux de 2000 ans, l'Acqua Vergine, nom qui vient d'une légende romaine selon laquelle une jeune fille vierge aurait trouvé la source et l'aurait indiquée aux soldats romains. L'aqueduc a été construit sur ordre d'Agrippa, gendre d'Auguste.
La niche centrale abrite le dieu Océan (ou Neptune) sur un char guidé par deux chevaux romains et deux tritons. L'un des chevaux est paisible tandis que l'autre semble agité, symbolisant les deux aspects que peuvent nous offrir la mer : ma mer violente et la mer calme.
Dans les niches latérales, se trouvent les statues représentant l'Abondance et la Salubrité. Au dessus de l'Abondance, se trouve un relief représentant la jeune fille découvrant la source. Le relief qui se trouve de l'autre côté montre Agrippa ordonnant la construction de l'aqueduc.
Chaque colonne du monument est surmontée d'une statue allégorique d'une des saisons de l'année. Au sommet de l'édifice (voir photo ci-avant où on voit aussi deux des quatre statues exprimant la saisonnalité de l'année) se trouve le blason du pape Clément XII, commanditaire au 18ème siècle de cet ouvrage monumental, témoin de la fin du baroque.
Nous quittons la place en prenant la petite rue située à gauche de la fontaine.
Nous passons derrière l'église Santa Maria in Via (voir photo ci-dessus). Elle nous montre l'immeuble où un des plus grands artistes du Baroque habitait : Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, dont les plus belles sculptures se trouvent à la galerie Borghese. Cet artiste avait un rival, Francesco Borromini. Toutefois, ils n'avaient pas les mêmes clients : le Bernin travaillait pour la Papauté et la famille Barberini (qui donna à la Papauté le pape Urbain VIII), tandis que Borromini, travaillait pour les ordres religieux. Pour la petite histoire, Roberta nous dit que le clocher de l'église est ... l'œuvre de son rival, Borromini. Nous continuons en direction de la piazza di Spagna (place d'Espagne). Nous traversons la via del Tritone qui mène à une autre fontaine fameuse de Rome, où se trouve une statue magnifique de triton faite par le Bernin pour compte de la famille Barberini.
Nous arrivons sur la place du côté d'un palais où il est écrit "Collegium Urbanum de Propaganda Fide" (voir photo ci-avant). Ce palais abrite le siège de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (anciennement "Sacra Congregatio de Propaganda Fide", le changement de nom de la congrégation est due à Jean Paul II) qui est un des organes de la Curie romaine (voir photo ci-dessus). Ce palais appartient à l'Etat du Vatican (ce qui explique la présence de son drapeau au-dessus de l'entrée).
Cette place est devenue "piazza di Spagna" quand l'Espagne y installa son ambassade, au 17ème siècle.
Dans cette partie de la place d'Espagne, se trouve une colonne dont le sommet est occupé par une statue de Marie, mère de Jésus. Cette statue est appelée "statue de l'Immaculée Conception". L'immaculée conception de Marie est un dogme de l'Eglise de Rome signifiant que Marie fut conçue en étant exempte du péché originel (doctrine de l'Eglise de Rome, considérant que tout être humain se trouve en état de péché du seul fait qu'il relève de la postérité d'Adam, premier homme de l'humanité selon la Genèse, premier livre de la Bible). La solennité de l'Immaculée Conception se fête le 8 décembre. Ce jour-là, le Pape vient apporter une gerbe de fleurs. La tradition voudrait que la courone de fleurs soit enroulées sur son bras. En raison du grand âge du Pape, ce sont les pompiers de Rome qui amènent la couronne au bras de la statue.
En continuant vers le nord, nous voyons une fontaine un peu surbaissée par rapport à la rue et dans laquelle se trouve la sculpture d'une barque qui est à l'origine du nom donnée à cette fontaine : la Barcaccia. Elle a été dessinée par le père du Bernin. En raison de la faible pression de l'eau qui alimente la fontaine, il devait concevoir un ouvrage pratiquement au même niveau que la rue. Pour résoudre ce problème, il a eu l'idée de suggérer à l'observateur que la barque coule en la mettant légèrement en dessous de la rue et en la posant dans un bassin à peine plus grand qu'elle. On dit que cette idée est venue au sculpteur à cause d'une crue du Tibre qui charria une barque jusqu'à cette place.
Ce bassin se trouve au pied d'un escalier monumental qui mène à l'église de la Trinité-des-Monts. Il est constitué de trois niveaux et dont les deux niveaux supérieurs sont séparés en deux arcs. Il a hérité de l'art baroque, le goût des perspectives et du trompe-l'oeuil. Au mois d'avril, la partie centrale de l'escalier est recouverte d'azalées. Les grands couturiers (bien représentés dans le quartier) utilisent cet escalier pour les défilés de mode et on peut regarder ainsi les plus beaux top-modèles le descendre, sans glisser bien sur, professionnalisme oblige !
Dès le 16ème siècle, quand l'église de la Trinité-des-Monts fut en passe d'être achevée par la Français, ces derniers pensaient à relier celle-ci alors à la place située en contrebas qui s'appelait alors la piazza del Trinita, place de la Trinité. Toutefois, le projet prévoyait de mettre au sommet de l'escalier une statue équestre du roi de France, à l'instar des empereurs romains. Le projet ne fut pas autorisé par le Pape Alexandre VII, le jugeant sans doute trop à la gloire de la monarchie française. Un compromis fut trouvé au 18ème siècle entre Louis XV et le Pape Innocent XIII (qui devait alors composer avec la susceptibilité de l'Espagne qui venait d'installer son ambassade) : l'idée d'édifier une statue équestre fut abandonnée et, en échange, l'église de la Trinité-des-Monts devint propriété française, du moins tant que des religieuses sont présentes au couvent voisin. Celui-ci abrite aujourd'hui les dames du Sacré-Coeur, et deux d'entre elles sont françaises mais elles ont déjà un âge vénérable. Mesdemoiselles, si vous avez la vocation de faire que cette église reste à la France alors n'hésiter pas !
L'obélisque qui se trouve actuellement au sommet de l'escalier a été dressé au 18ème siècle et est une imitation des obélisques égyptiens.
Nous repartons par la via dei Condotti, bordée de nombreuses boutiques de grandes marques et fréquentée par les amateurs de lèche-vitrine. La prochaine étape de notre circuit de visite est le Panthéon. Toutefois, Roberta choisi de nous faire passer par les palais abritant les institutions politiques de la république d'Italie.
La photo ci-dessus montre le palais qui abrite la présidence du Conseil des Ministres : la palazzo Chigi. Il fut achevé en 1630, à l'époque du Baroque.
Sur le pignon gauche du palais, se trouve un médaillon d'une Vierge à l'Enfant sculptée.
Au milieu de cette place, la Piazza Colonna, se trouve une colonne élevée en l'honneur de Marc Aurèle. Comme la colonne de Trajan, elle est creuse et elle recouverte de bas-reliefs enroulés autours d'elle (voir photo ci-avant). Les bas-reliefs racontent les épisodes marquant des guerres de Marc Aurèle contre les Germains sur les bords du Danube. Afin de rendre les scènes plus visibles, les sujets sont plus grands que ceux de la colonne Trajane et le relief plus accentué. Autre différence : l'absence de galbe aux deux-tiers de la colonne Aurélienne qui aurait corrigé la déformation apparente de concavité des lignes verticales. Au 16ème siècle, le pape Sixte V fit remplacer la statue de Marc Aurèle par celle de Paul de Tarse, co-fondateur avec l'apôtre Pierre de l'Eglise de Rome.
A côté du palais gouvernemental, se trouve le palais qui abrite la Chambre des députés (voir photo ci-dessus). Il s'agit du palazzo di Montecitorio dont la construction fut commencée par le Bernin et achevée par un de ses élèves. L'effet d'ampleur de la façade légèrement convexe et terminée par un clocher à horloge est typique du style de construction baroque. Nous quittons la place où se trouve un obélisque pour rejoindre le Panthéon. Sur le chemin, nous passons devant le palazzo Capranica qui abrite le Sénat. Pour la petite histoire, Roberta nous précise qu'au dernier étage, le Président du Sénat n'a qu'un modeste appartement de 250 m2 à sa disposition.
Nous continuons notre excursion et nous arrivons sur une place élégante, la Piazza della Rontonda (voir photo ci-dessus). Au centre se trouve une fontaine réalisée par Giacomo Della Porta, à la fin du 16ème siècle. Au 18ème siècle, la fontaine a été surmontée d'un obélisque provenant du temple d'Isis (un des deux temples égyptiens construits sur le Champ de Mars au 1er siècle avant J.-C.).
Cette obélisque repose sur un socle orné de dauphins (voir photo ci-avant) et du blason pontifical.
Bien que le Panthéon n'est pas un monument de l'art baroque qui est l'objet de notre deuxième excursion, Roberta tient à nous parler de celui-ci. Il se présente (voir photo ci-dessus) comme un édifice trappu, formé d'une partie cylindrique surmontée d'une calotte sphérique et reliée à une partie antérieure à colonnes et fronton triangulaire.
Elle nous confie que c'est toujours avec émotion qu'elle parle du Panthéon car elle le considère comme le monument le plus parfait de la Rome antique. Il est vrai que cet édifice antique avec ses nuances de gris est encerclé de constructions beaucoup plus récentes, blanches ou ocres, donne un sentiment d'irréalité, voire de défi au temps. Son austérité contraste singulièrement avec l'exubérance des splendeurs baroques que nous venons de voir.
Il a été construit sur ordre d'Hadrien (contrairement à ce que suggèrent les inscriptions qui se trouvent sur le fronton du portique). Il doit son nom à la coupole dont la forme sphérique évoque le séjour céleste de tous les dieux romains. Il sera transformé en lieu de culte chrétien au début du 7ème siècle (par le pape Boniface IV qui l'avait reçu en cadeau de l'empereur de Byzance Phocas) ce qui le sauva d'une ruine inéluctable (seuls les lieux de culte païens étaient dépossédés de leur pierre, voir les photos prises le matin de la zone du forum romain dans mon article "Découvrir la Rome antique"). C'est pourquoi, il se nomme aussi Basilica di Santa Maria ad Martyres.
En rentrant sous le portique, on se rend compte des dimensions colossales de l'édifice (voir photo ci-dessus). Les colonnes, de style corinthien, ont été sculptées dans un seul bloc de granit, à l'exception de trois situés à gauche de l'édifice qui ont été remplacés par les papes Urbain VIII et Alexandre VII en raison de leur défaillance. A l'origine, les poutres de la toiture du porche étaient recouvertes de plaques de bronze fixées par des clous. A l'époque de la Renaissance, Urbain VII fit enlever les plaques et les clous afin de les faire fondre et de façonner le baldaquin de la basilique Saint-Pierre.
Pour représenter l'ensemble des puissances divines animant le ciel et symboliser ainsi, à travers les sept divinités planétaires, la totalité des dieux révérés à Rome, Hadrien a conçu un édifice de plan circulaire couvert d'un dôme (voir photo ci-dessus) de dimension inégalée dans le monde Antique et même dans le monde de la Renaissance puisque son diamètre est de 150 pieds (43,3 m) de diamètre, alors que celle de la basilique Saint-Pierre "ne fait que" 42 mètres de diamètre.
Le sommet de la coupole se trouve également à 150 pieds du sol, de sorte que l'édifice peut contenir une sphère de ce diamètre ce qui confère une ambiance de sérénité majestueuse à l'intérieur de l'édifice. C'est une forme close destinée à exprimer aux visiteurs la perfection du cosmos. Elle ne s'ouvre vers l'extérieur que par un large oculus de 9 m de diamètre. Le mouvement du rayon solaire se déplaçant à l'intérieur de l'édifice reproduit ainsi la rotation de la voûte céleste. Cet édifice préfigure les planétariums de notre époque.
Au centre se trouve un récupérateur d'eau de pluie (impluvium) qui évite l'inondation de l'intérieur.
Toujours plus étonnant : la coupole a été réalisée en béton ! Vous avez bien lu : en béton. En effet, les romains ont utilisé à partir du 3ème siècle avant J.C. la technique du blocage (déjà connu par les Etrusques). Le blocage était constitué de petits morceaux de moellons ou de briques, mélangés à de la chaux. Le ciment et le béton romains durcissent au fil des années, voire des siècles (comme notre béton).
Henri Stierlin dans son livre « Le Monde de Rome » (Editions Princesse, Paris) disait en conclusion que le Panthéon exprimait l'harmonie d'un monde parvenu au faîte de sa puissance et qu'il exhaltait l'équilibre d'un réèl sublimé par la fusion des lois de la matière et de l'esprit.
La niche centrale, encadrée de pilastre, sert d'abside et abrite l'autel de la basilique (voir photo ci-dessus). Les niches latérales ont aménagées en chapelle. L'une d'elle est occupée par le tombeau de Victor-Emmanuel II, premier roi de l'Italie réunifiée. En face, se trouve celui de son fils, Umberto. Il y a aussi le tombeau de Raphaël.
Dans l'Antiquité, les niches abritaient les dieux auxquels le Panthéon était consacré (voir photo ci-avant).
Le sol ressemble a un échiquier composé de bandes larges de couleur délimitant des carrés dans lesquels alternent des dalles rondes et carrées de porphyre rouge ou de granit gris. Il est à noter l'utilisation de marbre veinés de violet provenant d'Asie Mineure (Synnada en Turquie) et de marbre jaune d'Afrique du Nord (Chemtou en Tunisie).
Nous quittons le Panthéon et nous nous rendons à notre dernière étape de la journée.
Sur le chemin, Roberta nous montre l'église San Luigi dei Francesi, "Saint-Louis-des Français", qui a perdu sa blancheur à cause de la pollution urbaine (voir photo ci-dessus). L'édifice fut achevé à la fin du 16ème siècle avec l'aide financière de la France. Le nom donné à cette église s'explique par le fait qu'elle a été consacrée comme l'église nationale des Français à Rome. La façade est ornée de colonnes saillantes et est annonciatrice de l'art baroque.
La façade abrite des statues de grands personnages de l'Histoire de France et qui se sont impliquées dans la religion de l'Eglise de Rome : à gauche de la façade, Charlemagne (voir photo ci-dessus), à droite de la façade, Saint-Louis, et au dessus des portes latérales, Saintes Clotilde et Jeanne de Valois
Dans cette église, se trouvent trois œuvres majeures du Caravage illustrant la vie de l'apôtre Mathieu : « Saint Mathieu et l'ange » (au-dessus de l'autel), « la vocation de saint Mathieu », « le martyre de Saint Mathieu ».
Nous arrivons sur la piazza Navona (voir photo ci-dessus). La présence de peintre exposant leurs œuvres et de portraitistes donne à cette place un petit air de Place du Tertre à Paris, bien que les formes des deux places soient très différentes. La place parisienne est un modeste carré tandis que la piazza a la forme d'un navire (d'où son nom puisque nave en italien signifie navire) aux extrémités arrondies, mesurant 276 m de long et 54 m de large. Une autre différence est la présence de trois fontaines.
Cette forme étroite et allongée a pour origine l'existence d'un stade romain édifié sous le règne de Domitien, lieu dédié aux compétitions sportives (course à pied, pugilat, lancer du disque ou du javelot).
La période romaine ne fut pas une période de décadence sur le plan sportif par rapport à celle de la Grèce antique. Bien au contraire, les jeux sportifs à Olympie ont continué et ont essaimé dans l'Empire au point de dépasser le nombre de 500 !
Ces festivals sportifs dépendaient étroitement de l'empereur qui non seulement donnait son autorisation (le culte impérial était étroitement associé au déroulement de cette fêtes sportives) mais pouvait contribuer à son financement. Le contrôle des jeux et des concours s'exerçait par le biais d'une association (synode) des athlètes soutenue par l'empereur. Les concours portaient souvent le nom de l'empereur qui les soutenaient : les Kaisareia pour les concours de César, les Hadriana pour les concours d'Hadrien, etc.
Avec la montée du christianisme dans l'Empire, ces jeux ont de plus en plus été contestés par les chrétiens car ils étaient accusés de propager le paganisme. Théodose 1er, qui avait déjà donné au christianisme le statut de religion d'état, pris la décision de les interdire en 393. Ce n'est qu'en 1896 que les jeux d'Olympie ont réapparu sous une forme moderne.
[D'après un article de Jean Paul Thuillier, "Tibère et Néron, champions olympiques", paru dans le numéro 40 des Collections de l'histoire]
En dehors de la forme, la Rome antique n'a pas laissé d'autres traces et a laissé la place aux constructions de la Renaissance et aux fastes du baroque. Justement, Roberta nous invite à nous approcher de la fontaine centrale qui s'appelle Fontana dei Fiumi qui veut dire "fontaine des fleuves".
Le chantier de rénovation de cette fontaine, commandée par le pape Innocent X au Bernin, ne permet pas de faire des photos correctes de ce magnifique ouvrage. Son caractère exceptionel est du au contraste entre d'une part, l'obélisque qui suggère raideur et équilibre, et, d'autre part, le socle représentant un amoncellement de roches lui donnant une apparence mouvante.
Quatre statues ont été réalisées pour cette fontaine. Elles représentent quatre fleuves, symboles des quatres parties du monde connu à la Renaissance : le Danube pour l'Europe, le Nil pour l'Afrique (sa tête est voilée car on ignorait à l'époque où se trouvait la source), le Gange pour l'Asie et le Rio de la Plata pour les Amériques.
L'obélisque est une pièce romaine exécutée à l'époque de Domitien. Roberta nous demande de ne pas être étonné du fait que l'obélisque soit recouvert de hiéroglyphe car les romains les connaissait en raison des liens économiques que Rome entretenait avec le royaume d'Egypte (qui devint ensuite sa colonie). Après la chute de Rome, la connaissance des écritures égyptiennes a été perdue en Occident. Il faudra attendre le 18ème siecle, notamment grâce au français Champollion qui parvint à déchiffrer la pierre de Rosette, pour retrouver cette connaissance.
Presqu'en face de la fontaine des Fleuves, se trouve l'église Sainte Agnès, en lieu et place, selon la tradition, de son martyre. Elle est de style baroque et a été réalisée en majeur partie par le grand rival du Bernin : Francesco Borromini. La photo est prise depuis une des deux fontaines qui se trouvent en extrêmité de la place : la fontaine de Neptune. Au premier plan, à droite, on voit le dos de la statue de Neptune.
L'autre fontaine située en extrémité de la place est la Fontana del Moro, (fontaine du Maure). La photo ci-dessus montre en contre-jour la silhouette de la statue du Maure dont le visage a été redessiné par le Bernin.
C'est sur cette belle place que se termine la visite proposée par Roberta pour découvrir la Rome Baroque. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin afin de découvrir la Rome chrétienne. En attendant, je décide de continuer la visite de Rome (voir l'article «de la Piazza Navona au Trastevere»).
Découvrir la Rome antique
Le terme "Rome antique" désigne la période allant de la fondation de la ville par Romulus (après avoir tué son frère Rémus) jusqu'à la prise de la ville par les barbares au 5ème siècle après J.-C.
Quand on lit les nombreux ouvrages consacrés à la description de la Rome antique, on est un peu perdu par tout ce qui a été construit durant ces douze siècles. Je me suis demandé comment aller à l'essentiel. Comme je n'avais pas le temps de préparer mon voyage, j'ai fait le choix d'une visite guidée qui a commencé à 9 h 30, piazza Venezia (place de Venise) et s'est achevée vers 13 h dans un petit restaurant se trouvant derrière le Colisée.
Voici quelques photographies que j'ai réalisées, avec des commentaires largement inspirés de ceux abondamment prodigués par la guide-conférencière, Roberta, à qui je dédie bien volontiers cet article, comme les suivants qui seront consacrés à la Rome baroque et à la Rome chrétienne, tant étaient grandes sa gentillesse et sa motivation pour nous faire découvrir une ville qu'elle habite maintenant depuis quinze ans.
Les textes en italiques sont des ajouts par rapport aux explications de Roberta, puisés dans le guide 2008 du routard ou du guide vert 2008 Michelin consacrés à Rome ou trouvés dans l'encyclopédie en ligne Wikipedia ou la plupart des monuments cités font l'objet d'article.
Après avoir fait connaissance en face des marches qui mènent au monument dédié au roi Victor Emmanuel II (voir photo ci-avant), Roberta nous a invité à contourner par la droite cet escalier monumental, fruit d'un immense travail de remodelage de la colline du Capitole, la plus petite des sept collines entourant la ville.
En montant cette colline, on aperçoit le teatro di Marcello. Roberta nous invite alors à regarder en contre bas du trottoir.
Nous constatons que le sol de la Rome antique est situé à plusieurs mètres en dessous de la Rome contemporaine, au moins deux étages comme le montre la photo ci-avant. Toute la Rome historique est faite comme cela ce qui explique la difficulté à construire des lignes de métro (il n'y en a que deux) car les tunneliers tombent sans cesse sur des réalisations antiques ce qui occasionnent à chaque fois une interruption des travaux.
Je ne peux pas m'empêcher de prendre en photo cette fresque religieuse qui se trouve sur cet édifice. Après quelques pas, sur notre gauche, nous nous trouvons devant un escalier magnifique.
Il s'agit de l'escalier qui mène à la piazza del Campidoglio (place du Capitole), gardé par deux statues colossales, représentant Castor et Pollux, fils mythiques de Léda et de Jupiter (qui pour séduire la belle, tout en déjouant la surveillance de sa jalouse épouse, Junon, s'était transformé en cygne).
Il ne reste plus rien d'antique sur le sommet de cette colline (il y avait du temps de la Rome antique, un temple consacré à Jupiter, Junon et Minerve). La place que nous voyons a été construite à la demande du pape Paul III, sur la base des plans de Michel Ange.
Au fond, on voit le palais sénatorial qui abrite l'autorité municipale (équivalent de l'hôtel de ville en France).
En se promenant dans la ville de Rome, on ne manque pas de constater l'inscription du sigle SPQR sur les bâtiments, bouches d'égouts et oeuvres publiques de la ville de Rome. Ce sigle signifie "Senatus Populus Que Romanus" (le Sénat et le peuple romain). C'est l'emblème de la République romaine, puis, par tradition, de l'Empire romain. Les lettres SPQR figurent encore sur le blason de la ville de Rome.
A droite se trouve le palais des Conservateurs. A gauche (en dehors de la photo), il s'agit du palais Neuf).
Au centre de la place, se trouve une statue équestre antique en bronze représentant Marc Aurèle sur son cheval. Cette statue a échappé à la destruction des effigies païennes au moyen-âge à cause d'une méprise avec Constantin, premier empereur romain chrétien. Le métal issu de la refonte des statues servait aux habitants de Rome à faire des armes. La statue que nous voyons est une copie, l'original se trouve à l'intérieur du palais des Conservateurs.
Nous continuons notre excursion en passant à gauche du palais sénatorial.
La petite voie qui descend permet d'avoir une vue sur la vallée du forum romain. Il est à noter que sur la gauche se trouve une petite fontaine d'eau fraîche et potable (comme il y en a tant dans cette ville) ce qui est appréciable quand la visite se fait par temps chaud (ce qui fut notre cas) et je conseille d'emporter une petite bouteille que l'on peut ainsi remplir pour se désaltérer durant l'excursion.
A l'arrière plan de la photo, on devine l'arc commémoratif (et non triomphal) édifié par Septime Sévère.
A droite de l'arc commémoratif de Septime Sévère, derrière un mur, se trouve le forum avec une colonne reposant sur un podium, la colonne de Phocas, érigée en l'honneur de cet empereur d'Orient au 7ème siècle.
En continuant à promener le regard vers la droite, on voit une grande place rectangulaire avec des alignements de piliers dont il ne reste plus que la base (sauf pour quelques uns). Il s'agit de la basilique Julia dont l'édification a été ordonnée par Jules César ; la basilique, du temps de la République puis de l'Empire étant un lieu consacré au commerce et à la Justice.
"Depuis son retour d'Alexandrie, Rome, lui cause une sensation d'étouffement et de malaise. Depuis qu'il a vu les portiques de marbre blanc et les larges avenues rectilignes de la capitale égyptienne, la ville de Romulus lui paraît une bourgade indigne. Elle a grandi au hasard, sans ordre ni plan. Il a honte de ses ruelles fangeuses où vaquent en liberté des troupeaux de bœufs, de son Forum mal pavé, de ses cabanes de briques coiffées de tuiles rondes. A vivre dans ce décor, comment les Romains ne seraient-ils pas frappés d'un provincialisme incurable ? De même qu'il s'efforce d'élargir les esprits, César voudrait aérer et décongestionner la ville par un vaste programme de construction et d'embellissement dont la Lex Julia nous fournit un apperçu." [Benoist-Méchin, "Cléopâtre ou le rêve évanouï", Edition Clairefontaine à Lausanne, 1964].
Toutefois, il fut assassiné avant d'avoir vu la fin de sa construction. La basilique fut achevée par Octave.
Au premier plan, à droite se trouvent trois colonnes de type corinthien qui sont les seuls vestiges du temple de Vespasien, édifié par son fils Domitien. A l'époque, les empereurs étaient considérés comme des dieux et il était courant de leur dédier un temple après leur mort. Tous n'avaient pas droit à cet égard, comme Néron qui fut déclaré ennemi public et chassé de Rome avant qu'il ne soit poussé au suicide.
Nous voyons la première Rome qui s'est agrandie au fur et à mesure que l'empire romain s'étendait en Europe et en Asie. Il ne reste plus que des ruines car elle a été détruite et pillée par les barbares au début du 5ème siècle après J.-C.
Les débordements des égouts antiques qui n'étaient plus entretenus ont conduit à rendre l'endroit insalubre qui devient un lieu d'épandage.
La terre s'accumule et ensevelit les ruines (les colonnes du temple dédié à Vespasien sont recouvertes jusqu'à mi-hauteur).
La Renaissance a été aussi terrible pour ce site car les besoins en matériaux pour construire les nouveaux édifices, notamment la basilique Saint-Pierre, font que les carriers se sont servis sans vergogne.
Au 19ème siècle, et surtout au 20ème siècle, sous l'impulsion de Mussolini, le site a été fouillé, puis protégé et enfin mis en valeur.
Cette photo montre l'arrière du palais sénatorial. On constate les différents niveaux de construction (le premier édifice datant de la Rome antique). On devine aussi le travail immense de déblaiement entreprise sous Mussolini afin de remettre en valeur ce site archéologique.
Petite anecdote de notre guide, Roberta, qui nous montre ce modeste balcon situé à l'arrière du palais sénatorial, dans la tour médiévale : il s'agit du balcon du bureau du maire de la ville. "Si j'étais à sa place alors je n'arriverai pas à travailler car je passerai mon temps à regarder ce site", nous dit-elle.
L'arc de Septime Sévère a été édifié pour son dixième anniversaire de règne, la voie romaine que l'on voit au travers de l'arche médian s'appelle la voie sacrée. Autrefois, elle menait au temple de Jupiter, sur la colline du Capitole, et était empruntée par les grands triomphateurs romains. A droite de la voie sacrée, se trouve le forum romain. Derrière celui-ci, on aperçoit les restes du temple dédié à Jules César, après son assassinat.
Cet arc commémoratif était aussi dédié à ses deux fils Geta et Caracalla dont il confia les rennes de l'empire après sa mort. Cependant, Caracalla trouva que gouverner seul était mieux que gouverner à deux, aussi il fit assassiner son Geta puis fit voter par le sénat la damnation éternelle de ce dernier ce qui l'autorisait à récupérer tous ses biens (donc à récupérer la totalité de l'héritage de son père). Autre conséquence : les effigies et le nom de Geta devaient être retirés de tous les édifices publiques ce qui explique pourquoi le nom de Geta a disparu de l'inscription dédicatoire de l'arc.
Cette photo montre un détail des scènes illustrant les guerres victorieuses de l'empereur Septime Sévère.
A côté de l'arc de Septime Sévère, se trouve un petit édifice circulaire qui marquait le centre de la ville et à partir duquel était calculé toutes les distances dans l'empire romain. Aujourd'hui, l'origine des distances en Italie se trouve sur la piazza Venezia.
Derrière cet édifice circulaire, il y a les restes d'un escalier de forme courbe et d'un bâtiment. C'était la tribune aux harangues (encore appelée "Rostres" en raison de la présence d'éperons pris à des navires ennemis). Cette tribune servait aux magistrats et aux orateurs pour s'adresser à la foule. C'est sur celle-ci que le corps de Jules César a été déposé pendant qu'Antoine prononçait le discours d'hommage. Quelques années après, sur son ordre, les mains et la tête de Cicéron (qui avait violemment critiqué Marc-Antoine dans son ouvrage "Les Phillipiques") y ont été exposées après qu'il eut été déclaré "ennemi de l'Etat" et assassiné.
Ce bâtiment s'appelle la Curie Julia, lieu où s'assemblait le sénat qui était l'organe politique suprême de la Rome antique. Il a été construit sur ordre de Jules César, terminé par Octave. Il a été détruit lors d'un grand incendie, au 3ème siècle, puis reconstruit par Dioclétien sur le même plan. Après la prise de Rome par les barbares au 5ème siècle, l'Eglise de Rome reprit ce terme pour désigner l'ensemble des administrations gouvernementales du pape, ce qui était une façon de montrer aux habitants de la ville qu'elle assurait la continuité politique après la chute de l'Empire occidental.
Au premier plan de la photo ci-avant, à gauche de l'arbre, se trouvent les vestiges de la basilique Emilia, antérieure à la basilique Julia.
Derrière cette basilique, se trouve un édifice religieux, reposant sur un haut podium, enchâssé dans les vestiges du temple dédié à l'empereur Antonin le pieux et à son épouse Faustine (élevée au rang de déesse par son mari à sa mort). Les piliers de ce temple doivent leur survie à leur solidité et à leur caractère massif car les édificateurs de l'église primitive ne sont pas arrivé à les araser. Ils ont donc été conservés. Par la suite, le caractère religieux de l'édifice permit à ces pierres d'échapper aux carriers.
Devant ce temple passe la voie sacrée.
Au fond, on aperçoit l'arc de Titus, érigé par son frère, Domitien, sur une petite colline, la Velia, pour célébrer la prise de Jérusalem par son armée (la ville fut détruite ainsi que le Temple).
La colline qui se trouve en arrière plan de cette photographie s'appelle le Palatin, quartier résidentiel à l'époque républicaine, puis lieu de résidence impériale. Au pied de la colline se trouvent les restes du temple consacré à Auguste (titre donné à Octave par décret sénatorial lui conférant le statut d'empereur doté de tous les pouvoirs).
Au pied de la colline du Palatin, il y a aussi une petite église, la Chiesa Santa Maria Antiqua. Entre cette petite église et la basilique Julia, on voit les restes d'un temple consacré à Castor et Pollux et dont il ne reste que trois piliers et le podium.
Derrière le temple dédié à Castor et Pollux, se trouve le temple de Vesta, déesse du feu domestique. A l'intérieur du temple, un feu était entretenu, jour et nuit, par des femmes, les vestales, choisies dans les grandes familles romaines. Leur ministère durait trente ans (10 ans d'instruction, 10 ans de pratique, 10 ans d'enseignement). Elles étaient tenues de garder la chasteté pendant tout le temps de leur ministère. Celle qui ne respectait pas cette règle (et était découverte) était enterrée vivante. Ce supplice atroce s'explique par le fait que le sang d'une vestale ne devait pas être versé sur la terre romaine (d'où cette mort lente par étouffement). Par contre, elles jouissaient d'avantages et de privilèges importants : place d'honneur dans les spectacles publiques, droit de gracier le criminel qu'elles rencontraient par hasard sur le chemin du supplice.
Après nous avoir décrit ce site archéologique exceptionnel, notre guide Roberta, nous invite à la suivre. Nous quittons la terrasse où nous avons contemplé ces monuments chargés d'histoire et nous descendons la colline du Capitole par la via San Pietro di Carcere.
Nous arrivons sur les ruines du forum que Jules César fit construire, avec l'or rapporté des guerres des Gaules. Au fond, à droite de la photo, se trouve une église dédiée à Saint Luc et Saint Martin. Après cette église, il y a deux autres forums impériaux : forum de Nerva (commencé par Domitien) et forum de la Paix (érigé par Vespasien).
Au premier plan de la photo, à gauche, on remarque trois belles colonnes corinthiennes sur un podium, vestiges du temple que Jules César édifia pour la déesse Vénus dont il se disait descendant (ce qui était mieux que de dire d'être descendant d'une famille d'agriculteurs), pour la remercier de lui avoir permis de battre son rival Pompée. Il plaça aussi une statue en or représentant Cléopâtre.
Cette zone archéologique, dite des forums impériaux, a été coupée par une avenue sur ordre de Musolini afin qu'il puisse voir défiler son armée jusqu'au Colisée, depuis le palais de Venise.
De l'autre côté de cette avenue appelée "Via dei Fori imperiali", nous avons sur notre gauche, le site où se trouvait le forum de Trajan, les vestiges de la basilique Ulpia (reconnaissable grâce aux vestiges des colonnes de marbre qui séparaient les différentes nefs de l'édifice, voir photo ci-dessus). Derrière cette basilique se trouve la colonne de Trajan qui commémore les victoires de l'empereur sur les Daces (peuple occupant plus ou moins l'actuelle Roumanie et possédant de riches mines d'or). Tout comme le forum et la basilique, la colonne est l'oeuvre de l'architecte Appolodore de Damas. Cette colonne est creuse, un escalier permet de monter au sommet, atteint environ 40 m (avec la base). Autours de cette colonne, s'enroule des panneaux sculptés racontant des épisodes des deux guerres de l'empereur contre ce peuple. Les panneaux ont été assemblés du haut vers le bas mais l'histoire se lit dans le sens inverse, nous dit Roberta. Les panneaux déroulés et mis bout à bout atteindraient la longeur de 200 m. Le diamètre n'est pas égal tout au long du fût : celui-ci a été augmenté aux deux tiers de la colonne afin d'éviter l'illusion de concavité que provoquerait son élévation. Les amateurs de géométrie en 3 dimensions apprécieront. La taille des panneaux et des figures grandit au fur et à mesure qu'ils s'éloignent de l'observateur. Au sommet de la colonne, la statue en bronze de Trajan fut placée probablement après sa mort. Au 16ème siecle, le pape Sixte V la fit remplacer par celle de Saint-Pierre que l'on voit encore aujourd'hui. De part et d'autre de la cour dont la colonne était le point central, se trouvaient deux bibliothèques; l'une abritait des oeuvres grecques, l'autre des ouvrages latins ainsi que les archives personnelles de l'empereur.
De l'autre côté de cette avenue, qui mène au Colisée, nous voyons le marché de Trajan (voir photo ci-dessus).
Devant la grille qui protège le site, se tient un garde romain (à gauche sur la photo). Naturellement, ce garde n'est pas d'époque ! Il s'agit simplement d'une personne qui se propose d'être photographiée, contre espèce sonnante et trébuchante naturellement, avec vous devant ce monument. Cela donne un peu de charme à votre photographie ! Le plus fort est que la municipalité de Rome a créé une profession pour cette activité et ces personnes qui faisaient ce commerce sans cadre juridique (et fiscal), le pratiquent en toute légalité. On n'arrête pas le progrès !
Plus sérieusement, tout en restant dans le domaine des échanges commerciaux, le marché de Trajan peut être considéré comme les premières halles de la ville car les 150 boutiques de cet édifice n'étaient pas un simple lieu de commerce de détails mais elles constituaient un centre d'approvisionnement, de répartition et de distribution de produits. L'édifice, adossé à la paroi abrupte du Quirinal (une autre des sept collines de la Roma antique, après le Capitol et le Palatin), a été réalisé aussi sur la base des plans de l'architecte Appolodore de Damas.
Derrière le marché de Trajan, on aperçoit une tour, la tour des Milices, construite à l'époque médiévale de Rome, quand la Papauté était en conflit avec le Saint Empire romain germanique (et qui a conduit pour un temps à l'installation des papes à Avignon). Elle est légèrement inclinée suite à un tremblement de terre survenu au 14ème siècle.
Devant le marché, se trouvent les vestiges du forum de Trajan (voir photo ci-dessus).
Après avoir entendu les explications de Roberta sur le marché de Trajan, nous continuons à marcher le long de la Via dei Fori imperiali, en direction du Colisée. En face l'église consacrée à Saint Come et à Saint Damien, Roberta nous parle alors de la rivalité qui a opposé Maxence, nommé empereur par le sénat romain (avec le soutien de sa garde prétorienne), et Constantin, élu empereur par ses légions de Germanie. Naturellement, il y a un empereur de trop et ils ne vont pas manquer de s'affronter durant six ans. Finalement, c'est Constantin qui l'emporte après une bataille acharnée sur le pont Milvius. Durant cette bataille, Constantin affirme avoir vu une croix dans le ciel. A la fin de sa vie, il demanda à recevoir le baptême.
Nous entrons dans l'église. Roberta nous invite à apprécier sur notre gauche l'épaisseur du mur sur lequel est adossé le porche. Ce mur faisait partie du forum de la Paix.
Nous entrons dans la nef et nous voyons sur notre droite, en contre-bas (voir photo ci-dessus), l'intérieur du temple, de forme circulaire, construit par Maxence pour son fils défunt, Romulus.
Nous sortons de l'église et nous continuons en direction du Colisée. Je m'arrête pour prendre en photo la basilique commencée par Maxence et achevée par son rival Constantin (voir photos ci-avant). Je suis impressionné par les dimensions de cet édifice antique car l'église dont nous venons de sortir paraît bien petite, à côté.
Après quelques pas, en continuant toujours en direction du Colisée, nous nous arrêtons devant des lithographies montrant l'expansion de l'empire Romain. L'apogée est atteinte au milieu du 2ème siècle après J.-C., sous le règne d'Hadrien puis de celui d'Antonin le Pieu. A la mort de Trajan, l'empire couvre alors l'Europe occidentale (en Grande Bretagne la frontière va jusqu'en Écosse), la rive sud de la Méditerranée (Maghreb, Egypte), le Proche Orient, l'Asie mineure. Son successeur Hadrien préfèra consolider l'Empire plutôt que continuer à l'étendre sans fin et décida de construire des remparts et des forteresses en pierre aux frontières de l'Empire. Par exemple, au nord de l'Empire, le mur d'Hadrien, construit en Ecosse, entre 122 et 124, s'étendait d'une mer à l'autre, soit une longueur d'environ 117 km , faisait une hauteur de 5 à 6 m et avait une épaisseur de 2 à 3 m, et était jalonné de forts tous les milles
Rome fut la ville la plus peuplée du monde antique, en atteignant un effectif de plus d'un million d'habitants. Durant l'Empire, Rome a compté jusqu'à onze aqueducs. Il y avait aussi un réseau d'égouts. Par exemple, le Cloaca Maxima sur le site archéologique du forum romain qui canalisait un affluent du Tibre. Les HLM existaient déjà, c'étaient les insula, bâtiment de quatre étages (les romains ont même fait des constructions de six étages mais elles ont été abandonnées à cause de leur manque de stabilité). Comme les romains ignoraient les principes de l'hydrostatique, l'eau ne montait pas aux étages. Cependant, pour l'hygiène, les romains avaient à leur disposition de nombreux thermes. Pour les plus riches, c'était la grande habitation patricienne : la domus.
Nous arrivons sur le site du Colisée.
Néron s'était fait construire un palais qui s'étendait du Palatin à l'Esquilin, la Domus Tansitoria (le Passage). Ce palais ayant été détruit lors du grand incendie de Rome en 64 après J.-C. (dont les chrétiens furent accusés d'en être les auteurs), il la reconstruisit sous le nom de Domus aurea (Maison dorée) car les pièces étaient couvertes de dorures, rehaussées de pierres précieuses et de nacre.
Il y avait dans ce palais de vastes jardins et un lac artificiel.
L'accaparement d'une telle surface urbaine fut peu apprécié des habitants de Rome (confrontés à des problèmes de logement après le grand incendie) et la Domus Aurea fut progressivement transformée par les successeurs de Néron.
Vespasien qui voulait réconcilier l'Empire avec ses citoyens décida de créer un vaste jardin public, le forum de la Paix et, à l'emplacement du lac, de bâtir un très grand amphithéâtre permettant au peuple romain d'assister à des jeux afin qu'il puisse se distraire et oublier momentanément les soucis quotidiens. La construction de cet édifice qui fut achevé sous le règne de son fils Titus dura environ dix ans.
Au moyen-âge, cet édifice reçut le nom de Colosseum (Colisée), durant l'Antiquité il s'appelait Amphitheatrum Flavium (nom de famille des deux empereurs Vespasien et Titus), en raison de la proximité d'une statue colossale d'environ 35 m qui n'était pas très loin de l'édifice. A l'origine, cette statue représentait Néron et se trouvait dans le vestibule de sa Domus Aurea. Hadrien la fit déplacer afin de permettre l'édification d'un temple dédié à Vénus mère d'Enée et Rome. Elle fut aussi remaniée en une statue d'Appolon, dieu du soleil, par l'ajout d'une couronne solaire.
J'ai du mal à croire qu'une statue d'une telle hauteur a été réalisée car 35 m représentent de nos jours un immeuble de douze étages. Ce chiffre vient de la description de la Domus Aurea par l'historien romain Suetone qui mentionnait la présence dans le vestibule du palais d'une statue colossale de Néron, haute de 120 pieds. Par ailleurs, l'idée n'est pas si originale que celà car il y avait eu un précédent en Grèce : le colosse de Rhode dont la hauteur était évaluée à environ 30 m, colosse qui représentait le dieu Hélios.
L'amphithéâtre pouvait accueillir plus de 50 000 personnes !
Le mur extérieur (il y en avait trois) est constitué de trois étages surmontés d'une muraille, percée à intervalles réguliers de fenêtres, et sur laquelle était fixé le velarium, immense voile de lin tendue au-dessus de l'amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil (généralement les jeux duraient de l'aube à la tombée de la nuit) ou des intempéries. Cette manœuvre était rendue souvent difficile par le vent et était confiée à des marins.
Chacun des arcs au deuxième et troisième étage était orné de statues représentant sans doute des divinités ou des personnages de la mythologie romaine.
L'édifice a été construit avec du travertin (qui est une pierre calcaire blanchâtre de la région). Les gros blocs de pierre étaient assemblés non pas avec du mortier mais avec des agrafes métalliques dont la plupart ont été retiré au moyen-âge pour la fabrication d'armes (à l'instar des statues païennes).
L'accès et l'évacuation des spectateurs se faisaient par les 80 arcades numérotées de la paroi extérieure, dont 76 étaient utilisées par les spectateurs ordinaires. L'entrée nord était réservée à l'empereur et ses proches. Les autres entrées cardinales étaient réservées à l'élite de la société romaine. Les spectateurs recevaient des fragments de poterie qui précisaient la section et la rangée de sièges où ils étaient autorisés de s'asseoir. Les sièges étaient numérotés.
Le placement des spectateurs se faisaient en fonction de leur rang social.
L'empereur, sa famille, les spectateurs de classe sénatoriale étaient assis au premier niveau. Au sommet de l'édifice, dans des tribunes en bois, se trouvaient les femmes, les pauvres et les esclaves.
Le spectacle mettait en scène des bêtes féroces (tigres ou lions principalement) et des hommes. Les duels avaient la préférence du public. Les hommes pouvaient être des prisonniers de droit commun, des esclaves, mais aussi des professionnels, les gladiateurs, entraînés dans des écoles spécialisés. Certains gladiateurs avaient une popularité comparable à celle de certains joueurs de football de haut niveau.
Les jeux guerriers n’étaient pas l’apanage des romains. Après l’éprouvante traversée des Alpes et avant le premier affrontement avec l’armée romaine, Hannibal a organisé des duels afin de remonter le moral de ses troupes. Les combattants étaient des prisonniers gaulois qu’il avait emmenés dans la traversée des Alpes. Il s’agissait de duels à mort. Le vainqueur se voyait proposer de servir dans l’armée punique.
Les bêtes devaient être vraiment féroces. Malheur à leur propriétaire si ils gâchaient le spectacle par une trop grande apathie car celui-ci pouvait alors leurs servir de repas, au prochain spectacle.
Les duels de gladiateurs furent interdit au début du 5ème siècle après J.-C. et les combats entre bêtes fauves disparurent le siècle suivant.
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L'amphithéâtre tomba ensuite en désuétude. Il se dégrada à cause des tremblements de terre et à cause des carriers qui venaient s'approvisionner en pierre de travertin pour fournir les chantiers de construction des monuments de la Renaissance, notamment la basilique Saint-Pierre et le palais de Venise. C'est pourquoi, il ne reste que la partie nord du mur extérieur. Il n'y a plus aucun gradin. Les amphithéâtres de Nîmes ou d'Arles ont eu plus de chance ! Cependant, ils sont plus petits que le Colisée dont l'intérieur étonne le visiteur de part ses dimensions.
Au 18ème siècle, Benoît XIV déclara qu'il y avait eu des martyres de chrétiens. Il rendit ce lieu sacré et il interdit d'utiliser le Colisée comme carrière. Toutefois, rien dans les récits historiques de Rome ne permet d'étayer l'hypothèse que des chrétiens furent suppliciés dans le Colisée. C'était un lieu consacré aux jeux, certes sanglants, et non un lieu d'exécution des peines prononcées par un tribunal, a contrario de la colline du Vatican. L'explication que nous a donnée Roberta (et retrouvée dans le guide du Routard) est qu'il s'agit d'un prétexte pour sauver le Colisée de la destruction. C'est ce que l'on appelle un pieu mensonge !
Au 19ème siècle commencèrent les premiers travaux de stabilisation puis de restauration de l'édifice. La photo ci-dessus montre l'une des rampes de briques qui a été ajoutées pour consolider le mur extérieur dont il ne reste que la partie nord.
A proximité du Colisée, au sud, se trouve l'arc de triomphe de Constantin (voir photo ci-avant), érigé après sa victoire contre son rival Maxence au pont Milvius. Il s'agit du plus grand des arcs romains.
On voit également l'arc de Titus (voir photo ci-avant), à l'ouest du Colisée. La voie qui monte vers cet arc est une partie de la voie sacrée. Au tout premier plan de la photo, on devine la base de la statue colossale.
Au nord-ouest du Colisée, on aperçoit le temple dédié à Vénus mère d'Enée (ancêtre mythique des romains) et à la Rome éternelle (voir photo ci-dessus), construit sur les plans d'Hadrien à l'emplacement du vestibule de la Domus Aurea. L'architecte Appolodore de Damas qui avait conçu pour son père les oeuvres majeures de son règne (marché, forum et colonne, voir ci-avant) fit des remarques désobligeantes sur la conception de l'édifice. Bien mal lui en prit car pour avoir osé critiquer un puissant il le paya de sa vie, à l'instar de Cicéron.
Ce temple servait à la célébration des anniversaires de la fondation de Rome.
Aujourd'hui, le Colisée est un lieu majeur pour le tourisme à Rome (comme en témoigne l'importance de la foule sur le site de l'amphithéâtre, bien que la deuxième semaine d'août soit réputée être très calme). Vers onze heure trente, heure de notre visite, la file pour le portique de sécurité correspond à environ une heure d'attente. Toutefois, à l'intérieur de l'édifice, il y a une autre file d'attente qui est celle pour la caisse et il faut compter également une heure d'attente. Pour éviter cette seconde attente, le conseil de Roberta est d'aller à la caisse du musée du Palatin (qui se trouve à environ 200 mètres environ après l'arc de Constantin) pour acheter un billet combiné "Colisée + Palatin". Pour un adulte, le plein tarif est onze euros et le billet est valable 24 heures : il est donc possible de visiter un après-midi l'intérieur du Colisée et, le lendemain, le Palatin. C'est ce que j'ai fait et que je raconterai dans un prochain article.
En attendant, il est midi et demi. Mon estomac, à l'instar du bourgeois gentilhomme de Molière, commence à dire qu'il se nourrit de bonne soupe et non de bonnes paroles. Heureusement, Roberta l'a bien compris et nous invite à nous rendre au restaurant où des places nous ont été réservées par l'organisateur de notre séjour. Après le déjeuner, nous allons faire un saut dans le temps, celui de la Renaissance, pour découvrir quelques monuments de ce qui est appelé "la Rome baroque".
06 août 2008
Pourquoi je ne regarderai pas les jeux olympiques
A l'automne 1989, les habitants de Berlin osent abattre le mur qui coupait en deux leur ville et laissent déborder leur joie à l'idée qu'ils pourront vivre libre quelque soit l'endroit où ils se trouvent.
Mais ils ont beaucoup de chance, énormément de chance car quelques mois auparavant, Pékin et les grandes villes chinoises connaissent des manifestations étudiantes sans précédent. Cet immense espoir de démocratie, baptisé le Printemps de Pékin, va être écrasé dans le sang sur la place de Tian'anmen : quelques centaines de morts pour le gouvernement chinois, quelques milliers de morts selon des sources occidentales et la croix-rouge chinoise.
Il y a quelques mois, un ami m'a fait parvenir une petite bande dessinée qui rappelle cet évènement et pointe l'autisme du CIO vis à vis de la tenue des jeux olympiques dans un pays où les gens ne sont pas libres. Faut-il rappeler que les jeux olympiques ont été créés dans le pays où la Démocratie est née ? Peut-on tenir les jeux olympiques dans une prison aussi vaste soit elle ?
Comme dit Marie Holzman dans un billet d'humeur paru en page 20 de Philosophie Magazine du mois de mai 2008 : accepter la candidature de la Chine aux jeux Olympiques devait être l'occasion de faire pression sur elle pour qu'elle s'engage à respecter les droits de l'homme. Mais, il était illusoire que cette stratégie atteigne son objectif sans la ferme volonté de ne pas tenir les jeux olympiques en 2008 si l'Etat chinois ne tenait pas son engagement. Faut-il rappeler que l'Afrique du Sud a été exclu de l'organisation de toutes les grandes manifestations sportives mondiales tant que le régime politique était ségrégationiste. Dès le départ, il est clair que le CIO dont le soucis n'est pas la promotion des Droits de l'Homme n'avait pas cette volonté. L'Etat chinois, qui est une dictature intelligente, l'a bien compris et n'a rien cédé dans ce domaine : enfermement voire liquidation des opposants, répression au Tibet, etc.
Est-ce que les hommes politiques doivent boycotter les cérémonies ?
Je pense que la question est mal posée car les hommes politiques sont notre reflet et ne se déterminent uniquement en fonction de notre sensibilité vis à vis des problèmes de respect de droits de l'homme en Chine.
L'opinion publique occidentale accorde peu d'importance à des problèmes en des lieux éloignés de leur cadre de vie et dont ils ne voient pas l'impact sur leur vie quotidienne. Pourtant, le problème des droits de l'homme en Chine concerne aussi les populations occidentales qui sont les grandes perdantes de la mondialisation. En effet, une des raisons du chômage en occident est la délocalisation des unités de production en Chine où les coûts salariaux sont bien moindre. Et pourquoi sont ils aussi bas en Chine alors qu'ils sont plus élevés en Occident ? Parce que les ouvriers chinois n'ont pas la possibilité de revendiquer des salaires décents alors qu'il existe en Occident des syndicats pour défendre les intérêts des salariés. Les groupes de pression économiques occidentaux ne sont donc pas enclin à pousser leurs gouvernants à faire pression sur l'Etat chinois pour améliorer la situation.
C'est pour ces raisons que les hommes politiques occidentaux iront aux cérémonies des jeux olympiques pour peu que l'Etat chinois ne les mettent pas en position humiliante.
Pour ma part, je ne regarderai pas les jeux olympiques à la télévision et je le fais savoir.
J'invite tout le monde à en faire autant.
Pourquoi ?
De cette façon, l'audience des jeux olympiques sera faible et les recettes publicitaires vont baisser. Les chaînes de télévision occidentale s'en plaindront auprès du CIO qui sera ainsi un peu plus sensible vis à vis des problèmes de respect des droits de l'homme pour l'organisation des futurs jeux olympiques.












































































































































































































