« Tu es Pierre et, sur cette pierre, je bâtirai mon église

et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle ».

Evangile de Matthieu, chapitre 16, verset 18.

 

An 324

Est-ce que le pape Sylvestre Ier et l'empereur Constantin avaient en tête ce verset de l'Evangile quand la décision fut prise de bâtir un sanctuaire au Vatican, là où tant de chrétiens furent martyrisés, Pierre notamment selon la tradition chrétienne.

« Et, sur cette pierre, je bâtirai mon église »

Puisque la dépouille de Pierre gisait sur ce flanc escarpé de cette colline, il fallait donc réaliser les paroles du Christ et construire cette première église au Vatican. Là où Pierre reposait avec d'autres martyres. Toutefois, l'édification nécessitait d'énormes travaux de terrassement et Constantin trouva qu'il valait mieux construire d'abord une basilique au Latran. C'était plus facile et les chrétiens auraient plus vite un lieu de culte. Et puis, construire sur la caserne du corps de garde de Maxence, son ancien rival, présentait l'avantage d'effacer un témoignage de la grandeur de son adversaire.

Sylvestre devait comprendre les raisons de Constantin mais il n'en demeurait pas moins qu'il était fondamentale de siéger à l'endroit où Pierre reposait. Maintenant que les chrétiens pouvaient pratiquer leur religion librement, celle-ci allait pouvoir se développer. Mais le risque de l'éclatement du Royaume de Dieu était grand. A cause de la clandestinité et malgré les efforts de cohésion de ses prédécesseurs, les communautés se comportent de façon autonome, elles commencent à développer chacune dans leur coin leurs dogmes et leurs propres interprétations des Écritures. Chaque communauté à son chef. Il arrive que l'excommunication soit prononcée à l'encontre de certaines personnes et que celle-ci levée par un autre chef de communauté. Comment, dans ses conditions, préserver l'unité de la foi ? Comment faire pour que les membres de la famille chrétienne ne se dispersent pas ?

Constantin comprenait bien les arguments de Sylvestre. Il les comprenait d'autant plus qu'il voulait que l'unité de son empire s'appuie sur cette nouvelle religion qui promet le bonheur après la mort pour les personnes qui se comportent avec droiture durant leur vie terrestre.

Deux décisions sont prises.

La première est de convoquer dans moins d'un an un concile afin de définir des dogmes et une foi pour l'ensemble des chrétiens. Ce sera le concile de Nicée en 325.

La seconde va être de construire une basilique dédiée à Pierre, là où tous les chrétiens s'accordent pour considérer que c'est le lieu de son martyre. En vertu de ce verset de l'Evangile de Matthieu, Pierre dispose d'une primauté sur les autres apôtres dans le domaine du magistère. Cette construction va permettre à l'Eglise de Rome de rappeler la primauté de son fondateur et de légitimer ainsi son autorité sur les autres églises fondées par les autres apôtres.

Basilique_Saint_Pierre_primitive

An 1452

Beaucoup de choses se sont passées depuis la consécration de la basilique par Sylvestre Ier en 326. L'an 800 restera sans doute l'une des années les plus fameuses puisque c'est dans cet édifice que Charlemagne fut sacré empereur et permis ainsi au christianisme de s'étendre au nord et à l'ouest de l'Italie.

Mais les outrages du temps et des hommes n'ont pas épargné ce symbole de la primauté de Pierre.

"Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église".

"Mon église" ! Elle est en ruine cette pauvre église. Il faut la reconstruire ! Voila ce que devait penser le pape Nicolas V en regardant cet édifice menacé par la ruine.

Toutefois, il n'y avait pas que cet édifice qui était menacé par la ruine. Les outrages du temps et des hommes avaient aussi ébranlé l'ordre pontifical.

Il y avait eu d'abord le schisme en 1054 avec le patriarcat de Byzance. Sept siècles après la division de l'Empire romain en une partie occidentale et une partie orientale, c'était maintenant au tour de l'Eglise de se séparer en une partie occidentale où l'Eglise de Rome gardait la primauté et une partie orientale en désaccord avec les nouvelles évolutions théologiques et dogmatiques.

Et comme si les divisions avec l'Orient ne suffisaient pas, il fallait que l'Occident en rajoute avec ses hérésies et ses rivalités.

L'Eglise de Rome doit sans cesse préserver son indépendance en s'appuyant en fonction des opportunités sur le Saint-Empire romain-germanique ou sur le royaume de France. Mais combien de temps ce fragile jeu d'équilibriste peut-il durer ?

Mais le pire a été les divisions de l'Eglise de Rome elle-même.

"Mon Eglise" a dit Jésus à Pierre et non "mes églises". Il ne peut donc exister qu'une seule Eglise avec à sa tête le pape, successeur de Pierre, veillant à l'unité des chrétiens. Cependant, l'ordre pontifical a bien failli disparaître avec le grand schisme d'Occident où pendant quarante ans, deux papes ont régné, l'un à Rome et l'autre à Avignon. Le concile de Pise en désigne même un troisième en 1409 !

Combien d'hérésies que l'Eglise de Rome avaient du combattre. Certes, l'Inquisition jouait pleinement son rôle de gardienne de la Foi. Mais qu'il est difficile de lutter contre des idées ! Les hommes, on peut les mettre en prison, on peut les brûler. Mais les idées ? Comment contrôler les idées ?

Jusqu'à maintenant, l'Eglise de Rome, grâce à ses moines copistes, a pu imposer en Occident comme norme la traduction latine de la Bible faite au 5ème siècle par Jérôme de Stridon (la « Vulgate »).

En raison du prix élevé de ces copies, seul un nombre très restreint de personnes ont accès à la vérité des Ecritures : les évêques, les monastères, les princes et les rois. De fait, c'est l'Eglise de Rome qui est l'intermédiaire entre les hommes et la Vérité des Ecritures.

Mais, depuis que Gutemberg a inventé une machine à imprimer, il y a de plus en plus de bibles qui sont produites en dehors du contrôle de l'Eglise de Rome et que lisent les magistères et les universitaires de l'Europe.

De nouvelles traductions et de nouvelles interprétations vont apparaître, donc de nouvelles divisions.

An 1505

Tous ces problèmes de l'Eglise de Rome, Jules II les a bien en tête. Ils ressemblent tellement à ceux que rencontraient Sylvestre et Constantin. Il faut donc faire comme eux. Convoquer un concile qui réaffirmera la suprématie de l'Eglise de Rome. Maintenant que la parenthèse d'Avignon est refermée. Maintenant que Byzance est tombée aux mains des musulmans, il est plus que nécessaire de rappeler que le Christianisme ne repose que sur une seule pierre et que cette pierre se trouve à Rome et nulle part ailleurs. Ce sera le concile au Latran en 1512, le cinquième en ce berceau de l'Eglise de Rome.

Mais auparavant, il faut débuter la reconstruction la basilique Saint-Pierre car il s'agit d'affirmer avec force, urbi et orbi, que le successeur de Pierre est de nouveau à Rome pour assumer les charges que lui a confié le Christ. Cette nouvelle basilique devra surpasser toutes les autres afin qu'elle soit le symbole de cette primauté spirituelle.

An 2008

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En descendant la via di Porta Cavallegeri, qui se trouve au sud de la cité du Vatican, on bénéficie d'une belle vue sur la coupole de la basilique Saint-Pierre.

La coupole de la basilique Saint-Pierre fut achevée en 1590, soit 84 ans après le début des travaux de reconstruction. Le plan initial de Donato Bramante qui fut choisi par le pape Jules II, prévoyait la construction d'un dôme. Néanmoins, après la mort de Bramante, la basilique et sa coupole furent l'objet d'évolutions. La forme actuelle de la coupole est le fruit de la conception de Michel-Ange. Ceux qui ont visité le Panthéon de Rome ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l'immense coupole de ce monument antique.

Toutefois, il y a des différences. La coupole du Panthéon est soutenue par un épais mur circulaire tandis que le projet de Bramante prévoyait une assise sur quatre piliers. La coupole du Panthéon est de forme sphérique alors que celle de la basilique Saint-Pierre est de forme ellipsoïdale ce qui permet de faire une coupole plus haute que le rayon intérieur de la base. On gagne ainsi de la hauteur tout en économisant de la masse. La coupole du Panthéon a été réalisée principalement en béton tandis que  celle de la basilique Saint-Pierre est constituée de deux coquilles de brique.  L'oculus de la coupole de Saint-Pierre est surmonté par une lanterne, réalisée par Domenico Fontana, alors que l'oculus du Panthéon est totalement découvert. Ces différences font que la coupole de la basilique Saint-Pierre s'apparente d'avantage à celle de la cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore, achevée en 1436 et qui a certainement inspiré Michel-Ange dans la réalisation de ses plans.

Au milieu du 18ème siècle, des fissures sont apparues dans le dôme. Afin de maintenir sa cohésion, quatre chaînes de fer furent installées entre les deux coquilles.

Le diamètre intérieur de la coupole est de l'ordre de 41,5 m, contre 43,3 m pour celle du Panthéon. La croix qui se trouve au sommet de la lanterne est à plus de 136 m, ce qui en fait la coupole la plus haute du monde. Elle renferme deux coffrets de plomb dont l'un contient un fragment de bois réputé appartenir à la croix utilisé pour l'exécution de Jésus.

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En continuant la descente de via di Porta Cavallegeri, juste avant la piazza del Sant'Uffizio qui mène vers la colonade de la place Saint-Pierre, on trouve une petite fontaine, la fontana di Porta Cavallegeri. Elle est adossée au mur médiéval qui entoure le territoire de la cité. Derrière ce mur d'enceinte se trouvait le cirque, construit par Caligula et embelli par Néron, où se déroulaient régulièrement des courses de chars. Mais sur cette colline du Vatican, après les courses de chars, eurent lieu aussi des hommes sont morts, livrés aux fauves, crucifiés ou transformés en torche. Selon la Tradition chrétienne, l'apôtre Pierre serait mort crucifié au Vatican. Selon un texte apocryphe, "Les actes de Pierre", il aurait demandé à être mis en croix la tête en bas afin de ne pas mourir comme son maître.

Après le sac de Rome en 846 par les pirates barbaresques (où la basilique fut pillée) qui remontaient le Tibre depuis l'embouchure du Tibre à Ostie, le pape Léon IV fit élever une première muraille pour protéger le Vatican, qui connut ultérieurement de nombreux agrandissements. Les limites actuelles datent de l'époque de Nicolas V (15ème siècle).

Ce genre d'incident n'était pas isolé en Europe. Par exemple, la ville d'Angers située à plus de 100 km de la côte atlantique a été mise à sac en 845 (puis de nouveau en 852) par les vikings qui remontaient la Loire avec leurs drakkars.

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Deux statues colossales de Pierre et de Paul encadrent respectivement à gauche et à droite l'escalier qui mène à la basilique.

La façade fait 115 m de largeur et 45 m de haut. Elle fut commencée en 1607 et achevée en 1612. Elle fut aussi vivement critiquée car elle cache partiellement le dôme au regard du visiteur de la place Saint-Pierre.

Le sommet de la façade est orné de statues représentant les apôtres.

Cette façade fait partie des derniers travaux sachant que la basilique fut terminée en 1626, soit environ 120 ans après la pose de la première pierre.

Entre 1513, année de la mort du pape Jules II, qui vit le remplacement de Bramante par d'autres architectes, notamment Raphaël, et 1547 qui vit la nomination de Michel-Ange, alors âgé, en tant qu'architecte en chef ("Capomaestro"), le plan de la basilique subit des évolutions. Bramante avait proposé une forme en croix grecque (branches de même longueur). Raphaël revint à une forme latine (nef plus grande que les travées et l'abside). Michel-Ange a repris pour l'idée de Bramante d'une croix grecque mais la prolongeant par une nef et un porche.

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De chaque côté de la façade, deux tours ont été érigées. Le grand arc qui se trouve en-dessous de la tour de gauche s'appelle l'Arco delle Campane qui est l'une des trois entrées de la cité vaticane.

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Au premier étage de la façade se trouve la loggia des bénédictions. Le pape salue les fidèles de la place Saint-Pierre depuis le balcon de la fenêtre centrale et prononce sa bénédiction urbi et orbi à l'occasion des fêtes de Noël et de Paques. C'est depuis ce balcon que le premier des cardinaux-diacre annonce l'élection d'un nouveau pape en prononçant la formule "Annuntio vobis gaudium magnum: habemus papam ..." (Je vous annonce une grande joie: nous avons un pape...). Le nouveau pape apparaît alors au balcon et donne ensuite sa première bénédiction.

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La place Saint-Pierre est l'œuvre du Bernin.

Elle est prolongée par une large avenue qui s'appelle la via della Conciliazone. Son aménagement a été décidé 1937 pour commémorer la réconciliation de l'Eglise de Rome et de la République italienne. Les travaux ont été achevés pour l'année jubiliaire 1950. Depuis la conquête de Rome par les nationalistes italiens en 1870 et sa transformation en capitale du royaume d'Italie, le pape Pie IX et ses successeurs se considéraient comme des "prisonniers" à l'intérieur de ce royaume. La "conciliation" ne fut trouvée qu'en 1929 avec les accords de Latran où la République italienne reconnaissait au pape une souveraineté sur un territoire limité à la Cité du Vatican, aux basiliques papales de Rome (Saint-Jean de Latran, Saint-Paul hors les murs, Sainte-Marie majeure) et à divers palais apostoliques dont celui de Castel Gondolfo qui deviendra la résidence d'été des papes.

C'est sur cette place que se rassemblent les fidèles et les pèlerins pour participer à la messe en plein air (l'été) ou recevoir la bénédiction papale. Lors des grands moments liturgiques, la place Saint-Pierre et la via della Conciliazone sont remplies par environ 300 000 fidèles et pèlerins.

Si cette large avenue permet d'augmenter significativement la capacité de rassemblement, elle présente l'inconvénient, pour certains, de faire disparaître l'effet de surprise pour le visiteur quand il voyait au dernier moment ces chefs d'œuvre de l'art baroque que sont la place Saint-Pierre et sa colonnade et la façade de la basilique.

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La quadruple colonnade suit le tracé d'une ellipse qui fait respectivement 340 m et 240 m dans sa plus grande longueur et plus petite longeur. Elle est dominée par 140 statues de saints.

Entre les fontaines et l'obélisque se trouvent deux disques matérialisant les foyers de cette ellipse. Un observateur placé sur l'un de ces foyers ne voit qu'une seule rangée de colonnes. Le Bernin a réussi cette perspective en maintenant égaux les espaces entre les colonnes dont le diamètre augmente avec la distance au foyer.

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Au 16ème siècle, le pape Sixte V a fait ériger des obélisques antiques sur le parvis des basiliques papales. Ils sont surmontés d'une croix afin d'être des symboles de la victoire du christianisme sur le paganisme.

L'obélisque de la place Saint-Pierre est le premier qui a été déplacé. Il s'agit d'un monolithe de granit taillé au 1er siècle avant J.-C. à Héliopolis pour le préfet romain d'Egypte, Caïus Cornelius Gallus. Il fut ramené à Rome en 37 sur ordre de Caligula qui le fit dresser dans son cirque (sur le côté sud de la basilique). C'est là qu'il se trouvait quand le pape Sixte V donna l'ordre de le mettre sur la place Saint-Pierre.

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Les deux fontaines monumentales (celle de gauche sur la photo) ont été faites par Carlo Maderno (1613), également en charge de la façade de la basilique, et Carlo Fontana (1675).

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Au nord de la place Saint-Pierre et du parvis de la basilique se trouve le Palais apostolique. On y pénètre par la "porte de bronze" située à l'aile droite de la colonnade, autre entrée de la cité Vaticane (la troisième est l'entrée des musées). Sa construction est contemporaine des grands travaux entrepris par la Papauté après leur retour d'Avignon, à la fin du 15ème siècle.

Outre les appartements privés du pape, le palais accueille la Curie romaine qui est l'organe exécutif de l'Eglise de Rome. Elle est présidée par le pape. Elle est constituée par : une secrétairie d'Etat qui exécute les décisions prises par le pape, des congrégations (équivalents à nos ministères), des conseils pontificaux, de tribunaux.

Comme dans n'importe quel état, la composition exacte et les attributions de ces différentes entités ont évolué avec le temps. La première née des Congrégations est certainement celle qui est la plus sinistre. Il s'agit de la "sainte, romaine et universelle Inquisition", crée par Paul III en 1542. La deuxième congrégation est celle chargée de de l'application des dispositions du Concile de Trente (celui de la Contre-Réforme), en 1564. La troisième est aussi dans les mémoires car il s'agit de la Congrégation de l'Index chargée de censurer les ouvrages dangereux pour la Foi et les mœurs (d'où l'expression "mettre à l'index"). Il y eut ensuite une floraison d'autres congrégations : recours contre les évêques, réforme du droit canon, ligue antiturque, affaires de France, affaires de Pologne, affaires d'Espagne, etc.

Comme dans les autres états, il y a aussi des moments où le pape décide de remettre de l'ordre et de simplifier la structure de l'organisme chargé de l'assister. C'est ainsi que Sixte V ramène à 15 le nombre de congrégations.

Comme dans les autres états, on garde le même ministère mais son nom est modifié afin de rendre compte d'une évolution dans ses missions. En 1909, Pie X renomme la première des Congrégations de la Curie, l'Inquisition, en "Sacrée congrégation du Saint Office". Après le concile Vatican II, en 1965, le pape Paul VI décide de supprimer le Saint-Office et l'Index pour les remplacer par la Congrégation pour la doctrine de la Foi.

Depuis 1981 et jusqu'à son élection, cette Congrégation a été présidée par le cardinal Ratzinger. Il est à noter que sous sa présidence eurent lieu deux repentances de l'Eglise de Rome : en 1992, pour l'affaire Galilée, en 2000, pour les excès de l'Inquisition.

Dans l'organigramme actuelle de la Curie romaine, il y a trois tribunaux. Le tribunal de la Signature apostolique et un tribunal jugeant les affaires ecclésiastiques. La Rote romaine a pour mission d'être un tribunal de premier instance et une cour d'appel. Ce tribunal s'occupe notamment des affaires d'annulation de mariage. La Pénitencerie apostolique traite les affaires de conscience.

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"Mais nous, nous annonçons un Messie cloué sur une croix. Les Juifs ne peuvent absolument pas accepter cela, et ceux qui ne sont pas juifs pensent que c'est une folie". Dans sa première lettre au Corinthiens, (chapitre Ier, verset 23), Paul met en lumière le fondement de la foi chrétienne qui pose le plus de problème pour le profane.

Le Vendredi saint est le jour où les chrétiens commémorent les différents moments du dernier jour de Jésus de Nazareth. Le "chemin de croix", à l'intérieur des églises et dans les rues, évoque en quatorze stations cette dernière journée. Le rituel du chemin de croix est l'un des plus anciens du christianisme. La basilique Saint-Pierre n'échappe pas à cette tradition. C'est pourquoi, on trouve accrochés aux murs du parvis de la basilique les plaques matérialisant les différentes stations du chemin de croix.

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La file d'attente pour entrer dans la basilique peut être longue. La raison principale est le passage par les portiques de sécurité. Une autre raison est la négociation de certains visiteurs avec les gardiens de la basilique au sujet de la tenue vestimentaire. Pensez à venir les épaules couvertes. En outre, les hommes doivent porter un pantalon et les jupes des femmes doivent descendre jusqu'au genou (ou porter un pantalon). Je vous invite à rejoindre l'extrémité gauche du portique.

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Derrière une grille, se trouve une statue équestre de Charlemagne réalisée en 1735 par Cornacchini, rappelant qu'il fut couronné empereur le jour de Noël de l'an 800, par le pape Léon III, dans la basilique Saint-Pierre. Par ce sacre, un empire occidental chrétien renaissait, 324 ans après la chute de l'Empire occidental romain. Grâce à ce sacre, l'Eglise de Rome allait pouvoir s'appuyer sur un bras séculier occidental et s'affranchir ainsi de l'autorité politique de l'empereur d'Orient, devenu le seul empereur romain légitime après la chute de l'empire d'Occident. Toutefois, comme on le verra à la fin de notre visite, cette alliance deviendra conflictuelle avec les héritiers de Charlemagne.

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A l'autre extrémité du portique, dans le vestibule de la Scala Regia, se trouve la statue équestre de l'empereur Constantin, premier empereur romain chrétien. La statue a été réalisée par le Bernin.

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Au-dessus de l'arche centrale du porche, dans son côté intérieur, se trouve la mosaïque de la "Navicella", réalisée par Giotto en 1300 pour la basilique antique. Dans la nouvelle basilique, elle peut être vue par le fidèle qui sort par la porte centrale de la basilique.

Cette mosaïque fait allusion au récit de la traversée en barque du lac de Galilée. Le récit se trouve dans les quatre Évangiles mais c'est la version de Matthieu qui est illustrée (chapitre 14, versets 22 à 33). Dans cette version, Jésus demande aux disciples de monter dans une barque et de partir en premier, le temps pour lui de disperser la foule qui était venue l'écouter dans la journée. La traversée se passe mal pour les disciples à cause du vent et des vagues. Jésus les rattrape ... en marchant sur l'eau. Les disciples sont effrayés et se demande si cette personne qui vient à leur rencontre est bien leur maître, Jésus de Nazareth. Pour être rassuré sur son identité, Pierre demande à Jésus de lui donner aussi la capacité de marcher sur l'eau et de venir vers lui. La suite est racontée dans les versets 30 à 32. Mais, en voyant qu'il y a du vent, il a peur, il commence à s'enfoncer dans l'eau. Alors il crie : "Seigneur, sauve-moi !" Aussitôt, Jésus tend la main à Pierre, il le saisit et lui dit : "Tu n'as pas beaucoup de foi ! Tu n'as pas eu confiance. Pourquoi ?". La réponse de Pierre n'est pas dans le récit. L'émotion ne lui a sans doute pas permis de prononcer des paroles dignes d'intérêt pour l'évangéliste. Néanmoins, en regardant la mosaïque, on imagine très bien que ses premières paroles furent d'abord des paroles de reconnaissance.

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Cinq portes permettent d'accéder à la basilique. La dernière à droite est la porte Sainte. Elle n'est ouverte que durant les années jubilaires (voir l'article "Découvrir la Rome paléochrétienne" pour plus de détails). Les seize panneaux des battants de la porte ont été réalisés en bronze par le sculpteur Vico Consorti pour le jubilé de 1950.

La porte centrale a été réalisée par Antonio Averulino, dit "le Filarète", en 1455. Ses battants sont celles de la basilique primitive.

La dernière porte à gauche est la porte de la Mort. L'origine de ce surnom est que les cortèges funéraires quittent la basilique par cette porte.

Je vous invite maintenant à entrer par la porte centrale de la basilique.

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La nef centrale communique au visiteur un sentiment d'irréalité. C'est normal car il s'agit de la plus grande basilique du monde. On estime qu'elle peut accueillir environ 60 000 personnes. La longueur totale, y compris le porche, est de l'ordre de 211 m (187 m sans le porche). Le transept s'étend sur 138 m. Vous trouverez environ 450 statues, 500 colonnes et 50 autels. Autant vous dire tout de suite que vous ne pourrez pas tout voir en une journée et qu'il vous faudra revenir. Vous pouvez aussi être fasciné par le pavement car pas moins de 180 couleurs de marbre ont été utilisées.

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L'axe médian de la nef centrale est protégé des visiteurs. En dessous de celle-ci se trouve les tombeaux des papes, à l'exception des quelques papes que l'Eglise de Rome a choisi d'honorer en réalisant des monuments funéraires à leur gloire, en surface. Cet espace souterrain qui sert de nécropole pour les papes s'appelle "les Grottes Vaticanes".

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Sur cet axe médian, des repères ont été placés afin de matérialiser les longueurs des autres grands édifices religieux du monde. L'église de Notre-Dame de Paris, par exemple, qui affiche modestement 130 m. Pour mémoire, la basilique primitive faisait 120 m de long (et 64 m de large).

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Pas très loin de l'entrée de la nef centrale, il y a un disque de porphyre inséré dans le pavement. Il a été récupéré de la basilique primitive et c'est sur ce disque (qui se trouvait alors devant l'autel) que Charlemagne reçut sa couronne d'empereur.

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La basilique est gigantesque mais on ne s'en rend pas compte car tout est en proportion. Par exemple, les deux premiers piliers de la nef centrale ont une vasque ornée d'angelots dont la taille approche 2 m.

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Ces vasques s'appellent des bénitiers car ils contiennent de l'eau bénite ordinaire. C'est une eau mélangée à du sel et qui fait l'objet d'un rituel à base d'exorcismes et de prières. Elle est à la disposition du chrétien qui souhaite effacer ses péchés véniels avant de commencer un culte ou de faire une prière. Dans l'ancien testament, l'eau bénite servait à effacer les souillures légales. Pour ce faire, le chrétien trempe la main droite dans la vasque puis effectue un signe de croix. Dans le rituel de l'Eglise de Rome, il existe deux autres types d'eau bénite : l'eau baptismale qui sert au baptême et qui est versée dans une cuve appelée baptistère, l'eau grégorienne qui est utilisé pour la consécration des Eglises et des Autels selon un rituel défini par le pape Grégoire Ier.

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La première chapelle de la nef droite s'appelle la Pietà qui est le nom donné à la sculpture qu'elle abrite.  Une vitre a été installée afin de protéger l'œuvre, depuis qu'une personne déséquilibrée eut cassé le nez et la main de l'une des statues. La Pietà est un groupe de statues, l'une représentant Jésus, mort, descendu de la croix, l'autre, sa mère, Marie, exprimant toute la douleur qu'une mère peut exprimer à la vue d'un de ses enfants morts. Mère douloureuse, Mater dolorosa en latin ou Pietà. Elle a été réalisée vers 1498-1500 par un jeune artiste qui n'avait pas encore 25 ans, dont le prénom était Michelangelo (Michel-Ange en français), sur commande du cardinal-ambassadeur de France de l'époque.

Elle était destinée à orner le monument funéraire de ce cardinal, dans la chapelle Sainte-Pétronille dans l'ancienne basilique. Elle fut saluée comme la révélation d'un génie (ce qui répondait à l'une des clauses du contrat de commande qui stipulait ni plus ni moins que ce devait être "la plus belle oeuvre en marbre existant à Rome à ce jour"). Cependant, le bruit qu'il n'était pas l'auteur de cette oeuvre fut répandu ce qui irrita profondément Michel-Ange au point qu'il appliqua sa signature en travers de la poitrine de la statue représentant Marie.

Le jeune homme ne se doutait pas qu'il se verrait par le pape Jules II d'autres travaux comme les fresques de la chapelle Sixtine ou la réalisation de son tombeau dans la nouvelle basilique. A cause des critiques qu'il exprimait à l'encontre de Bramante, architecte en titre de la nouvelle basilique, et se croyant menacé, il regagna Florence. Il ne se doutait pas aussi qu'à l'age de 72 ans, il serait appelé par le pape Paul III pour mettre fin aux hésitations dont faisait l'objet la nouvelle basilique après la mort de Bramante. Toutefois, Paul III dut se montrer insistant face à un Michel-Ange peu enthousiaste à s'engager sur un projet aussi vaste durant ses vieux jours. Mais le sentiment du devoir a du l'emporter puisqu'il écrivit "je l'entreprends seulement pour l'amour de Dieu et dans l'honneur de l'Apôtre".

Je vous invite à découvrir la suite de la nef latérale droite.

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Au passage, vous pouvez admirer les ornements baroques des piliers de la nef (ceux de la photo se trouvent sur le premier pilier de la nef droite). Lors de son inauguration, le 18 novembre 1620, la basilique était encore très dépouillée. C'est le Bernin et ses élèves qui allèrent transformer cet édifice encore austère en théâtre religieux grâce au souffle lyrique et triomphal de l'art baroque.

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Sur votre droite, après la chapelle de la Pietà, on trouve la chapelle du Crucifix (ou des Reliques) puis une autre chapelle dont l'accès est protégé par des grilles et des rideaux. Un gardien du Vatican est posté devant l'entrée afin de s'assurer que le bon ordre règne. Il veille aussi à ce qu'aucune photo ne soit prise. Cette chapelle est celle du Saint-Sacrement et elle peut être considérée comme le cœur spirituel de la basilique.

Selon Henri Tincq dans son ouvrage intitulé "Les Catholiques" (publié chez Grasset à Paris), le mot latin sacrementum qui, dans le vocabulaire juridique de la Rome antique, désigne une somme déposée en garantie de sa bonne foi, est une ancienne traduction latine mal adaptée du mot grec mysterion. Ce mot était utilisé par les premiers chrétiens pour désigner un signe visible d'une réalité cachée. Selon la doctrine de l'Eglise de Rome, le Christ continue d'agir au milieu des hommes par son Eglise au moyen de "sacrements". L'Eucharistie ou Saint-Sacrement est l'un de ces signes.

Ce signe est constitué par le pain et le vin qui sont consacrés durant la messe dominicale. Par cette consécration, qui ne peut être faite que par une personne ayant été ordoné prêtre par l'Eglise de Rome, ce pain et ce vin deviennent le corps et le sang symbolique du Christ. Le rituel du dernier repas de Jésus avec ses disciples, décrit dans tous les Evangiles (Matthieu 26, versets 26 à 28), peut alors se répéter. Tout comme les premiers disciples étaient invités par Jésus à partager le pain et le vin, les personnes baptisées sont invitées par le célébrant de la messe à recevoir le corps symbolique du Christ. Ce symbole est matérialisé par une hostie qui est une petite rondelle de pain mince non fermentée (pain azyme) que le célébrant met sur la langue du fidèle. Les hosties restantes sont mises dans un ciboire qui lui-même est placé dans un petit meuble fermant à clé qui est appelé tabernacle. En général, il est placé au-dessus de l'autel. Dans la basilique Saint-Pierre, il est placé dans cette chapelle qui devait servir à l'origine de sacristie.

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Vous pouvez entrer dans cette chapelle et contempler silencieusement les ornements. Le tabernacle a la forme d'un petit temple circulaire, surmonté d'un dôme dont le sommet est occupé par une statue du Christ ressuscité faite par le Bernin. La plus grande discrétion est de rigueur car cet espace est réservé aux personnes qui veulent prier devant ce meuble qui renferme le corps symbolique du Christ. Cette attitude de prière est appelée "Adoration Eucharistique". La pratique de cette adoration remonte aux origines de l'Eglise de Rome, bien avant que le Christianisme ne soit autorisé par Constantin.

De part et d'autre de l'autel, vous constaterez la présence de photophores. Leur lumière symbolise la présence du Christ dans cet autel. Ils fonctionnent tous les jours de l'année, sauf le samedi qui prècède Pâque puisque c'est le jour d'absence du Christ, celui-ci ayant été mort la veille et n'étant pas encore ressucité.

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A droite du vestibule de la chapelle du Saint-Sacrement, se trouve le monument funéraire du pape Innocent XII. Ce monument a été édifié au milieu du 18ème siècle, ce qui correspond à la fin de la période baroque. Le pape Innocent XII est représenté assi en train de saluer. Il est entouré par deux statues représentant la Chasteté (à gauche) et la Justice (à droite). Cette dernière tient une épée de la main droite et une balance de la main gauche. Ce pape qui exerça son ministère de 1691 à 1700 fut le premier à se prononcer contre le népotisme. Il prit un décret qui interdisait aux papes à tout moment, de donner des propriétés, des charges ou des rentes à des parents quels qu'ils fussent ; en outre, un seul de leurs parents pouvait être élevé au cardinalat.

Tout au long de son pontificat il se tint à cette décision et pas un membre de sa famille ne reçut de charge au Vatican. Il lutta aussi contre le commerce des charges ecclésiastiques.

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A gauche du vestibule de la chapelle du Saint-Sacrement, on voit le monument funéraire de Grégoire XIII dont le ministère s'étend de 1572 à 1585. Ce monument de style baroque a été réalisé entre 1715 et 1723. Les statues sont du sculpteur milanais Camillo Rustoni. Le pape est représenté en train de donner sa bénédiction. Il est entouré de deux statues. Celle de gauche symbolise la Religion. Elle tient les tables de la Loi sur lesquelles sont gravés en latin le début du verset 9 du chapitre 2 de l'Apocalypse : "Je sais tes oeuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta persévérance [...]". L'œuvre que l'Histoire a retenue est, sans aucun doute, la réforme du calendrier institué par Jules César car le calendrier réformé, encore appelé calendrier Grégorien, est encore suspendu sur le mur de nos cuisines ou dans nos lieux de travail.

Il y a un peu plus de deux mille ans, le comptage des jours et la détermination des jours fériés était confié au Pontife. Cependant la plus grande anarchie régnait car les pontifes profitaient de ce pouvoir pour prolonger la magistrature de leurs amis (ou abrégeaient celle de leurs ennemis), avançaient ou retardaient les échénances pour les créanciers. Jules César décida de mettre fin à cette anarchie en instituant un calendrier unique pour tout le monde qui soit fixe par rapport aux saisons étant donné leurs impacts sur l'activité économique, essentiellement dominée alors par l'agriculture (lui-même descendant d'une famille d'agriculteurs). Avec l'aide de l'astronome grec Sosigène établi à Alexandrie, il arrêta un calendrier annuel de 365 jours, commençant le 1er janvier (date à laquelle les consuls entraient en charge). Afin d'être fixe par rapport aux saisons, notamment le printemps qui était fixé au 25 mars, il était institué une journée supplémentaire au mois de février, tous les quatre ans car il avait déjà été observé dans l'Antiquité que la longueur des saisons (encore appelée "année tropique" en astronomie) ne faisait pas exactement 365 jours. Un siècle plus tôt, l'astronome Hipparque considérait que l'année tropique faisait 365 jours 5 heures et 55 minutes. L'estimation est remarquable pour l'époque compte tenu de la difficulté d'observer les équinoxes ou les solstices puisque la valeur "exacte" est 365 jours 5 heures et 49 minutes. Le mot "exacte" est à mettre en guillemet car cette durée elle-même évolue lentement avec les millénaires et pour notre propos il n'est pas nécessaire de considérer une précision meilleure que la minute pour la durée de l'année tropique. La réforme julienne entra en vigueur le 1er janvier de l'an 45 avant l'ère chrétienne.

Pâques, qui dans les Eglises chrétiennes correspond au jour de la résurection du Christ (que l'on qualifiera de symbolique si on veut se placer d'un point de vue strictement profane), se rattache à la Pâque juive puisque les Evangiles rapportent que le dernier repas de Jésus est lié aux rites de cette fête religieuse dont l'institution remonte à l'époque de Moïse (Exode, chapître 12, versets 1 à 11). Dans le calendrier juif, la Pâque est fêtée au mois de Nisan (mois des fleurs) qui correspond peu ou prou à notre mois d'Avril. Le 14 Nisan, à la Pleine Lune, les Hébreux font le sacrifice d'un agneau. Le lendemain, 15 Nisan, commence la fête de la Pâque qui durait huit jours. Le 16 Nissan, il était d'usage d'offrir à Dieu les prémices de la moisson des orges. Cinquante jours après, il était d'usage d'offrir deux pains de froment nouveau, pour remercier Dieu de la moisson finie. Afin de rester à peu près fixe par rapport au printemps ou tenir compte d'une germination tardive des orges, il était intercalé de temps en temps par le Grand-Prêtre juif, un mois lunaire supplémentaire. La conséquence est que le calendrier juif s'ébauchait pas à pas.

Une autre conséquence de ces flottements du calendrier juif par rapport au calendrier julien est que la date de la fête de Pâques variaient beaucoup d'une communauté chrétienne à l'autre.

Pour uniformiser la date de la Pâque chrétienne, le concile de Nicée (325) fixa la règle suivante : "Pâques est le dimanche est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars, ou immédiatement après". La date du 21 mars avait été choisie par le concile car il avait été observé que l'équinoxe de printemps s'était produit ce jour-là. L'écart de quatre jours entre la date conventionelle du printemps dans le calendrier julien et la date observée en cette année du concile fut attribué non pas à une imperfection du calendrier mais à une erreur de Sosigène dans l'observation du début de printemps lors de l'entrée en vigueur du nouveau calendrier.

En fait l'explication de cet écart de quatre jours tient à la fois de l'imperfection du calendrier julien et d'une erreur d'observation de Sosigène. En effet, l'alternance de trois années ordinaires de 365 jours et d'une année bisextile de 366 jours fait que l'année julien fait en moyenne 365 jours et 6 heures, soit 5 minutes de plus que la valeur estimée par Hipparque (et que ne pouvait pas ignorer Sosigène mais ce dernier a du estimer que l'ecart était négligeable par rapport aux besoins de Jules César) mais 11 minutes par rapport à la durée de l'année tropique. A l'échelle d'une année ou d'une vie humaine, 11 minutes c'est peu. Mais, en 370 ans, période séparant le concile de Nicée de l'ère julienne, cela conduit à 4070 minutes, soit presque 3 jours. Le quatrième jour d'écart s'explique par une erreur d'observation de Sosigène (le printemps avait sans doute commencé le 24 mars).

La confiance du concile de Nicée dans le calendrier julien fit que la date du printemps continua d'avancer et à l'époque du ministère de Grégoire XIII, la dérive atteignait dix jours. A force, la Pâque chrétienne allait perdre son caractère de fête de début du printemps puisqu'elle avait été liée au calendrier julien par le concile de Nicée. Ce problème fut évoquée lors du concile de Trente (1543-1553) mais ne trouva pas de solution. La charge de résoudre ce problème fut confié au pape. Après avoir demandé à une commision de savants de faire des propositions, Grégoire XIII arrêta sa réforme qui, a l'instar de celle de Jules César, comportait deux parties.

La première est constitué des règles générales de détermination du calendrier. Les principes du calendrier de Jules César sont conservés, l'amendement apporté par la réforme consiste simplement à supprimer les jours bissextiles des années séculaires non divisibles par 400 (1700, 1800 et 1900 n'étaient pas bissextiles par contre 2000 l'a été). De cette façon, la durée moyenne d'une année grégorienne est 365 jours 5 heures et 49 minutes. L'écart avec la durée de l'année tropique devient inférieure à une minute. Certes, il subsiste un écart de 26 secondes et si rien n'est fait dans dix mille ans alors l'équinoxe tombera le 18 mars mais cela laisse le temps de voir venir !

La seconde partie a eu pour objectif de ramener l'équinoxe de printemps au 21 mars afin que la règle du concile de Nicée garde sa pertinence. Comme le printemps avait commencé le 11 mars en 1582, Grégoire XIII décida que le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 serait suivi du vendredi 15 octobre 1582.

Cette réforme fut mis immédiatement en application à Rome, en Espagne et au Portugal puis étendu progressivement aux autres états occidentaux. L'adoption de la réforme du calendrier fut plus difficile dans les états protestants qui répugnaient à appliquer une prescription papale : "Les protestants aiment mieux être en désaccord avec le Soleil qu'avec le pape", commentait Képler. Son application fut aussi plus lente dans les pays de confession orthodoxe où la Pâque reste liée au calendrier julien.

Mais revenu à notre monument funéraire car nous n'avons pas encore parlé de la statue de droite, celle qui soulève le drap qui protège le sarcophage. Elle s'appelle la Magnificence. En soulevant le drap, elle découvre avec curiosité un bas-relief qui évoque la réforme du calendrier entrepris par le pape Grégoire XIII. Cette mise en scène destiné à susciter le ravissement de l'observateur vis à vis de cette réforme est typique de l'art baroque.

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Sous le sarcophage, se trouve un dragon qui fait mine d'être dérangé par le soulèvement du drap. Ce dragon fait partie de l'héraldique de la famille du pape Grégoire XIII.

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Il nous reste plus qu'à saluer ce pape et d'aller plus en avant dans la partie de la basilique qui a été réalisée par Michel-Ange et qui peut être considérée comme le sanctuaire de la basilique.

Jusqu'à maintenant, nous étions dans le prolongement de la nef réalisé par Carlo Maderno et achevé par le Bernin qui réalisa les travaux délicats de raccordement de ce prolongement avec l'ouvrage de Michel-Ange. Ce prolongement avait été demandé par le pape Paul V afin que la basilique ait la capacité d'accueillir les pélerins et les fidèles de Rome lors des grandes cérémonies. Par ailleurs, ce prolongement permettait de recouvrir ce qui restait de l'ancienne basilique.

Je vous propose de contourner par la gauche l'imposant pilier qui se trouve en face de nous.

A la demande du pape Paul III, préoccupé d'achever un chantier qui durait déjà 44 ans, Michel-Ange pris la direction des travaux avec l'idée d'un édifice qui soit un mausolée avec pour centre les reliques de l'apôtre Pierre. C'est pourquoi il garda le plan en croix grecque de Bramante mais en le simplifiant.

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En revenant dans la nef centrale, vous ne pouvez pas manquer la statue de Pierre en bronze, sculptée au 13ème siècle par Arnolfo di Cambio, assis sur une sculpture de siège épiscopal en marbre. Cette statue fait l'objet d'une grande dévotion. Des générations de "romieux" (c'est ainsi que l'on nommait au Moyen-Age ceux qui allaient faire un pélerinage à Rome) ont baisé le pied droit de la statue au point que les orteils ont disparu.

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Le baldaquin qui abrite l'autel pontifical est l'une des œuvres majeures du Bernin dans la basilique. Les colonnes torses sont d'une hauteur exceptionnelle et donne le sentiment aux fidèles d'une montée au ciel des prières. Ces colonnes sont faites en bronze pris au Panthéon de Rome.

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Les ornements du sommet du baldaquin se prêtent à des jeux de lumière avec le soleil.

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Les jeux de perspectives avec le transept sud sont époustouflants.

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Il est difficile de trouver les mots juste pour exprimer ce qui peut être ressenti quand on met en perspective l'oeuvre géniale du Bernin avec la conception géniale dont a fait preuve Michel-Ange pour la coupole (mais qui ne la vit pas car il mourut quand la construction était encore au stade du tembour). Les effets de lumière permis par les fenêtres du tambour et par ceux du lanternon donne au visiteur le sentiment d'une présence divine.

Afin que les proportions paraissent aussi harmonieuse à l'intérieur qu'à l'extérieur, Michel-Ange avait prévu d'emboîter deux coupoles.

A la base du tambour, il est écrit en latin, avec des lettres de 2 mètres de haut, les versets 18 et 19 du chapitre 16 de l'Evangile de Matthieu : TV ES PETRVS ET SVPER HANC PETRAM AEDIFICABO ECCLESIAM MEAM. TIBI DABO CLAVES REGNI CAELORVM. "Tu es Pierre et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux".

L'oculus de la coupole est également revêtu d'une inscription : S. PETRI GLORIAE SIXTUS LE PP. V. A. M. D. XC. PONTIF. V. ("A la gloire de Saint-Pierre; Sixtus V, pape, en 1590, cinquième année de son pontificat"). 1590 est l'année des derniers travaux de la coupole, conduits par Giacomo della Porta, puis par Domenico Fontana qui ont succédé à Michel-Ange après sa mort  en 1564. Giacomo della Porta termina la voûte de la coupole tandis que le lanternon fut achevé par Fontana, en 1593, durant le ministère du pape Grégoire XIV). Le pape suivant, Clément III, fit mettre en place une croix au sommet du dôme extérieur.

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Quatre médaillons de 8 mètres de diamètre sont placés en pendentif en dessous de la coupole. Ils représentent les quatre évangélistes : Mathieu, Marc, Luc et Jean.

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En dessous de l'autel papal se trouve une confession que la Tradition de l'Eglise de Rome considère comme étant celle de l'apôtre Pierre.

Sur la demande du pape Pie XII, des fouilles archéologiques ont été réalisées entre 1939 et 1950. En dessous de l'autel actuel, il a été constaté une superposition d'autels : il y a d'abord celui de Clément VIII, puis en dessous celui de Calixte II, puis encore en dessous celui de Grégoire Ier, et en dessous ... se trouve un petit édifice cultuelle sous lequel se trouve une tombe ... trouvée vide. Un des murs de soutien porte des inscriptions grecs. La première est IIETR qui sont les quatre premières lettres de Petrus ce qui conforte l'hypothèse de la présence du tombeau de Pierre en-dessous de l'autel actuel. La deuxième inscription est composé des lettres EN qui est sujette à deux interprétations : soit elle serait la forme abréviative "dedans est", soit elle pourrait être l'abréviation de "il manque" qui pourrait soutenir l'hypothèse défendue par l'historien Jérôme Carcopino, d'un transfert temporaire des ossements de l'apôtre dans un lieu plus sûr, les catacombes de Saint-Sébastien (qui n'était pas encore propriété de l'Eglise de Rome), durant la persécution de Valérien.

Dans une cachette aménagée dans un mur perpendiculaire au petit édifice, il a été retrouvé des ossements d'un homme de sexe masculin sexagénaire. Si on reste dans l'hypothèse de Jérôme Carcopino alors on peut imaginer qu'il s'agit des restes de l'apôtre Pierre (puisque l'âge de la personne correspond peu ou prou à celle de Pierre au moment de son exécution) qui auraient été ramenés ultérieurement.

Eusèbe Pamphile, évèque de Césarée (265-339), s'est intéressé à l'histoire de l'Eglise primitive. Dans un de ses écrits, il cite une lettre que le prêtre Gaius écrit à son ami Proclus pour l'inviter à Rome et où il précise : « Au Vatican et le long de la voie d’Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui fondèrent cette Église ». A cause de ce passage, ce petit édifice s'appelle le "Trophée de Gaïus". La tombe qu'elle renferme a été reconnue comme étant celle de Pierre par le pape Paul VI en 1964.

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Au fond de l'abside, en hauteur, se trouve un trône de bronze réalisée par le Bernin, appelé "Catedra Petri" ("chaire de Saint-Pierre"), car il abrite les restes d'une chaire symboliquement attribuée à l'apôtre Pierre.

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Le meuble de bois et d’ivoire qui est renfermé dans l'ouvrage du Bernin a peu de chance d'être la vraie chaire de saint Pierre. Il fut offert au pape Jean VIII par Charles le Chauve, sans doute pour son couronnement impérial, à la Noël 875. Comme on peut le voir sur la reproduction qui se trouve dans le musée historique de la sacristie, les plaques d’ivoire qui datent du troisième ou du quatrième siècle, grossièrement assemblées, montrent les douze travaux d’Hercule et des animaux fantastiques.

Dans l'Eglise primitive, seul l'évêque dispensait aux fidèles et aux catéchumènes l'enseignement de Jésus de Nazareth, perpétuant ainsi la mission qu'il avait confié aux apôtres, ce qui conférait à l'évêque prestige et autorité. La chaire sur laquelle était assis l'évêque en était le symbole.

L'apôtre Pierre a donné son enseignement à Antioche, ville de l'empire d'Orient, puis à Rome, capitale de l'empire d'Occident. A ce titre, l'Eglise de Rome considère la chaire de l'apôtre Pierre comme un trait d'union entre elle et l'Eglise d'Orient dont elle s'est séparée en 1054 (grand schisme d'Occident).

Ce trait d'union a d'abord été mis en valeur par le pape Paul IV qui décida de fêter cette chaire en 1547, celle-ci étant déjà fêtée à Antioche. Les galicans ne souhaitant pas faire de fête durant le Carême, la date arrêtée par le pape ne fut pas le 22 février comme à Antioche mais le 18 janvier. Ce n'est qu'après la réforme du calendrier des fêtes religieuses qui fut entreprise à l'issue du concile Vatican II que l'union sur la date du 22 février fut faite.

En 1656, le pape Paul VII ordonna que cette chaire symbolique de celle de Pierre fut mise au fond de l'abside de la basilique qui lui est dédiée afin que les fidèles puissent la vénérer.

La "chaire de Saint-Pierre" est soutenue par les statues colossales (elles mesurent environ 5 mètres) de quatre docteurs de l’Eglise, deux d’Occident, Augustin et Ambroise, et deux d’Orient, Jean Chrysostome et Athanase.

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Au dessus du trône symbolique de l'apôtre Pierre, le Bernin a réalisé une "Gloire", faite de marbres colorés, de bronze et de stuc dorés, qui donne l'impression que le trône pontifical, porté par les nuées, descend du ciel. Au centre de la "Gloire", une ouverture laisse passer la lumière, donnant le sentiment d'un soleil venant éclairer la basilique. Elle porte une colombe qui est le symbole du Saint-Esprit.

Comment expliquer en quelques mots ce qu'est le Saint-Esprit ? Je dois avouer que la tâche est difficile car nous sommes au cœur d'un des dogmes fondamentaux du christianisme qui est celui de la Trinité. Je préfère donc laisser à Jésus de Nazareth lui-même le soin de vous expliquer le symbolisme de cette colombe et je vous invite à regarder l'ensemble de l'œuvre du Bernin tout en écoutant les paroles suivantes (Evangile de Jean, chapitre 14, verset 26) : "Le Père enverra en mon nom l'Esprit-Saint, celui qui doit vous aider. Il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit".

Dans les Evangiles, "Le Père" est une expression utilisée par Jésus de Nazareth pour désigner Dieu. Dans l'oeuvre du Bernin, la lumière qui passe au travers de l'ouverture du fond de l'abside est le symbole de la présence de Dieu.

Deus, Dieu, theos cachent l'idée - matérielle et sensible - de lumière. Toutes les langues indo-européennes, du sanskrit aux idiomes actuels, témoignent du passage de l'idée du jour, de clarté à celle de divinité. [...] Le nom grec Zeus dit à la fois "dieu" et "lumière" et le nom latin Jupiter, c'est ju-pater, "jour-père", le "père du jour". Alain Rey. Chroniques au fil de l'actualité. 15 janvier 2004 sur la radio française "France Inter".

La "Gloire" fut achevée par le Bernin en 1666, alors qu'il avait déjà 68 ans. La "chaire-relique" qu'elle renferme fut exposée l'année suivante, à l'occasion du seizième centenaire du martyre de Pierre et Paul. Depuis, elle ne fut exposée qu'en 1867.

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A droite de l'abside, se trouve une chapelle dédiée à Saint-Michel et à Sainte-Pétronille.

Pétronille est un diminutif du prénom Petro ou Petrus. Selon les indications retrouvées sur une fresque datant du 4ème siècle située dans la basilique souterraine des catacombe de Rome : elle était la descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père du futur empereur Vespasien, et elle a été martyrisée. Le tableau derrière l'autel qui lui est consacrée a pour thème la mise au tombeau de la jeune martyre.

Selon la tradition de l'Eglise de Rome, Pétronille aurait reçu l'enseignement de l'apôtre Pierre et aurait été baptisée par lui.

Le sarcophage contenant les restes de Pétronille a été placé dans l'ancienne basilique par le pape Paul Ier en 757 .

En vertu d'une tradition de dévotion des rois de France qui remonte à Pépin le Bref (il aurait demandé à ce que sa fille soit baptisée par le pape Paul Ier près du tombeau de la martyre), Pétronille est la patronne des rois de France. Dans le calendrier des fêtes religieuses, Pétronille est fêtée le dernier jour de Mai. A cette occasion, une messe est dite dans la chapelle qui lui est dédiée, pour la France et tous les français de Rome y sont invités.

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Dans cette chapelle se trouve le monument funéraire du pape Clément XIII, réalisé par Antonio Canova à la fin du 18ème siècle. La femme qui porte une couronne solaire et une croix symbolise la religion chrétienne qui éclaire l'humanité. Ce 18ème siècle est celui de la philosophie des Lumières et des idées libérales en Europe. L'Eglise de Rome peine à trouver le bon équilibre entre sa Doctrine et ce foisonnement d'idées nouvelles qui vont façonner les générations européennes des siècles suivants. Son prédecesseur, Benoît XIV était ouvert aux idées nouvelles. Notamment, il autorisa la diffusion des travaux de Galilée et de Coppernic. Grâce à lui, l'Eglise de Rome admettait que le centre du monde n'était plus la Terre ! Cependant, elle n'admettait pas que la rationalité aboutisse à une contestation des Ecritures sur lesquelles est fondée la foi chrétienne.

L'Eglise demeure profondément convaincue que la foi et la raison "s'aident mutuellement". Cette phrase, issue des conclusions de l'encyclique "Fides et ratio", écrite par Jean-Paul II en 1998, résume bien la position de l'Eglise de Rome concernant les relations entre la foi et la raison.

Augustin (354-430), un des docteurs de l'Eglise de Rome, écrivait : "Je crois pour comprendre", "Quiconque croit pense. Si elle n'est pas pensée, la foi n'est rien". Il y a donc un lien de dépendance entre la  foi et la raison que Thomas d'Acquin, autre docteur de l'Eglise de Rome, résume par la formule "la foi est la servante de la raison". Jean-Paul II écrit dans son encyclique : "Il est illusoire de penser que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande; au contraire, elle tombe dans le grand danger d'être réduite à un mythe ou à une superstition". On pourrait aussi ajouter le danger du fanatisme.

Cependant, la raison peut-elle se passer de sa servante, la foi ?

La question peut être posée car la philosophie et la théologie qui étaient restées unies durant le Moyen-Age se sont séparées progressivement à partir du 16ème siècle. Le regard de Jean-Paul II sur cette période la plus récente de l'Histoire occidental est que la raison en se coupant de la raison finit par perdre de vue la dignité de l'homme :

"À       cette pensée se sont opposées diverses formes d'humanisme       athée, philosophiquement structurées, qui ont présenté       la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la       pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour       de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le       plan politique et social, ont abouti à des systèmes       totalitaires traumatisants pour l'humanité."

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Si les problèmes d'unité doctrinale ou institutionelle de l'Eglise préoccupaient les papes du temps de la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre (et les préoccupent sans doute encore), les architectes qui ont succédé à Bramante étaient aussi en prise avec des questions d'unité de cette église en tant que construction, sans pouvoir les résoudre complètement puisqu'aucun d'eux n'ont vu la fin des travaux de construction, à part Carlo Maderno qui avait achevé le prolongement de la nef centrale et de la façade.

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C'est le Bernin, quand le pape Alexandre VII lui confia la direction des travaux, en 1629, après la mort de Maderno, qui réalisa l'unité architecturale de la basilique. Après les travaux de raccordement de l'édifice de Michel-Ange et de la nef centrale de son prédecesseur, Le Bernin s'appliqua à gommer la différence de style entre les deux constructions. En effet, le dépouillement des énormes piliers (18 m de côté) qui soutenaient la coupole contrastait singulièrement avec le style baroque du prolongement de la nef centrale.

Pour remettre de la cohérence au niveau des ornements, Le Bernin fit revêtir de marbre les piliers et il fit aménager de grandes niches à la base de chacun d'eux pour accueillir des statues colossales évoquant les reliques gardées dans la basilique :

  • une statue d'un centurion tenant une lance pour la relique de la lance qui aurait percé le flanc de Jésus de Nazareth afin de s'assurer qu'il était bien mort avant d'autoriser sa descente de la croix,

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  • une statue d'Hélène, mère de Constantin, tenant une croix afin de rappeler que le fragment de bois ramené de son voyage à Jérusalem appartient à la croix ayant servi à la crucifixion de Jésus,

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  • une statue de Véronique tenant un voile où apparaît en filigrane un visage pour indiquer que la relique conservée est un fragment du voile qui, selon la Tradition, aurait servi à éponger le visage de Jésus durant sa montée vers son lieu de crucifixion,
  • une statue de l'apôtre André, tenant une croix, pour le fragment de bois de la croix qui aurait servi pour son martyre.

Que de choses à dire encore ! Mais quel manque cruel de temps aussi ! C'est pourquoi, je vous propose de quitter la croisée des transepts et de vous diriger vers l'aile sud de la basilique.

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Nous avons d'abord le tombeau de Alexandre VII, pape entre 1655 et 1667, réalisé sous la direction du Bernin, entre 1671 et 1678. A gauche de la porte funéraire, se trouve une statue représentant la Charité, tandis qu'à droite se trouve la statue de la Vérité. En hauteur, de part et d'autre du piédestal, ont été représentant la Prudence (à gauche) et la Justice (à gauche). C'est durant son ministère que la place Saint-Pierre et sa colonnade furent achevées.

Alexandre VII s'appelait Fabio Chigi. Les Chigi était une famille de banquiers romains originaire de la ville de Sienne. Son père, Flavio Chigi, était un neveu du pape Paul V qui, lui, appartenait à la famille Borghèse (il s'appelait Camille Borghèse), originaire également de Sienne. Le prédecesseur de Paul V était, Alexandre Ottaviano de Médicis, issu d'une grande famille florentine de marchands et de banquiers.

Si on examine les origines des papes depuis le retour d'Avignon jusqu'à la fin du 17ème siècle alors on constate qu'ils sont issus de très grandes famillles cumulant richesse et pouvoir. On peut également citer les Borgia, les Farnèse, les Pamphili, les Barberini, etc. Certains de ces noms évoquent les dérives d'une papauté dominée par le matérialisme, les rivalités et les enjeux de pouvoir. Cependant, à l'instar des empereurs romains de l'Antiquité, ces papes furent aussi de grands mécènes et dotèrent Rome et le Vatican d'édifices somptueux qui portent le blason des familles dont ils étaient issus.

Le monument funéraire d'Alexandre VII n'échappe pas à cette règle puisque le blason est suspendu au fronton de celui-ci.

Je vous propose de traverser le transept sud pour rejoindre la chapelle Clémentine. Son nom vient du fait qu'elle a été réalisée à la demande du pape Clément VIII dans la perspective du grand jubilé de l'an 1600.

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L'autel de la Transfiguration est un des éléments de cette chapelle qui abrite aussi les monuments funéraires des papes Pie VII et Pie VIII. Son nom vient de celui donné au tableau qui se trouve derrière. Il s'agit d'une copie du 18ème siècle d'un tableau de Raphaël. Ce tableau illustre un épisode de la vie de Jésus raconté dans trois des quatre Evangiles, qui se situe après la "Navicella". Pour apprécier l'illustration de la partie supérieure, vous pouvez lire dans l'Evangile de Matthieu, versets 1 à 9 du chapitre 17 : "Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. Il les conduit sur une haute montagne, loin des gens. Sous leurs yeux, Jésus change d'aspect. Son visage brille comme le soleil et ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Tout à coup, les trois disciples voient Moïse et Elie qui parle avec Jésus. [...]. Pendant qu'il parle, un nuage brillant arrive et les couvre de son ombre. Une voix vient du nuage et dit : Celui-ci est mon Fils très aimé. C'est lui que j'ai choisi avec joie. Ecoutez-le ! [...]".

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Sur votre gauche, vous avez l'entrée de la sacristie. Dans le couloir, se trouve la liste des papes qui ont succédé à l'apôtre Pierre dans son rôle de chef de l'Eglise de Rome. Cette liste comporte 264 noms. Le dernier de la liste étant Benoît XVI, élu en 2005, après la mort de Jean-Paul II. Elle est chronologique mais il y a des "trous" dus à des élections irrégulières (les personnes ayant bénéficié de ce type d'élection sont appelées "antipape").

Le pape est élu pour la vie. La durée de leur ministère est donc variable. Le plus court ministère est celui d'Etienne II, qui dura seulement 4 jours en 753, tandis que le plus long est celui de Pie IX qui dura 32 ans, entre 1846 et 1878. Le plus jeune pape élu est Jean XII, vers l'âge de 16 ans en 955 (et régna durant 9 ans). Le plus vieux est Grégoire IX, élu en 1227, à l'âge de 86 ans (et vécu encore 14 ans).

Il y a une incertitude quant à la date du décès de l'apôtre Pierre qui explique que deux dates ont été gravées. L'année 64 correspond à l'année du grand incendie de Rome durant le règne de Néron. Selon Jérôme de Stridon, qui a été aussi un historien de l'Eglise de Rome, il serait mort en 67.

Je vous invite, maintenant, à continuer d'avancer vers la sortie de la basilique tout en restant dans la nef latérale gauche. En quittant la chapelle Clémentine, on laisse derrière soi l'édifice de Michel-Ange et on retrouve le prolongement de Maderno. En marchant, on voit sur la droite une chapelle où se trouvent des sièges de bois avec de haut dossier. Ce sont des stalles. Ces sièges sont réservés aux ecclésiastiques pour leurs réunions. Habituellement, les stalles sont mises au fond des absides des églises. Ici, dans le sanctuaire de l'apôtre Pierre, ce n'est pas possible car le fond de l'abside est occupé par un monument à la gloire de sa chaire.

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Juste après la chapelle des stalles, sur votre gauche, se trouve le plus vieux monument funéraire de la basilique car c'est le seul qui provient de la basilique antique. Il s'agit du pape Innocent VIII (1484 - 1492). Il a été réalisé en bronze. Le pape Innocent VIII est représenté d'abord gisant sur son sarcophage, puis, au-dessus de sa dépouille mortelle, en train de donner sa bénédiction, entourés des quatres bas-reliefs représentant les Vertus Cardinales (de gauche à droite et de bas en haut) : la Force, la Justice, La Tempérance et La Prudence.

C'est le pape Jules II (1503 - 1513) qui demanda le placement de ce monument funéraire dans la nouvelle basilique. Pour quelle raison ? Je n'ai pas trouvé de réponse. En tout état de cause, il semble difficile d'admettre qu'elle se trouve dans la vie de ce pape qui illustre les dérives d'un pouvoir centralisé qui a été durant des siècles plus temporel que spirituel : vénalité des charges ecclésiastiques (simonie), commerce des indulgences et de bulles pontificales, népotisme. Certains papes obtenaient la chaire de l'apôtre Pierre en dépensant beaucoup d'argent pour arracher les voix de cardinaux électeurs lors du conclave. Une fois l'élection acquise, le pape tirait profit des prérogatives qui étaient conférées à sa fonction. Innocent VIII n'hésita pas à utiliser le Vatican pour organiser le mariage de plusieurs de ses enfants. C'est à l'issu du concile de Trente (1545 - 1563) que ces pratiques commencèrent à disparaître.

Le fait de parler des enfants du pape peut surprendre. Néanmoins, il convient de préciser que le Droit canonique interdit le mariage des prêtres et des évêques (premier concile de Latran en 1123) mais n'impose pas la chasteté qui n'est de règle que dans les ordres monastiques cloîtrés.

En matière religieuse, le pape Innocent VIII est celui qui va étendre le domaine de compétence de la funeste Inquisition à la sorcellerie et à la sincérité des juifs nouvellement convertis.

Autre temps, autres moeurs et autre caractère : en avançant vers la sortie de la basilique, vous trouverez sur votre droite, derrière l'un des piliers de la chapelle des stalles, le monument funéraire du pape Jean XXIII. Ce pape, grâce à sa personnalité chaleureuse et sa simplicité, permit de rapprocher la papauté des gens et de redonner à la fonction papale une dimension pastorale. "Le Chef de l'Eglise, c'est le Christ, non le Pape".

Trois mois après son élection, en 1959, il convoqua les 2000 évêques et cardinaux de l'Eglise de Rome, dans la basilique Saint-Pierre pour un concile avec pour objectif d'ouvrir l'Eglise de Rome aux problèmes du monde qui venait de connaître deux guerres mondiales, qui entrait dans une guerre froide menaçant de le détruire et qui laissait se creuser les inégalités de richesse entre nations.

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Autre exemple tiré du "Grand guide de l'Italie" (paru chez Gallimard en 1989) illustrant le style nouveau de ce pape  : L'Osservatore Romano (le journal de la Cité du Vatican) avait écrit, un jour, "Voici l'allocation de Sa Sainteté, telle que nous en avons recueilli les termes de ses lèvres". Jean XXIII demanda que l'on écrive simplement "Le Pape a dit".

Notre visite de la basilique s'achemine, lentement mais surement, vers sa fin. Il y a une question que vous pourriez me demander : faut-il être pape pour avoir droit à un monument funéraire dans la basilique ? La réponse est non et je vous invite à faire quelques pas et, à vous arrêtez devant les dernières piliers de la nef latéral gauche qui précède la sortie.

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Sur votre gauche, vous voyez un monument funéraire en forme de stèle, réalisé entre 1817 et 1819, par Antonio Canova, artiste néoclassique. Le néoclassisisme est un courant artistique qui se développa à partir du milieu du 18ème siècle qui, à l'inverse du baroque, se caractérise par la simplicité et la symétrie, donnant, si on compare avec le baroque, un sentiment de froideur. C'est dans la seconde moitié du 18ème siècle que l'Occident commence à redécouvrir les arts et les édifices de l'Antiquité et les artistes néoclassiques sont influencés par les arts de la Grèce et de la Rome antiques. Les anges qui sont représentés en bas relief, de part et d'autres de la porte illustrent bien cette influence. Ce monument est dédié à Jacques François Stuart (1688-1766) et à ses enfants Charles Edouard (1720-1788) et Henry Benedict (1725-1807). Leurs effigies sont représentées au dessus de la porte.

Les Stuart (ou Stewart) est une famille de souverains d'Ecosse. Le mariage en 1565 de Marie Stuart avec Lord Darnley, petit neveu du roi Henri VIII, va donner un enfant qui sera à la fois souverain d'Ecosse sous le nom de Jacques VI et souverain d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Jacques Ier en 1603. Héritier de part son père, Jacques II, des droits de la maison des Stuart aux trônes d'Angleterre et d'Irlande, Jacques François Stuart ne pût régner en raison de sa conversion au catholicisme. En effet, depuis Henri VIII, l'Eglise d'Angleterre est séparée de l'Eglise de Rome et le chef de cette église, appelée Eglise anglicane, est le souverain d'Angleterre. A la mort de Jacques II, en 1701, le Parlement d'Angleterre vota le "Act of Settlement" rendant incompatible l'adhésion à l'Eglise de Rome et l'exercice de la charge de souverain d'Angleterre. Ce vote ne modifia pas la résolution de Jacques François Stuart de rester fidèle à l'Eglise de Rome et à son chef, le pape. Cette stèle dans ce haut lieu du christianisme est donc un hommage appuyé de l'Eglise de Rome à la fidélité de ce prince héritier et de ses enfants.

Derrière-vous, se trouve le monument funéraire de la princesse Maria Clementine Sobieska, petite fille du roi Jean III de Pologne, épouse de Jacques François Stuart, ensevelie avec son mari, dans la basilique Saint-Pierre.

Certains ne vont pas manquer de s'exclamer : enfin une femme ! Il est vrai que je n'ai parlé d'aucune femme durant cette visite. En fait, il n'y en a très peu. Elles sont au nombre de trois, la princesse Maria Clementine Sobieska incluse. L'explication de cette nette infériorité numérique réside dans la place faite aux femmes dans l'Eglise de Rome. Celles-ci ne peuvent être ni prêtre, ni évêque. Comme le pape est l'évêque de Rome, les femmes ne peuvent donc pas accéder à la fonction suprême de l'Eglise de Rome. Cette position a été encore confirmée par le pape Jean-Paul II. Une légende a couru à partir du XIIIème siècle au sujet d'une femme qui aurait fait à Rome une carrière ecclésiastique déguisée en homme et qui aurait été élue pape, après la mort de Léon IV. Toutefois, ce récit, encore appelée histoire de la papesse Jeanne, ne repose sur aucune base historique sérieuse. Aujourd'hui, seules les Eglises protestantes et l'Eglise d'Angleterre permettent aux femmes d'exercer un ministère.

Pour découvrir les deux autres femmes qui ont eu droit à un monument funéraire dans la basilique, je vous invite à traverser la nef centrale en direction de la chapelle de la Pietà et de faire le tour du premier pilier de la nef latérale droite.

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Ce monument funéraire a été édifié en l'honneur de la reine Christine de Suède. Il est de style baroque. Différents sculpteurs ont travaillé, entre 1691 et 1702, sur ce monument conçu par Carlo Fontana. Pourquoi tant d'honneur, me demanderez-vous.

Christine de Suède (1626 - 1689) est issue d'une famille ayant adopté la Réforme protestante. Durant la période où différentes monarchies européennes occidentales se sont affrontées au nom de la Religion, période encore appellée guerre de Trente Ans (1618 - 1648), le père de Christine a été un des rois protestants les plus redoutables vis à vis des armées catholiques. Il fut tué durant l'une de ses batailles. Christine lui succèda alors qu'elle n'avait que six ans. A 28 ans, elle décide d'abdiquer en faveur de son cousin. Peu après, elle décide d'adopter la foi catholique.

Cette conversion d'une personnalité aussi importante du monde protestant ravie l'Eglise de Rome qui se sentait menacé par la propagation des idées protestantes en Europe occidentale. Arrivée à Rome en novembre 1655, elle sera accompagnée par le collège des cardinaux jusqu'aux portes de la basilique où elle se prosternera devant l'autel. Elle reviendra le jour de Noël de la même année pour recevoir la première communion des mains du pape Alexandre VII, nouvellement élu. C'est donc pour commémorer cette spectaculaire conversion que ce monument funéraire fut érigé.

Toutefois, il convient de souligner que Christine de Suède était une personnalité qui se voulait indépendante et libre dans son expression. Bien que convertie au catholicisme, elle n'hésita pas à dénoncer les exactions de l'armée du roi Louis XIV faites aux protestants de France. C'était aussi une intellectuelle qui discutait avec Blaise Pascal et René Descartes. Elle peut être aussi considérée comme une féministe avant l'heure. Bref, elle ne correspondait pas à l'image de la femme que se faisait le pape et le collège des cardinaux qui considérait que la femme devait être soit mariée et s'occuper de son foyer et de ses enfants ou bien devait rester chaste et entrer dans un ordre religieux. Pour cette raison, le pape Alexandre VII et la Curie romaine prirent progressivement leurs distances avec elle.

Je vous invite à continuer d'avancer en direction du deuxième pilier de la nef latérale droite. Certes, vous êtes en train de refaire une partie du chemin du début de notre visite de la basilique. Mais, vous savez, il vous voir plusieurs fois cette basilique pour l'apprécier pleinement !

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Nous arrivons devant le premier monument funéraire de la basilique Saint-Pierre dédié à une femme : la comtesse Mathilde de Toscane. Cet ouvrage, commandé par le pape Urbain VIII, a été conçu et réalisé par le Bernin avec l'aide de plusieurs élèves, ce qui explique son style baroque.

Au XIème siècle, la papauté et le Saint-Empire romain germanique se sont affrontés au sujet de la nomination du clergé. Cette période d'affrontement a été appellé par les historiens "la querelle des Investitures".
Depuis la fin du Xème siècle, l'empereur avait la main mise sur l'élection du pape et sur la nomination des évêques dans l'Empire, en contre-partie de sa protection militaire. Dans son entreprise de restaurer l'indépendance de l'Eglise de Rome vis à vis de tout pouvoir temporel, le pape Grégoire VII prit un décret pour confier au seul collège des cardinaux le soin d'élire le pape et s'opposa au pouvoir de l'empereur de nommer des évêques.
La comtesse Mathilde fit partie de la noblesse qui soutenait la papauté. A Canossa, où s'était réfugié le pape Grégoire VII, lui-même issu d'une famille toscane, la comtesse œuvra pour un rapprochement de l'empereur Henri IV et le pape. Elle persuada l'empereur de faire pénitence durant trois jours et de s'agenouiller devant le pape afin d'obtenir son pardon et la levée de son excommunication. Cette scène de repentance de l'empereur est illustrée sur le bas-relief du sarcophage.

Occasion de rappeler aux états germaniques tentés par la Réforme protestante ce qu'il en coûte de contester l'autorité du pape ? Il est difficile de répondre à cette question car ce rapprochement était fragile. En effet, si le pape avait accordé son pardon à l'empereur, il ne le rétablit pas dans son pouvoir de nomination. La querelle des Investitures reprit donc et conduit l'empereur Henri IV à marcher sur Rome, en mettant, au passage, à sac les possessions de la comtesse Mathilde. Elle meurt en 1115, quelques années avant qu'un compromis ne soit trouvé (concordat de Worms en 1122).

Je vous invite maintenant à retourner vers la première chapelle de la nef latérale gauche de la basilique. Il s'agit de la chapelle des fonts baptismaux.

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"Allez chez tous les peuples pour que les gens deviennent mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint".

Selon l'Evangile de Matthieu (verset 19 du chapitre 28), ce serait l'une des dernières consignes que Jésus de Nazareth aurait donné à ses disciples après sa résurrection.

Au centre de la chapelle se trouve une cuve qui est remplie d'eau à l'occasion d'un baptême.

Traditionnellement, le pape baptise quelques personnes issues de pays différents, dans la basilique Saint-Pierre durant la veillée pascale (la nuit du samedi au dimanche de Pâques). Par exemple, dans la nuit du 22 au 23 mars 2008 (jour de Pâques), le pape Benoît XVI a baptisé deux hommes et cinq femmes, originaires d'Italie, du Cameroun, de Chine, des Etats-Unis et du Pérou.

Si la cuve n'est pas assez grande pour contenir la personne alors le baptême se fait par aspersion. Sinon, le baptême peut se faire par immersion qui est la pratique originelle (le sens étymologique de "baptiser" est "plonger dans l'eau"). Par commodité, notamment vis à vis de personnes très handicapées ou malades, l'Eglise de Rome pratique le baptême par aspersion d'eau. La pratique originelle de l'immersion reste encore la règle dans les Eglises orthodoxes ou dans les Eglises réformées baptistes.

Le baptême marque l'entrée de la personne dans la vie chrétienne. Certaines Eglises considèrent qu'il faut être adulte pour demander le baptême car il faut avoir d'abord suivi l'enseignement de Jésus de Nazareth. D'autres admettent que les parents peuvent demander au nom de l'enfant le baptême dans la mesure où ils s'engagent à ce que l'enfant reçoive cet enseignement. C'est le cas de l'Eglise de Rome.

Après avoir été aspergée d'eau, le nouveau chrétien reçoit l'onction du "saint-chrême", mélange d'huile et de parfum. L'étude des mots permet d'accéder au sens de ce rituel. Dans les Evangiles, Jésus de Nazareth a le titre de Kristos, mot grec dérivé du verbe khriein qui fait référence à un rite, celui qui consiste à frotter le corps de quelqu'un d'une substance, le khrisma, "parfum, onguent". "Kristos" a donné en latin le mot "christianus" qui plus tard donna en français "chrétien". En recevant cette onction, le nouveau baptisé reçoit donc la marque visible et sensible témoignant de son entrée dans la religion chrétienne.

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Il y a une très grande diversité de matière, de forme et de style pour les fonts baptismaux. Ici, la cuve est en porphyre. C'était le couvercle du sarcophage de l'empereur Othon II mort à Rome en 974. La décoration en bronze, de style baroque, a été réalisée par Carlo Fontana en 1725 sur commande du pape Benoît XIII.

L'emplacement de la chapelle des fonts baptismaux est singulier. En effet, celle-ci est située en début de nef comme pour rappeler que le baptême est le début d'une nouvelle vie. Mais elle est aussi placée à proximité de la porte de la Mort, appelée ainsi car c'est par cette porte que sort le convoi funéraire après la fin de l'office religieux. Chacun peut trouver un sens à cette singularité.

Je vous laisse le soin de choisir votre porte de sortie et je vous retrouve au sommet des marches pour vous donner quelques commentaires sur la cité du Vatican.

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La cité du Vatican cultive un paradoxe. En effet, le plus grand et le plus vaste édifice religieux du monde chrétien se trouve dans ce territoire qui s'avère être ... le plus état du monde puisque sa superficie est de l'ordre de 44 ha, soit 0,44 km2 ! Par comparaison, la principauté de Monaco s'étend sur 2 km2 et la république de Saint-Marin sur 60 km2 environ. Pour expliquer ce paradoxe, le pape Paul VI expliquait à la tribune de l'Organisation des Nations-Unies, le 4 octobre 1965, à New-York : "Cette souveraineté temporelle, minuscule et presque symbolique, est le minimun nécessaire au Saint-Siège pour être libre d'exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec elle qu'elle est indépendante de toute souveraineté au monde". Le nom de "Saint-Siège", fait référence au siège apostolique de l'apôtre Pierre, mais désigne dans les paroles du pape l'entité juridique qui gouverne l'état du Vatican et dont il est à la tête.

Rien ne manque pour affirmer la souveraineté de ce minuscule état qui malgré son exiguité abrite une station de radio-diffusion ("Radio Vatican"), une imprimerie, un journal ("L'Osservatore Romano"), une gare, un héliport.

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Comme tout état souverain, vous trouverez une poste où vous pourrez vous asseoir et écrire des cartes postales.

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Une boîte aux lettres est adossée au bâtiment qui se trouve au sud du parvis de la basilique Saint-Pierre. Pour la différencier des boîtes aux lettres de la République italienne qui sont de couleur rouge, celle du Vatican est de couleur jaune qui est l'une des couleurs du drapeau du Vatican. Attention, vous devrez affranchir votre courrier avec des timbres du Vatican ! Tout comme en Italie, qui n'est qu'à quelques pas d'ici, vous devrez utiliser des timbres italiens si vous voulez déposer vos lettres dans les boîtes rouges.

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L'état du Vatican a aussi le droit de battre monaie et depuis l'union monétaire en Europe, cette monaie est l'euro. Cependant, ne vous faites pas d'illusion, la poste du Vatican ou la librairie qui est adjacente, vous rendra la monaie en euro frappés dans les autres pays de la zone euro. En effet, la masse monétaire allouée à l'état du Vatican est très faible (celui-ci ne compte officiellement que 400 habitants) et les pièces frappées à l'effigie du Saint-Siège sont vendues aux collectionneurs qui, en raison de la loi de l'offre et de la demande, à un prix nettement supérieur à celui que ces pièces sont censées représenter.

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Comme tout état, le Saint-Siège possède une armée chargée de maintenir l'ordre et de protéger le territoire. Ses membres sont appelés les "gardes suisses". Cette appellation remonte aux origines de la création de ce corps militaire par le pape Jules II car à cette époque les personnes recrutées venaient essentiellement de la Suisse. En plus de cette appellation, les membres de cette armée ont gardé leur costume d'apparat, dessiné par Michel-Ange.

Notre visite s'achève ici, bien qu'il y ait encore tant de choses à dire sur ce monument qui est à la fois un sanctuaire, celui de l'apôtre Pierre, un lieu de pélerinage, une église, la seconde dans l'ordre protocolaire de l'Eglise catholique de Rome, un musée artistique et un livre d'histoire, celle d'une institution qui nous vient de l'Antiquité et qui est encore bien vivante ainsi que celle des personnes qui en ont été à la tête.

J'espère que vous avez appréciée cette découverte et vous avoir donné envie d'y revenir. Merci aux courageux qui l'ont faite jusqu'au bout !