Le Baroque est un style qui est apparu en Italie à la fin du 16ème siècle et a duré environ un siècle. Ce mouvement artistique s'est propagé dans la péninsule Ibérique, dans les royaumes catholiques de l'Europe centrale et, dans une moindre mesure les Pays-Bas où les commandes aux artistes se sont limitées à des portraits et des scènes de la vie quotidienne (la Réforme protestante refusant les représentations dans les lieux de culte).

Baroque vient du mot portugais "barroco", mot utilisé pour désigner une perle de forme irrégulière. Dans les domaines de la sculpture, de la peinture et l'architecture, ce style se caractérise par la mise en évidence du mouvement, par des mises en scènes dramatiques, par la communication d'atmosphère de tension et enfi par l'exubérance, voire la surcharge. Rome est une des villes où ce style est apparu.

Le point de départ de la visite proposée par notre guide, Roberta, est le site de la colonne de Trajan (voir l'article "Découvrir la Rome antique"). Après nous avoir donné quelques explications sur le style baroque, nous marchons le long de la piazza SS. Apostoli. Roberta nous invite à regarder partout, notamment à ce qui se trouve en hauteur.

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En suivant son conseil, je remarque une façade d'un édifice religieux dont les fenêtres sont de style baroque (voir photo ci-avant). Il s'agit de la Basilica dei SS. Dodici Apostoli (basilique des Saints-Apôtres). Sur la balustrade, se trouve des statues de Jésus et de ses apôtres qui datent du 17ème siècle.

Nous constatons qu'il y a beaucoup d'immeubles avec des façades ocres. Roberta nous précise qu'il ne s'agit pas d'une couleur traditionnelle romaine mais c'est un héritage de la rénovation de la ville menée par la maison de Savoie (dont est issue le roi Victor Emmanuel II).

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Mon attention est attirée par les médaillons représentant Marie, mère de Jésus de Nazareth, au pignon de certains immeubles (voir photo ci-dessus).

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Après quelques centaines de mètres, nous arrivons sur une petite place encombrée de monde et où se trouve une fontaine monumentale, la fontaine de Trevi (voir photo ci-dessus). Le nom Trevi vient de "trivium" en latin qui veut dire trois voies qui signale le croisement de trois rues. L'édifice a été construit avec du Travertin dont une rénovation récente lui a permis de retrouver toute sa blancheur.

La fraîcheur rend l'endroit très agréable en cette après-midi très chaude. Ayant chaud, je ne manque pas de boire mais en voyant le bassin, j'ai envie de comme Anita Ekberg dans le film de Felini, la Dolce Vita : faire trempette dans le bassin ! J'ai l'intuition que ce n'est pas possible mais je pose quand même la question. Comme je le pressentais, Roberta confirme mon intuition en montrant un des gardiens de la ville qui surveillent la place. Elle précise qu'il est même interdit de tremper les mains dans le bassin.

Pour détendre l'atmosphère un peu alourdi par ces interdits (au demeurant justifiés compte tenu du nombre très important de touristes qui viennent contempler cette fontaine), Roberta nous raconte une anecdote. Il est d'usage de jeter deux pièces dans le bassin, en tournant le dos à la fontaine (je ne sais pas pourquoi), pour qu'un vœux soit exaucé et d'être sûr de revenir un jour à Rome. Toutefois, Roberta nous rapporte qu'il existe d'autres usages comme deux pièces si on veut être marié avant la fin de l'année et ... trois pièces si on veut obtenir le divorce ! Cette tradition est assez suivie (allez savoir pourquoi) car il y a beaucoup de pièces qui sont jetées dans le bassin. Tous les lundi matin, celles-ci sont récupérées par des employés municipaux, sous bonne garde. Avant l'euro, la municipalité gardait les lires italiennes (qui servaient pour l'entretien du monument) et reversait les pièces étrangères à des œuvres caritatives. Depuis l'adoption de l'euro, toutes les pièces sont données aux œuvres.

La fontaine de Trevi est alimentée par un aqueduc romain vieux de 2000 ans, l'Acqua Vergine, nom qui vient d'une légende romaine selon laquelle une jeune fille vierge aurait trouvé la source et l'aurait indiquée aux soldats romains. L'aqueduc a été construit sur ordre d'Agrippa, gendre d'Auguste.

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La niche centrale abrite le dieu Océan (ou Neptune) sur un char guidé par deux chevaux romains et deux tritons. L'un des chevaux est paisible tandis que l'autre semble agité, symbolisant les deux aspects que peuvent nous offrir la mer : ma mer violente et la mer calme.

Dans les niches latérales, se trouvent les statues représentant l'Abondance et la Salubrité. Au dessus de l'Abondance, se trouve un relief représentant la jeune fille découvrant la source. Le relief qui se trouve de l'autre côté montre Agrippa ordonnant la construction de l'aqueduc.

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Chaque colonne du monument est surmontée d'une statue allégorique d'une des saisons de l'année. Au sommet de l'édifice (voir photo ci-avant où on voit aussi deux des quatre statues exprimant la saisonnalité de l'année) se trouve le blason du pape Clément XII, commanditaire au 18ème siècle de cet ouvrage monumental, témoin de la fin du baroque.

Nous quittons la place en prenant la petite rue située à gauche de la fontaine.

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Nous passons derrière l'église Santa Maria in Via (voir photo ci-dessus). Elle nous montre l'immeuble où un des plus grands artistes du Baroque habitait : Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, dont les plus belles sculptures se trouvent à la galerie Borghese. Cet artiste avait un rival, Francesco Borromini. Toutefois, ils n'avaient pas les mêmes clients : le Bernin travaillait pour la Papauté et la famille Barberini (qui donna à la Papauté le pape Urbain VIII), tandis que Borromini, travaillait pour les ordres religieux. Pour la petite histoire, Roberta nous dit que le clocher de l'église est ... l'œuvre de son rival, Borromini. Nous continuons en direction de la piazza di Spagna (place d'Espagne). Nous traversons la via del Tritone qui mène à une autre fontaine fameuse de Rome, où se trouve une statue magnifique de triton faite par le Bernin pour compte de la famille Barberini.

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Nous arrivons sur la place du côté d'un palais où il est écrit "Collegium Urbanum de Propaganda Fide" (voir photo ci-avant). Ce palais abrite le siège de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (anciennement "Sacra Congregatio de Propaganda Fide", le changement de nom de la congrégation est due à Jean Paul II) qui est un des organes de la Curie romaine (voir photo ci-dessus). Ce palais appartient à l'Etat du Vatican (ce qui explique la présence de son drapeau au-dessus de l'entrée).

Cette place est devenue "piazza di Spagna" quand l'Espagne y installa son ambassade, au 17ème siècle.

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Dans cette partie de la place d'Espagne, se trouve une colonne dont le sommet est occupé par une statue de Marie, mère de Jésus. Cette statue est appelée "statue de l'Immaculée Conception". L'immaculée conception de Marie est un dogme de l'Eglise de Rome signifiant que Marie fut conçue en étant exempte du péché originel (doctrine de l'Eglise de Rome, considérant que tout être humain se trouve en état de péché du seul fait qu'il relève de la postérité d'Adam, premier homme de l'humanité selon la Genèse, premier livre de la Bible). La solennité de l'Immaculée Conception se fête le 8 décembre. Ce jour-là, le Pape vient apporter une gerbe de fleurs. La tradition voudrait que la courone de fleurs soit enroulées sur son bras. En raison du grand âge du Pape, ce sont les pompiers de Rome qui amènent la couronne au bras de la statue.

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En continuant vers le nord, nous voyons une fontaine un peu surbaissée par rapport à la rue et dans laquelle se trouve la sculpture d'une barque qui est à l'origine du nom donnée à cette fontaine : la Barcaccia. Elle a été dessinée par le père du Bernin. En raison de la faible pression de l'eau qui alimente la fontaine, il devait concevoir un ouvrage pratiquement au même niveau que la rue. Pour résoudre ce problème, il a eu l'idée de suggérer à l'observateur que la barque coule en la mettant légèrement en dessous de la rue et en la posant dans un bassin à peine plus grand qu'elle. On dit que cette idée est venue au sculpteur à cause d'une crue du Tibre qui charria une barque jusqu'à cette place.

Ce bassin se trouve au pied d'un escalier monumental qui mène à l'église de la Trinité-des-Monts. Il est constitué de trois niveaux et dont les deux niveaux supérieurs sont séparés en deux arcs. Il a hérité de l'art baroque, le goût des perspectives et du trompe-l'oeuil. Au mois d'avril, la partie centrale de l'escalier est recouverte d'azalées. Les grands couturiers (bien représentés dans le quartier) utilisent cet escalier pour les défilés de mode et on peut regarder ainsi les plus beaux top-modèles le descendre, sans glisser bien sur, professionnalisme oblige !

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Dès le 16ème siècle, quand l'église de la Trinité-des-Monts fut en passe d'être achevée par la Français, ces derniers pensaient à relier celle-ci alors à la place située en contrebas qui s'appelait alors la piazza del Trinita, place de la Trinité. Toutefois, le projet prévoyait de mettre au sommet de l'escalier une statue équestre du roi de France, à l'instar des empereurs romains. Le projet ne fut pas autorisé par le Pape Alexandre VII, le jugeant sans doute trop à la gloire de la monarchie française. Un compromis fut trouvé au 18ème siècle entre Louis XV et le Pape Innocent XIII (qui devait alors composer avec la susceptibilité de l'Espagne qui venait d'installer son ambassade) : l'idée d'édifier une statue équestre fut abandonnée et, en échange, l'église de la Trinité-des-Monts devint propriété française, du moins tant que des religieuses sont présentes au couvent voisin. Celui-ci abrite aujourd'hui les dames du Sacré-Coeur, et deux d'entre elles sont françaises mais elles ont déjà un âge vénérable. Mesdemoiselles, si vous avez la vocation de faire que cette église reste à la France alors n'hésiter pas !

L'obélisque qui se trouve actuellement au sommet de l'escalier a été dressé au 18ème siècle et est une imitation des obélisques égyptiens.

Nous repartons par la via dei Condotti, bordée de nombreuses boutiques de grandes marques et fréquentée par les amateurs de lèche-vitrine. La prochaine étape de notre circuit de visite est le Panthéon. Toutefois, Roberta choisi de nous faire passer par les palais abritant les institutions politiques de la république d'Italie.

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La photo ci-dessus montre le palais qui abrite la présidence du Conseil des Ministres : la palazzo Chigi. Il fut achevé en 1630, à l'époque du Baroque.

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Sur le pignon gauche du palais, se trouve un médaillon d'une Vierge à l'Enfant sculptée.

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Au milieu de cette place, la Piazza Colonna, se trouve une colonne élevée en l'honneur de Marc Aurèle. Comme la colonne de Trajan, elle est creuse et elle recouverte de bas-reliefs enroulés autours d'elle (voir photo ci-avant). Les bas-reliefs racontent les épisodes marquant des guerres de Marc Aurèle contre les Germains sur les bords du Danube. Afin de rendre les scènes plus visibles, les sujets sont plus grands que ceux de la colonne Trajane et le relief plus accentué. Autre différence : l'absence de galbe aux deux-tiers de la colonne Aurélienne qui aurait corrigé la déformation apparente de concavité des lignes verticales. Au 16ème siècle, le pape Sixte V fit remplacer la statue de Marc Aurèle par celle de Paul de Tarse, co-fondateur avec l'apôtre Pierre de l'Eglise de Rome.

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A côté du palais gouvernemental, se trouve le palais qui abrite la Chambre des députés (voir photo ci-dessus). Il s'agit du palazzo di Montecitorio dont la construction fut commencée par le Bernin et achevée par un de ses élèves. L'effet d'ampleur de la façade légèrement convexe et terminée par un clocher à horloge est typique du style de construction baroque. Nous quittons la place où se trouve un obélisque pour rejoindre le Panthéon. Sur le chemin, nous passons devant le palazzo Capranica qui abrite le Sénat. Pour la petite histoire, Roberta nous précise qu'au dernier étage, le Président du Sénat n'a qu'un modeste appartement de 250 m2 à sa disposition.

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Nous continuons notre excursion et nous arrivons sur une place élégante, la Piazza della Rontonda (voir photo ci-dessus). Au centre se trouve une fontaine réalisée par Giacomo Della Porta, à la fin du 16ème siècle. Au 18ème siècle, la fontaine a été surmontée d'un obélisque provenant du temple d'Isis (un des deux temples égyptiens construits sur le Champ de Mars au 1er siècle avant J.-C.).

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Cette obélisque repose sur un socle orné de dauphins (voir photo ci-avant) et du blason pontifical.

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Bien que le Panthéon n'est pas un monument de l'art baroque qui est l'objet de notre deuxième excursion, Roberta tient à nous parler de celui-ci. Il se présente (voir photo ci-dessus) comme un édifice trappu, formé d'une partie cylindrique surmontée d'une calotte sphérique et reliée à une partie antérieure à colonnes et fronton triangulaire.

Elle nous confie que c'est toujours avec émotion qu'elle parle du Panthéon car elle le considère comme le monument le plus parfait de la Rome antique. Il est vrai que cet édifice antique avec ses nuances de gris est encerclé de constructions beaucoup plus récentes, blanches ou ocres, donne un sentiment d'irréalité, voire de défi au temps. Son austérité contraste singulièrement avec l'exubérance des splendeurs baroques que nous venons de voir.

Il a été construit sur ordre d'Hadrien (contrairement à ce que suggèrent les inscriptions qui se trouvent sur le fronton du portique). Il doit son nom à la coupole dont la forme sphérique évoque le séjour céleste de tous les dieux romains. Il sera transformé en lieu de culte chrétien au début du 7ème siècle (par le pape Boniface IV qui l'avait reçu en cadeau de l'empereur de Byzance Phocas) ce qui le sauva d'une ruine inéluctable (seuls les lieux de culte païens étaient dépossédés de leur pierre, voir les photos prises le matin de la zone du forum romain dans mon article "Découvrir la Rome antique"). C'est pourquoi, il se nomme aussi Basilica di Santa Maria ad Martyres.

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En rentrant sous le portique, on se rend compte des dimensions colossales de l'édifice (voir photo ci-dessus). Les colonnes, de style corinthien, ont été sculptées dans un seul bloc de granit, à l'exception de trois situés à gauche de l'édifice qui ont été remplacés par les papes Urbain VIII et Alexandre VII en raison de leur défaillance. A l'origine, les poutres de la toiture du porche étaient recouvertes de plaques de bronze fixées par des clous. A l'époque de la Renaissance, Urbain VII fit enlever les plaques et les clous afin de les faire fondre et de façonner le baldaquin de la basilique Saint-Pierre.

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Pour représenter l'ensemble des puissances divines animant le ciel et symboliser ainsi, à travers les sept divinités planétaires, la totalité des dieux révérés à Rome, Hadrien a conçu un édifice de plan circulaire couvert d'un dôme (voir photo ci-dessus) de dimension inégalée dans le monde Antique et même dans le monde de la Renaissance puisque son diamètre est de 150 pieds (43,3 m) de diamètre, alors que celle de la basilique Saint-Pierre "ne fait que" 42 mètres de diamètre.

Le sommet de la coupole se trouve également à 150 pieds du sol, de sorte que l'édifice peut contenir une sphère de ce diamètre ce qui confère une ambiance de sérénité majestueuse à l'intérieur de l'édifice. C'est une forme close destinée à exprimer aux visiteurs la perfection du cosmos. Elle ne s'ouvre vers l'extérieur que par un large oculus de 9 m de diamètre. Le mouvement du rayon solaire se déplaçant à l'intérieur de l'édifice reproduit ainsi la rotation de la voûte céleste. Cet édifice préfigure les planétariums de notre époque.

Au centre se trouve un récupérateur d'eau de pluie (impluvium) qui évite l'inondation de l'intérieur.

Toujours plus étonnant : la coupole a été réalisée en béton ! Vous avez bien lu : en béton. En effet, les romains ont utilisé à partir du 3ème siècle avant J.C. la technique du blocage (déjà connu par les Etrusques). Le blocage était constitué de petits morceaux de moellons ou de briques, mélangés à de la chaux. Le ciment et le béton romains durcissent au fil des années, voire des siècles (comme notre béton).

Henri Stierlin dans son livre « Le Monde de Rome » (Editions Princesse, Paris) disait en conclusion  que le Panthéon exprimait l'harmonie d'un monde parvenu au faîte de sa puissance et qu'il exhaltait l'équilibre d'un réèl sublimé par la fusion des lois de la matière et de l'esprit.

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La niche centrale, encadrée de pilastre, sert d'abside et abrite l'autel de la basilique (voir photo ci-dessus). Les niches latérales ont aménagées en chapelle. L'une d'elle est occupée par le tombeau de Victor-Emmanuel II, premier roi de l'Italie réunifiée. En face, se trouve celui de son fils, Umberto. Il y a aussi le tombeau de Raphaël.

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Dans l'Antiquité, les niches abritaient les dieux auxquels le Panthéon était consacré (voir photo ci-avant).

Le sol ressemble a un échiquier composé de bandes larges de couleur délimitant des carrés dans lesquels alternent des dalles rondes et carrées de porphyre rouge ou de granit gris. Il est à noter l'utilisation de marbre veinés de violet provenant d'Asie Mineure (Synnada en Turquie) et de marbre jaune d'Afrique du Nord (Chemtou en Tunisie).

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Nous quittons le Panthéon et nous nous rendons à notre dernière étape de la journée.

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Sur le chemin, Roberta nous montre l'église San Luigi dei Francesi, "Saint-Louis-des Français", qui a perdu sa blancheur à cause de la pollution urbaine (voir photo ci-dessus). L'édifice fut achevé à la fin du 16ème siècle avec l'aide financière de la France. Le nom donné à cette église s'explique par le fait qu'elle a été consacrée comme l'église nationale des Français à Rome. La façade est ornée de colonnes saillantes et est annonciatrice de l'art baroque.

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La façade abrite des statues de grands personnages de l'Histoire de France et qui se sont impliquées dans la religion de l'Eglise de Rome : à gauche de la façade, Charlemagne (voir photo ci-dessus), à droite de la façade, Saint-Louis, et au dessus des portes latérales, Saintes Clotilde et Jeanne de Valois

Dans cette église, se trouvent trois œuvres majeures du Caravage illustrant la vie de l'apôtre Mathieu : « Saint Mathieu et l'ange » (au-dessus de l'autel), « la vocation de saint Mathieu », « le martyre de Saint Mathieu ».

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Nous arrivons sur la piazza Navona (voir photo ci-dessus). La présence de peintre exposant leurs œuvres et de portraitistes donne à cette place un petit air de Place du Tertre à Paris, bien que les formes des deux places soient très différentes. La place parisienne est un modeste carré tandis que la piazza a la forme d'un navire (d'où son nom puisque nave en italien signifie navire) aux extrémités arrondies, mesurant 276 m de long et 54 m de large. Une autre différence est la présence de trois fontaines.

Cette forme étroite et allongée a pour origine l'existence d'un stade romain édifié sous le règne de Domitien, lieu dédié aux compétitions sportives (course à pied, pugilat, lancer du disque ou du javelot).

La période romaine ne fut pas une période de décadence sur le plan sportif par rapport à celle de la Grèce antique. Bien au contraire, les jeux sportifs à Olympie ont continué et ont essaimé dans l'Empire au point de dépasser le nombre de 500 !
Ces festivals sportifs dépendaient étroitement de l'empereur qui non seulement donnait son autorisation (le culte impérial était étroitement associé au déroulement de cette fêtes sportives) mais pouvait contribuer à son financement. Le contrôle des jeux et des concours s'exerçait par le biais d'une association (synode) des athlètes soutenue par l'empereur. Les concours portaient souvent le nom de l'empereur qui les soutenaient : les Kaisareia pour les concours de César, les Hadriana pour les concours d'Hadrien, etc.
Avec la montée du christianisme dans l'Empire, ces jeux ont de plus en plus été contestés par les chrétiens car ils étaient accusés de propager le paganisme. Théodose 1er, qui avait déjà donné au christianisme le statut de religion d'état, pris la décision de les interdire en 393. Ce n'est qu'en 1896 que les jeux d'Olympie ont réapparu sous une forme moderne.

[D'après un article de Jean Paul Thuillier, "Tibère et Néron, champions olympiques", paru dans le numéro 40 des Collections de l'histoire]

En dehors de la forme, la Rome antique n'a pas laissé d'autres traces et a laissé la place aux constructions de la Renaissance et aux fastes du baroque. Justement, Roberta nous invite à nous approcher de la fontaine centrale qui s'appelle Fontana dei Fiumi qui veut dire "fontaine des fleuves".

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Le chantier de rénovation de cette fontaine, commandée par le pape Innocent X au Bernin, ne permet pas de faire des photos correctes de ce magnifique ouvrage. Son caractère exceptionel est du au contraste entre d'une part, l'obélisque qui suggère raideur et équilibre, et, d'autre part, le socle représentant un amoncellement de roches lui donnant une apparence mouvante.

Quatre statues ont été réalisées pour cette fontaine. Elles représentent quatre fleuves, symboles des quatres parties du monde connu à la Renaissance : le Danube pour l'Europe, le Nil pour l'Afrique (sa tête est voilée car on ignorait à l'époque où se trouvait la source), le Gange pour l'Asie et le Rio de la Plata pour les Amériques.

L'obélisque est une pièce romaine exécutée à l'époque de Domitien. Roberta nous demande de ne pas être étonné du fait que l'obélisque soit recouvert de hiéroglyphe car les romains les connaissait en raison des liens économiques que Rome entretenait avec le royaume d'Egypte (qui devint ensuite sa colonie). Après la chute de Rome, la connaissance des écritures égyptiennes a été perdue en Occident. Il faudra attendre le 18ème siecle, notamment grâce au français Champollion qui parvint à déchiffrer la pierre de Rosette, pour retrouver cette connaissance.

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Presqu'en face de la fontaine des Fleuves, se trouve l'église Sainte Agnès, en lieu et place, selon la tradition, de son martyre. Elle est de style baroque et a été réalisée en majeur partie par le grand rival du Bernin : Francesco Borromini. La photo est prise depuis une des deux fontaines qui se trouvent en extrêmité de la place : la fontaine de Neptune. Au premier plan, à droite, on voit le dos de la statue de Neptune.

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L'autre fontaine située en extrémité de la place est la Fontana del Moro, (fontaine du Maure). La photo ci-dessus montre en contre-jour la silhouette de la statue du Maure dont le visage a été redessiné par le Bernin.

C'est sur cette belle place que se termine la visite proposée par Roberta pour découvrir la Rome Baroque. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin afin de découvrir la Rome chrétienne. En attendant, je décide de continuer la visite de Rome (voir l'article «de la Piazza Navona au Trastevere»).