Le terme "Rome antique" désigne la période allant de la fondation de la ville par Romulus (après avoir tué son frère Rémus) jusqu'à la prise de la ville par les barbares au 5ème siècle après J.-C.

Quand on lit les nombreux ouvrages consacrés à la description de la Rome antique, on est un peu perdu par tout ce qui a été construit durant ces douze siècles. Je me suis demandé comment aller à l'essentiel. Comme je n'avais pas le temps de préparer mon voyage, j'ai fait le choix d'une visite guidée qui a commencé à 9 h 30, piazza Venezia (place de Venise) et s'est achevée vers 13 h dans un petit restaurant se trouvant derrière le Colisée.

Voici quelques photographies que j'ai réalisées, avec des commentaires largement inspirés de ceux abondamment prodigués par la guide-conférencière, Roberta, à qui je dédie bien volontiers cet article, comme les suivants qui seront consacrés à la Rome baroque et à la Rome chrétienne, tant étaient grandes sa gentillesse et sa motivation pour nous faire découvrir une ville qu'elle habite maintenant depuis quinze ans.

Les textes en italiques sont des ajouts par rapport aux explications de Roberta, puisés dans le guide 2008 du routard ou du guide vert 2008 Michelin consacrés à Rome ou trouvés dans l'encyclopédie en ligne Wikipedia ou la plupart des monuments cités font l'objet d'article.

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Après avoir fait connaissance en face des marches qui mènent au monument dédié au roi Victor Emmanuel II (voir photo ci-avant), Roberta nous a invité à contourner par la droite cet escalier monumental, fruit d'un immense travail de remodelage de la colline du Capitole, la plus petite des sept collines entourant la ville.

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En montant cette colline, on aperçoit le teatro di Marcello. Roberta nous invite alors à regarder en contre bas du trottoir.

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Nous constatons que le sol de la Rome antique est situé à plusieurs mètres en dessous de la Rome contemporaine, au moins deux étages comme le montre la photo ci-avant. Toute la Rome historique est faite comme cela ce qui explique la difficulté à construire des lignes de métro (il n'y en a que deux) car les tunneliers tombent sans cesse sur des réalisations antiques ce qui occasionnent à chaque fois une interruption des travaux.

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Je ne peux pas m'empêcher de prendre en photo cette fresque religieuse qui se trouve sur cet édifice. Après quelques pas, sur notre gauche, nous nous trouvons devant un escalier magnifique.

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Il s'agit de l'escalier qui mène à la piazza del Campidoglio (place du Capitole), gardé par deux statues colossales, représentant Castor et Pollux, fils mythiques de Léda et de Jupiter (qui pour séduire la belle, tout en déjouant la surveillance de sa jalouse épouse, Junon, s'était transformé en cygne).

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Il ne reste plus rien d'antique sur le sommet de cette colline (il y avait du temps de la Rome antique, un temple consacré à Jupiter, Junon et Minerve). La place que nous voyons a été construite à la demande du pape Paul III, sur la base des plans de Michel Ange.

Au fond, on voit le palais sénatorial qui abrite l'autorité municipale (équivalent de l'hôtel de ville en France). 

En se promenant dans la ville de Rome, on ne manque pas de constater l'inscription du sigle SPQR sur les bâtiments, bouches d'égouts et oeuvres publiques de la ville de Rome. Ce sigle signifie "Senatus Populus Que Romanus" (le Sénat et le peuple romain). C'est l'emblème de la République romaine, puis, par tradition, de l'Empire romain. Les lettres SPQR figurent encore sur le blason de la ville de Rome.

A droite se trouve le palais des Conservateurs. A gauche (en dehors de la photo), il s'agit du palais Neuf).

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Au centre de la place, se trouve une statue équestre antique en bronze représentant Marc Aurèle sur son cheval. Cette statue a échappé à la destruction des effigies païennes au moyen-âge à cause d'une méprise avec Constantin, premier empereur romain chrétien. Le métal issu de la refonte des statues servait aux habitants de Rome à faire des armes. La statue que nous voyons est une copie, l'original se trouve à l'intérieur du palais des Conservateurs.

Nous continuons notre excursion en passant à gauche du palais sénatorial.

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La petite voie qui descend permet d'avoir une vue sur la vallée du forum romain. Il est à noter que sur la gauche se trouve une petite fontaine d'eau fraîche et potable (comme il y en a tant dans cette ville) ce qui est appréciable quand la visite se fait par temps chaud (ce qui fut notre cas) et je conseille d'emporter une petite bouteille que l'on peut ainsi remplir pour se désaltérer durant l'excursion.

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A l'arrière plan de la photo, on devine l'arc commémoratif (et non triomphal) édifié par Septime Sévère.

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A droite de l'arc commémoratif de Septime Sévère, derrière un mur, se trouve le forum avec une colonne reposant sur un podium, la colonne de Phocas, érigée en l'honneur de cet empereur d'Orient au 7ème siècle.

En continuant à promener le regard vers la droite, on voit une grande place rectangulaire avec des alignements de piliers dont il ne reste plus que la base (sauf pour quelques uns). Il s'agit de la basilique Julia dont l'édification a été ordonnée par Jules César ; la basilique, du temps de la République puis de l'Empire étant un lieu consacré au commerce et à la Justice.

"Depuis son retour d'Alexandrie, Rome, lui cause une sensation d'étouffement et de malaise. Depuis qu'il a vu les portiques de marbre blanc et les larges avenues rectilignes de la capitale égyptienne, la ville de Romulus lui paraît une bourgade indigne. Elle a grandi au hasard, sans ordre ni plan. Il a honte de ses ruelles fangeuses où vaquent en liberté des troupeaux de bœufs, de son Forum mal pavé, de ses cabanes de briques coiffées de tuiles rondes. A vivre dans ce décor, comment les Romains ne seraient-ils pas frappés d'un provincialisme incurable ? De même qu'il s'efforce d'élargir les esprits, César voudrait aérer et décongestionner la ville par un vaste programme de construction et d'embellissement dont la Lex Julia nous fournit un apperçu." [Benoist-Méchin, "Cléopâtre ou le rêve évanouï", Edition Clairefontaine à Lausanne, 1964].

Toutefois, il fut assassiné avant d'avoir vu la fin de sa construction. La basilique fut achevée par Octave.

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Au premier plan, à droite se trouvent trois colonnes de type corinthien qui sont les seuls vestiges du temple de Vespasien, édifié par son fils Domitien. A l'époque, les empereurs étaient considérés comme des dieux et il était courant de leur dédier un temple après leur mort. Tous n'avaient pas droit à cet égard, comme Néron qui fut déclaré ennemi public et chassé de Rome avant qu'il ne soit poussé au suicide.

Nous voyons la première Rome qui s'est agrandie au fur et à mesure que l'empire romain s'étendait en Europe et en Asie. Il ne reste plus que des ruines car elle a été détruite et pillée par les barbares au début du 5ème siècle après J.-C.

Les débordements des égouts antiques qui n'étaient plus entretenus ont conduit à rendre l'endroit insalubre qui devient un lieu d'épandage.

La terre s'accumule et ensevelit les ruines (les colonnes du temple dédié à Vespasien sont recouvertes jusqu'à mi-hauteur).

La Renaissance a été aussi terrible pour ce site car les besoins en matériaux pour construire les nouveaux édifices, notamment la basilique Saint-Pierre, font que les carriers se sont servis sans vergogne.

Au 19ème siècle, et surtout au 20ème siècle, sous l'impulsion de Mussolini, le site a été fouillé, puis protégé et enfin mis en valeur.

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Cette photo montre l'arrière du palais sénatorial. On constate les différents niveaux de construction (le premier édifice datant de la Rome antique). On devine aussi le travail immense de déblaiement entreprise sous Mussolini afin de remettre en valeur ce site archéologique.

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Petite anecdote de notre guide, Roberta, qui nous montre ce modeste balcon situé à l'arrière du palais sénatorial, dans la tour médiévale : il s'agit du balcon du bureau du maire de la ville. "Si j'étais à sa place alors je n'arriverai pas à travailler car je passerai mon temps à regarder ce site", nous dit-elle.

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L'arc de Septime Sévère a été édifié pour son dixième anniversaire de règne, la voie romaine que l'on voit au travers de l'arche médian s'appelle la voie sacrée. Autrefois, elle menait au temple de Jupiter, sur la colline du Capitole, et était empruntée par les grands triomphateurs romains. A droite de la voie sacrée, se trouve le forum romain. Derrière celui-ci, on aperçoit les restes du temple dédié à Jules César, après son assassinat.

Cet arc commémoratif était aussi dédié à ses deux fils Geta et Caracalla dont il confia les rennes de l'empire après sa mort. Cependant, Caracalla trouva que gouverner seul était mieux que gouverner à deux, aussi il fit assassiner son Geta puis fit voter par le sénat la damnation éternelle de ce dernier ce qui l'autorisait à récupérer tous ses biens (donc à récupérer la totalité de l'héritage de son père). Autre conséquence : les effigies et le nom de Geta devaient être retirés de tous les édifices publiques ce qui explique pourquoi le nom de Geta a disparu de l'inscription dédicatoire de l'arc.

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Cette photo montre un détail des scènes illustrant les guerres victorieuses de l'empereur Septime Sévère.

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A côté de l'arc de Septime Sévère, se trouve un petit édifice circulaire qui marquait le centre de la ville et à partir duquel était calculé toutes les distances dans l'empire romain. Aujourd'hui, l'origine des distances en Italie se trouve sur la piazza Venezia.

Derrière cet édifice circulaire, il y a les restes d'un escalier de forme courbe et d'un bâtiment. C'était la tribune aux harangues (encore appelée "Rostres" en raison de la présence d'éperons pris à des navires ennemis). Cette tribune servait aux magistrats et aux orateurs pour s'adresser à la foule. C'est sur celle-ci que le corps de Jules César a été déposé pendant qu'Antoine prononçait le discours d'hommage. Quelques années après, sur son ordre, les mains et la tête de Cicéron (qui avait violemment critiqué Marc-Antoine dans son ouvrage "Les Phillipiques") y ont été exposées après qu'il eut été déclaré "ennemi de l'Etat" et assassiné.

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Ce bâtiment s'appelle la Curie Julia, lieu où s'assemblait le sénat qui était l'organe politique suprême de la Rome antique. Il a été construit sur ordre de Jules César, terminé par Octave. Il a été détruit lors d'un grand incendie, au 3ème siècle, puis reconstruit par Dioclétien sur le même plan. Après la prise de Rome par les barbares au 5ème siècle, l'Eglise de Rome reprit ce terme pour désigner l'ensemble des administrations gouvernementales du pape, ce qui était une façon de montrer aux habitants de la ville qu'elle assurait la continuité politique après la chute de l'Empire occidental.

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Au premier plan de la photo ci-avant, à gauche de l'arbre, se trouvent les vestiges de la basilique Emilia, antérieure à la basilique Julia.

Derrière cette basilique, se trouve un édifice religieux, reposant sur un haut podium, enchâssé dans les vestiges du temple dédié à l'empereur Antonin le pieux et à son épouse Faustine (élevée au rang de déesse par son mari à sa mort). Les piliers de ce temple doivent leur survie à leur solidité et à leur caractère massif car les édificateurs de l'église primitive ne sont pas arrivé à les araser. Ils ont donc été conservés. Par la suite, le caractère religieux de l'édifice permit à ces pierres d'échapper aux carriers.

Devant ce temple passe la voie sacrée.

Au fond, on aperçoit l'arc de Titus, érigé par son frère, Domitien, sur une petite colline, la Velia, pour célébrer la prise de Jérusalem par son armée (la ville fut détruite ainsi que le Temple).

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La colline qui se trouve en arrière plan de cette photographie s'appelle le Palatin, quartier résidentiel à l'époque républicaine, puis lieu de résidence impériale. Au pied de la colline se trouvent les restes du temple consacré à Auguste (titre donné à Octave par décret sénatorial lui conférant le statut d'empereur doté de tous les pouvoirs).

Au pied de la colline du Palatin, il y a aussi une petite église, la Chiesa Santa Maria Antiqua. Entre cette petite église et la basilique Julia, on voit les restes d'un temple consacré à Castor et Pollux et dont il ne reste que trois piliers et le podium.

Derrière le temple dédié à Castor et Pollux, se trouve le temple de Vesta, déesse du feu domestique. A l'intérieur du temple, un feu était entretenu, jour et nuit, par des femmes, les vestales, choisies dans les grandes familles romaines. Leur ministère durait trente ans (10 ans d'instruction, 10 ans de pratique, 10 ans d'enseignement). Elles étaient tenues de garder la chasteté pendant tout le temps de leur ministère. Celle qui ne respectait pas cette règle (et était découverte) était enterrée vivante. Ce supplice atroce s'explique par le fait que le sang d'une vestale ne devait pas être versé sur la terre romaine (d'où cette mort lente par étouffement). Par contre, elles jouissaient d'avantages et de privilèges importants : place d'honneur dans les spectacles publiques, droit de gracier le criminel qu'elles rencontraient par hasard sur le chemin du supplice.

Après nous avoir décrit ce site archéologique exceptionnel, notre guide Roberta, nous invite à la suivre. Nous quittons la terrasse où nous avons contemplé ces monuments chargés d'histoire et nous descendons la colline du Capitole par la via San Pietro di Carcere.

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Nous arrivons sur les ruines du forum que Jules César fit construire, avec l'or rapporté des guerres des Gaules. Au fond, à droite de la photo, se trouve une église dédiée à Saint Luc et Saint Martin. Après cette église, il y a deux autres forums impériaux : forum de Nerva (commencé par Domitien) et forum de la Paix (érigé par Vespasien).

Au premier plan de la photo, à gauche, on remarque trois belles colonnes corinthiennes sur un podium, vestiges du temple que Jules César édifia pour la déesse Vénus dont il se disait descendant (ce qui était mieux que de dire d'être descendant d'une famille d'agriculteurs), pour la remercier de lui avoir permis de battre son rival Pompée. Il plaça aussi une statue en or représentant Cléopâtre.

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Cette zone archéologique, dite des forums impériaux, a été coupée par une avenue sur ordre de Musolini afin qu'il puisse voir défiler son armée jusqu'au Colisée, depuis le palais de Venise.

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De l'autre côté de cette avenue appelée "Via dei Fori imperiali", nous avons sur notre gauche, le site où se trouvait le forum de Trajan, les vestiges de la basilique Ulpia (reconnaissable grâce aux vestiges des colonnes de marbre qui séparaient les différentes nefs de l'édifice, voir photo ci-dessus). Derrière cette basilique se trouve la colonne de Trajan qui commémore les victoires de l'empereur sur les Daces (peuple occupant plus ou moins l'actuelle Roumanie et possédant de riches mines d'or). Tout comme le forum et la basilique, la colonne est l'oeuvre de l'architecte Appolodore de Damas. Cette colonne est creuse, un escalier permet de monter au sommet, atteint environ 40 m (avec la base). Autours de cette colonne, s'enroule des panneaux sculptés racontant des épisodes des deux guerres de l'empereur contre ce peuple. Les panneaux ont été assemblés du haut vers le bas mais l'histoire se lit dans le sens inverse, nous dit Roberta. Les panneaux déroulés et mis bout à bout atteindraient la longeur de 200 m. Le diamètre n'est pas égal tout au long du fût : celui-ci a été augmenté aux deux tiers de la colonne afin d'éviter l'illusion de concavité que provoquerait son élévation. Les amateurs de géométrie en 3 dimensions apprécieront. La taille des panneaux et des figures grandit au fur et à mesure qu'ils s'éloignent de l'observateur. Au sommet de la colonne, la statue en bronze de Trajan fut placée probablement après sa mort. Au 16ème siecle, le pape Sixte V la fit remplacer par celle de Saint-Pierre que l'on voit encore aujourd'hui. De part et d'autre de la cour dont la colonne était le point central, se trouvaient deux bibliothèques; l'une abritait des oeuvres grecques, l'autre des ouvrages latins ainsi que les archives personnelles de l'empereur.

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De l'autre côté de cette avenue, qui mène au Colisée, nous voyons le marché de Trajan (voir photo ci-dessus).

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Devant la grille qui protège le site, se tient un garde romain (à gauche sur la photo). Naturellement, ce garde n'est pas d'époque ! Il s'agit simplement d'une personne qui se propose d'être photographiée, contre espèce sonnante et trébuchante naturellement, avec vous devant ce monument. Cela donne un peu de charme à votre photographie ! Le plus fort est que la municipalité de Rome a créé une profession pour cette activité et ces personnes qui faisaient ce commerce sans cadre juridique (et fiscal), le pratiquent en toute légalité. On n'arrête pas le progrès !

Plus sérieusement, tout en restant dans le domaine des échanges commerciaux, le marché de Trajan peut être considéré comme les premières halles de la ville car les 150 boutiques de cet édifice n'étaient pas un simple lieu de commerce de détails mais elles constituaient un centre d'approvisionnement, de répartition et de distribution de produits. L'édifice, adossé à la paroi abrupte du Quirinal (une autre des sept collines de la Roma antique, après le Capitol et le Palatin), a été réalisé aussi sur la base des plans de l'architecte Appolodore de Damas.

Derrière le marché de Trajan, on aperçoit une tour, la tour des Milices, construite à l'époque médiévale de Rome, quand la Papauté était en conflit avec le Saint Empire romain germanique (et qui a conduit pour un temps à l'installation des papes à Avignon). Elle est légèrement inclinée suite à un tremblement de terre survenu au 14ème siècle.

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Devant le marché, se trouvent les vestiges du forum de Trajan (voir photo ci-dessus).

Après avoir entendu les explications de Roberta sur le marché de Trajan, nous continuons à marcher le long de la Via dei Fori imperiali, en direction du Colisée. En face l'église consacrée à Saint Come et à Saint Damien, Roberta nous parle alors de la rivalité qui a opposé Maxence, nommé empereur par le sénat romain (avec le soutien de sa garde prétorienne), et Constantin, élu empereur par ses légions de Germanie. Naturellement, il y a un empereur de trop et ils ne vont pas manquer de s'affronter durant six ans. Finalement, c'est Constantin qui l'emporte après une bataille acharnée sur le pont Milvius. Durant cette bataille, Constantin affirme avoir vu une croix dans le ciel. A la fin de sa vie, il demanda à recevoir le baptême.

Nous entrons dans l'église. Roberta nous invite à apprécier sur notre gauche l'épaisseur du mur sur lequel est adossé le porche. Ce mur faisait partie du forum de la Paix.

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Nous entrons dans la nef et nous voyons sur notre droite, en contre-bas (voir photo ci-dessus), l'intérieur du temple, de forme circulaire, construit par Maxence pour son fils défunt, Romulus.

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Nous sortons de l'église et nous continuons en direction du Colisée. Je m'arrête pour prendre en photo la basilique commencée par Maxence et achevée par son rival Constantin (voir photos ci-avant). Je suis impressionné par les dimensions de cet édifice antique car l'église dont nous venons de sortir paraît bien petite, à côté.

Après quelques pas, en continuant toujours en direction du Colisée, nous nous arrêtons devant des lithographies montrant l'expansion de l'empire Romain. L'apogée est atteinte au milieu du 2ème siècle après J.-C., sous le règne d'Hadrien puis de celui d'Antonin le Pieu. A la mort de Trajan, l'empire couvre alors l'Europe occidentale (en Grande Bretagne la frontière va jusqu'en Écosse), la rive sud de la Méditerranée (Maghreb, Egypte), le Proche Orient, l'Asie mineure. Son successeur Hadrien préfèra consolider l'Empire plutôt que continuer à l'étendre sans fin et décida de construire des remparts et des forteresses en pierre aux frontières de l'Empire. Par exemple, au nord de l'Empire, le mur d'Hadrien, construit en Ecosse, entre 122 et 124, s'étendait d'une mer à l'autre, soit une longueur d'environ 117 km , faisait une hauteur de 5 à 6 m et avait une épaisseur de 2 à 3 m, et était jalonné de forts tous les milles

Rome fut la ville la plus peuplée du monde antique, en atteignant un effectif de plus d'un million d'habitants. Durant l'Empire, Rome a compté jusqu'à onze aqueducs. Il y avait aussi un réseau d'égouts. Par exemple, le Cloaca Maxima sur le site archéologique du forum romain qui canalisait un affluent du Tibre. Les HLM existaient déjà, c'étaient les insula, bâtiment de quatre étages (les romains ont même fait des constructions de six étages mais elles ont été abandonnées à cause de leur manque de stabilité). Comme les romains ignoraient les principes de l'hydrostatique, l'eau ne montait pas aux étages. Cependant, pour l'hygiène, les romains avaient à leur disposition de nombreux thermes. Pour les plus riches, c'était la grande habitation patricienne : la domus.

Nous arrivons sur le site du Colisée.

Néron s'était fait construire un palais qui s'étendait du Palatin à l'Esquilin, la Domus Tansitoria (le Passage). Ce palais ayant été détruit lors du grand incendie de Rome en 64 après J.-C. (dont les chrétiens furent accusés d'en être les auteurs), il la reconstruisit sous le nom de Domus aurea (Maison dorée) car les pièces étaient couvertes de dorures, rehaussées de pierres précieuses et de nacre.

Il y avait dans ce palais de vastes jardins et un lac artificiel.

L'accaparement d'une telle surface urbaine fut peu apprécié des habitants de Rome (confrontés à des problèmes de logement après le grand incendie) et la Domus Aurea fut progressivement transformée par les successeurs de Néron.

Vespasien qui voulait réconcilier l'Empire avec ses citoyens décida de créer un vaste jardin public, le forum de la Paix et, à l'emplacement du lac, de bâtir un très grand amphithéâtre permettant au peuple romain d'assister à des jeux afin qu'il puisse se distraire et oublier momentanément les soucis quotidiens. La construction de cet édifice qui fut achevé sous le règne de son fils Titus dura environ dix ans.

Au moyen-âge, cet édifice reçut le nom de Colosseum (Colisée), durant l'Antiquité il s'appelait Amphitheatrum Flavium (nom de famille des deux empereurs Vespasien et Titus), en raison de la proximité d'une statue colossale d'environ 35 m qui n'était pas très loin de l'édifice. A l'origine, cette statue représentait Néron et se trouvait dans le vestibule de sa Domus Aurea.  Hadrien la fit déplacer afin de permettre l'édification d'un temple dédié à Vénus mère d'Enée et Rome. Elle fut aussi remaniée en une statue d'Appolon, dieu du soleil, par l'ajout d'une couronne solaire.

J'ai du mal à croire qu'une statue d'une telle hauteur a été réalisée car 35 m représentent de nos jours un immeuble de douze étages. Ce chiffre vient de la description de la Domus Aurea par l'historien romain Suetone qui mentionnait la présence dans le vestibule du palais d'une statue colossale de Néron, haute de 120 pieds. Par ailleurs, l'idée n'est pas si originale que celà car il y avait eu un précédent en Grèce : le colosse de Rhode dont la hauteur était évaluée à environ 30 m, colosse qui représentait le dieu Hélios.

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L'amphithéâtre pouvait accueillir plus de 50 000 personnes !

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Le mur extérieur (il y en avait trois) est constitué de trois étages surmontés d'une muraille, percée à intervalles réguliers de fenêtres, et sur laquelle était fixé le velarium, immense voile de lin tendue au-dessus de l'amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil (généralement les jeux duraient de l'aube à la tombée de la nuit) ou des intempéries. Cette manœuvre était rendue souvent difficile par le vent et était confiée à des marins.

Chacun des arcs au deuxième et troisième étage était orné de statues représentant sans doute des divinités ou des personnages de la mythologie romaine.

L'édifice a été construit avec du travertin (qui est une pierre calcaire blanchâtre de la région). Les gros blocs de pierre étaient assemblés non pas avec du mortier mais avec des agrafes métalliques dont la plupart ont été retiré au moyen-âge pour la fabrication d'armes (à l'instar des statues païennes).

L'accès et l'évacuation des spectateurs se faisaient par les 80 arcades numérotées de la paroi extérieure, dont 76 étaient utilisées par les spectateurs ordinaires. L'entrée nord était réservée à l'empereur et ses proches. Les autres entrées cardinales étaient réservées à l'élite de la société romaine. Les spectateurs recevaient des fragments de poterie qui précisaient la section et la rangée de sièges où ils étaient autorisés de s'asseoir. Les sièges étaient numérotés.

Le placement des spectateurs se faisaient en fonction de leur rang social.

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L'empereur, sa famille, les spectateurs de classe sénatoriale étaient assis au premier niveau. Au sommet de l'édifice, dans des tribunes en bois, se trouvaient les femmes, les pauvres et les esclaves.

Le spectacle mettait en scène des bêtes féroces (tigres ou lions principalement) et des hommes. Les duels avaient la préférence du public. Les hommes pouvaient être des prisonniers de droit commun, des esclaves, mais aussi des professionnels, les gladiateurs, entraînés dans des écoles spécialisés. Certains gladiateurs avaient une popularité comparable à celle de certains joueurs de football de haut niveau.

Les jeux guerriers n’étaient pas l’apanage des romains. Après l’éprouvante traversée des Alpes et avant le premier affrontement avec l’armée romaine, Hannibal a organisé des duels afin de remonter le moral de ses troupes. Les combattants étaient des prisonniers gaulois qu’il avait emmenés dans la traversée des Alpes. Il s’agissait de duels à mort. Le vainqueur se voyait proposer de servir dans l’armée punique.

Les bêtes devaient être vraiment féroces. Malheur à leur propriétaire si ils gâchaient le spectacle par une trop grande apathie car celui-ci pouvait alors leurs servir de repas, au prochain spectacle.

Les duels de gladiateurs furent interdit au début du 5ème siècle après J.-C. et les combats entre bêtes fauves disparurent le siècle suivant.

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L'amphithéâtre tomba ensuite en désuétude. Il se dégrada à cause des tremblements de terre et à cause des carriers qui venaient s'approvisionner en pierre de travertin pour fournir les chantiers de construction des monuments de la Renaissance, notamment la basilique Saint-Pierre et le palais de Venise. C'est pourquoi, il ne reste que la partie nord du mur extérieur. Il n'y a plus aucun gradin. Les amphithéâtres de Nîmes ou d'Arles ont eu plus de chance ! Cependant, ils sont plus petits que le Colisée dont l'intérieur étonne le visiteur de part ses dimensions.

Au 18ème siècle, Benoît XIV déclara qu'il y avait eu des martyres de chrétiens. Il rendit ce lieu sacré et il interdit d'utiliser le Colisée comme carrière. Toutefois, rien dans les récits historiques de Rome ne permet d'étayer l'hypothèse que des chrétiens furent suppliciés dans le Colisée. C'était un lieu consacré aux jeux, certes sanglants, et non un lieu d'exécution des peines prononcées par un tribunal, a contrario de la colline du Vatican. L'explication que nous a donnée Roberta (et retrouvée dans le guide du Routard) est qu'il s'agit d'un prétexte pour sauver le Colisée de la destruction. C'est ce que l'on appelle un pieu mensonge !

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Au 19ème siècle commencèrent les premiers travaux de stabilisation puis de restauration de l'édifice. La photo ci-dessus montre l'une des rampes de briques qui a été ajoutées pour consolider le mur extérieur dont il ne reste que la partie nord.

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A proximité du Colisée, au sud, se trouve l'arc de triomphe de Constantin (voir photo ci-avant), érigé après sa victoire contre son rival Maxence au pont Milvius. Il s'agit du plus grand des arcs romains.

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On voit également l'arc de Titus (voir photo ci-avant), à l'ouest du Colisée. La voie qui monte vers cet arc est une partie de la voie sacrée. Au tout premier plan de la photo, on devine la base de la statue colossale.

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Au nord-ouest du Colisée, on aperçoit le temple dédié à Vénus mère d'Enée (ancêtre mythique des romains) et à la Rome éternelle (voir photo ci-dessus), construit sur les plans d'Hadrien à l'emplacement du vestibule de la Domus Aurea. L'architecte Appolodore de Damas qui avait conçu pour son père les oeuvres majeures de son règne (marché, forum et colonne, voir ci-avant) fit des remarques désobligeantes sur la conception de l'édifice. Bien mal lui en prit car pour avoir osé critiquer un puissant il le paya de sa vie, à l'instar de Cicéron.

Ce temple servait à la célébration des anniversaires de la fondation de Rome.

Aujourd'hui, le Colisée est un lieu majeur pour le tourisme à Rome (comme en témoigne l'importance de la foule sur le site de l'amphithéâtre, bien que la deuxième semaine d'août soit réputée être très calme). Vers onze heure trente, heure de notre visite, la file pour le portique de sécurité correspond à environ une heure d'attente. Toutefois, à l'intérieur de l'édifice, il y a une autre file d'attente qui est celle pour la caisse et il faut compter également une heure d'attente. Pour éviter cette seconde attente, le conseil de Roberta est d'aller à la caisse du musée du Palatin (qui se trouve à environ 200 mètres environ après l'arc de Constantin) pour acheter un billet combiné "Colisée + Palatin". Pour un adulte, le plein tarif est onze euros et le billet est valable 24 heures : il est donc possible de visiter un après-midi l'intérieur du Colisée et, le lendemain, le Palatin. C'est ce que j'ai fait et que je raconterai dans un prochain article.

En attendant, il est midi et demi. Mon estomac, à l'instar du bourgeois gentilhomme de Molière, commence à dire qu'il se nourrit de bonne soupe et non de bonnes paroles. Heureusement, Roberta l'a bien compris et nous invite à nous rendre au restaurant où des places nous ont été réservées par l'organisateur de notre séjour. Après le déjeuner, nous allons faire un saut dans le temps, celui de la Renaissance, pour découvrir quelques monuments de ce qui est appelé "la Rome baroque".