Cela faisait vingt deux ans que je n'étais pas retourné dans cette ville fondée par les phéniciens, il y a un peu plus de 2600 ans. C'était à l'occasion d'une permission durant mon service militaire.

En interrogeant les provençaux, j'ai le sentiment que cette gigantesque métropole composée d'une centaine de villages est à part. Pour les Toulonnais : les marseillais sont des gens excités, des fadas, leur verve les fatiguent. Pour les gens d'Aix en provence : Marseille c'est la ville des bandits. Pour les Avignonais : c'est l'indifférence totale car le monde s'arrête à la Durance, plus au sud c'est terra incognita.

Pour moi,  Marseille c'est d'abord une ville populaire, cosmopolite où les gens sont aussi intéressants à découvrir que les monuments.

J'arrive au centre ville de Marseille en allant jusqu'au bout de l'autoroute A7 qui vous jette sur la place Jules Guesde reconnaissable par son arc de Triomphe. Je mets ma voiture au parking de la République (place Sadi Carnot). Ensuite, je marche en direction du vieux port.

Il est midi et mon estomac gargouille. J'ai faim et je ne suis plus très clairvoyant. Je me laisse tenter par un restaurant dont le patron paraît bien en verve. Sa gouaille lui donne un petit air du célèbre bristotier, César Olivier, joué par Rému dans le film « Marius » de Marcel Pagnol. Je passe commande et là, première mauvaise surprise : il ne fait plus de menu, il faut commander à la carte.

Après avoir passé ma commande, je vais aux « commodités de l'établissement » afin de le soulager. L'endroit n'est pas très propre et ... situé juste en face de la cuisine ! Mon petit estomac commence à exprimer des regrets.

Je patiente ensuite. Heureusement, je ne suis pas pressé et un vieux monsieur chante quelques chansons typiques pour passer le temps afin d'arrondir une retraite qui ne doit pas être bien grosse.

L'entrée est constituée des beignets de calmar un peu gras, le mixte de poissons grillé quelconque et la note salée : 30 euros (avec l'apéritif).

Je demande l'addition et je présente par carte bancaire pour le règlement. Encore une mauvaise surprise : il n'accepte pas la carte bancaire. Je paie et j'attends ... ma monnaie qui ne vient pas.

Mais ce n'est pas le pire. Las d'attendre ma monnaie, je sors de table et ... je me ramasse une fiente de pigeon ! A ce moment là, l'expression « se faire pigeonner » prend tout son sens.

Je retourne donc dans les toilettes dégoutantes (et qui ne ferme pas, ça j'ai oublié de le dire) pour essayer de sauver ma chemise et nettoyer mon visage et mes cheveux de cet affront de la nature.

Durant cette toilette, je me passais en tête ce pitoyable déjeuner et je me sentais, comme on dit à Marseille, « couillon ». Je m'identifiait au pauvre monsieur Brun, un Lyonnais, qui avait acheté un bateau prenant l'eau, toujours dans le film « Marius ».

Le nom du restaurant à éviter ? Aller, je vous le donne : il s'agit du restaurant « La Rascasse » sur le quai du Port.

Resto_La_Rascasse

Après cette infortune, je me promène en direction du fort Saint Jean qui est à l'extrémité du quai du Port. Je passe devant un petit enclos où des hommes d'un certain âge jouent aux cartes et, comme dans la fameuse scène de la partie de carte dans le film « Marius », l'ambiance est chaude : il y a de la contestation dans l'air... Voici quelques photos prises lors de ma promenade, ainsi que quelques vues depuis le fort.

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De l'autre côté, on aperçoit la basilique Saint-Victor. Je décide de retourner sur mes pas et d'aller sur l'autre côté du vieux port. Sur le quai des Belges, on voit la « plus grande avenue du monde » (pour les marseillais bien sur) : la Canebière. Il est trois heures de l'après-midi et on voit une manifestation de lycéens contre la suppression de poste d'enseignant dans les lycées. Il y a toujours de l'animation à Marseille!

Cannebiere

Je continue à marcher. Un moment, je suis tenté de visiter Notre Dame de la Garde à cause des faïences et de la belle vue offerte par le site en prenant le bus de la ligne 57 ou celle de la ligne 60 sur la rue Breteuil. Cependant le temps passe et je ne veux pas me retrouver dans les embouteillages. Je renonce donc à ce projet. En fait, j'aurais du arriver plus tôt en ville mais ce matin je dois reconnaître que je me suis levé un peu tard, sans doute à cause de la fatigue accumulée par les excursions des journées précédentes. Mais, ce n'est pas grave. Je suis en vacances et il ne faut pas que je surcharge mon emploi du temps. Je dois me reposer. J'en ai besoin. Je visiterai Notre Dame une autre fois.

Je suis enfin sur l'autre côté du vieux port. Il s'agit du quai de rive neuve. L'ambiance est complètement différente du quai du port. Du côté du quai de port, hormis l'hôtel de ville, tous les bâtiments sont modernes. Ici, tout a été conservé et a été rénové. On a le charme d'une ville de la Méditerranée.

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On trouve une immense place, la place d'Estienne d'Orves.

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On voit aussi du linge aux fenêtre. Il y a aussi des restaurants, des entrées de boîtes de nuit. Je pense que c'est le lieu où l'on sort. Mon intuition me dit que j'aurais du venir manger ici au lieu de m'abandonner dans cet infâme "attrape-couillon" du quai du Port.

J'arrive à la basilique Saint-Victor.

Basilique_Saint_Victore

Je prends quelques photographies des environs (on a une très belle vue du vieux port) puis je rentre dans la basilique.

Vieux_port

Il y a un enterrement.

Le prêtre est en train de faire son sermon. Je m'assois pour l'écouter un peu et aussi me reposer.

Le sermon est assez classique. Il parle de la vie de Jésus. Il rappelle qu'il n'a pas été seulement le Christ céleste mais aussi un homme qui a connu l'injustice, la torture et la mort. Il dit aussi qu'il est ressuscité mais que cette nouvelle vie ne ressemble pas à la précédente. Cette nouvelle vie s'est faite à travers ses disciples qui ont témoigné de son œuvre. C'est un peu ce que je pense : je ne crois pas à la ressurection physique mais par contre il est pour moi incontestable que l'œuvre a survécu à son auteur.

Le prêtre fait alors un lien avec la personne qui va être enterrée en rappelant tout ce qu'elle a fait dans sa vie et en disant à l'assistance que cette personne va maintenant à vivre dans leurs souvenirs.

Je quitte la basilique et je reprend ma marche dans les rues de Marseille. Je suis à l'écoute de tous les bruits de cette ville. Je regarde les boutiques, les voitures qui circulent, les gens dans les bus, le ciel si bleu.

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En fait, pour bien s'imprégner de Marseille, il faut y rester quelques jours.

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Mais je n'ai pas le temps alors je rentre. Peut être qu'un jour j'y reviendrai. Jamais deux sans trois dit le dicton.