« Sur le pont d'Avignon, on y danse, on y danse, sur le pont d'Avignon on y danse tous en rond ... ».  Je ne peux pas m'empêcher de me passer dans la tête cette contine de mon enfance quand je vois sur une carte la ville d'Avignon. J'avais envie de monter sur ce pont et, si l'occasion se présentait, danser. Il est à noter qu'une caméra d'Earth TV située sur l'île située en face du pont (l'île de la Berthelasse) diffuse 24h sur 24 des images du pont aux chaînes de télévision du monde entier.

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Après une longue traversée de la banlieue de cette ville, je trouve enfin le boulevard qui fait le tour de la vieille ville, entourée encore de ses remparts. Le tour fait cinq kilomètres. Les mâchicoulis, les créneaux et les tours carrées donnent du caractère à ces fortifications destinées à défendre la ville contre les ennemis et à faire remparts contre les crues capricieuses du fleuve de l'époque.

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J'essaie de trouver une place de parking dans la vieille ville mais sans succès. Je me résigne donc à garer ma voiture sur le parking de l'île Piot, située en face de la porte de l'Oulle. Une navette (gratuite) permet au visiteur de préserver un peu ses jambes car elle emmène au pied des remparts de la vieille ville. Ceux qui veulent faire des photos d'ensemble de la ville auront intérêt de s'y rendre à pied. Depuis le pont Daladier, il y a de belles images à faire sur le pont d'Avignon et le palais des papes. On devine alors pourquoi la vieille ville a été classée dans le patrimoine mondial de l'UNESCO.

Je marche en direction de ce  fameux pont qui s'appelle en fait le pont Saint Bénezet. Il faut payer pour le visiter. J'opte pour la formule groupée « pont + palais » à 11 euros 50. Je dois reconnaître que l'on a pour son argent car à l'intérieur du bâtiment d'accueil des visiteurs on trouve tous les renseignements sur ce pont. Des audiophones sont également mis à la disposition des personnes qui souhaitent une visite guidée. Le principe est simple : un certain nombre de panneaux numérotés sont disposés le long du circuit de visite et il suffit d'appuyer sur la touche correspondante de l'audiophone pour avoir le commentaire. Le commentaire est disponible en huit langues : français, anglais, italien, espagnol, allemand, russe, japonais, chinois. Grâce à ce système, j'ai appris de nombreuses choses.

Par exemple : qui était « Bénezet » ? Tout d'abord Bénezet signifie « petit Benoît ». C'était un jeune pâtre ardéchois qui vait beaucoup de verve et de piété. C'est lui qui a su convaincre les gens de son époque (le XIIème siecle) de construire un pont en pierre afin de permettre le passage du Rhône dans cette région, notamment les pèlerins qui désiraient aller à Rome. Le projet ne déchaînait pas l'enthousiasme des bateleurs qui offraient leur service pour la traversée du fleuve, ni des autorités locales qui percevaient un impôt de passage. Toutefois, les perspectives d'augmentation du trafic marchand et la possibilité d'instituer un nouvel impôt sur ce pont ont eu raison de ces réticences (quand je pense que l'on ose présenter aujourd'hui le péage sur les autoroutes comme une solution moderne). Il ne restait plus qu'à ce brave Bénezet de réunir les fonds pour la construction de ce pont. La légende dit que la rapidité de la construction tenait du miracle. Comme à l'époque, on avait la canonisation facile, Bénezet fut élevé au rang de saint. De mauvaises langues insinuent que le choix de construire le pont sur les vestiges d'un ancien pont romain aurait grandement facilité la réalisation de l'ouvrage (pour les romains ce site était stratégique à cause du rocher des Doms qui dominait le fleuve). Que peut on dire face à ces mécréants !

Ce pont, d'une longueur de 900 m, enjambait les deux bras du Rhône et l'île de la Barthelasse (plus grande île fluviale de France et qui a l'époque était le verger d'Avignon). Il fut plusieurs fois endommagé et reconstruit à la suite de guerres et des inondations du fleuve (qui charriait alors des troncs d'arbres qui tapaient sur les piliers du pont). Il fut définitivement abandonné au XVIIème siècle, soit tout de même cinq siècles après son édification.

Autre anedocte : au XIXème siècle, il y avait une guinguette en dessous du pont Bénezet. Et là, c'est certain, on dansait, mais c'était ... sous le pont.

Je quitte le pont Bénezet, la tête remplie de toutes ces bribes d'histoire et je me rends au palais des papes. Un marquage au sol évite de se perdre dans les dédales de la ville.

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Il est composé du palais vieux et du palais neuf. L'ancien palais est à gauche et on voit la tour de la campagne et l'aile des familiers. A gauche du palais vieux, il y a une église, Notre-Dame des Doms. Au-dessus du clocher, il y a une statue dorée de Marie qui donne à l'endroit un petit air de la basilique Saint Pierre de Rome (ville que je compte visiter au mois d'août prochain).

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A droite du palais vieux, se trouve l'aile des grands dignitaires du palais neuf.

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J'entre dans le palais neuf et je reprends un audiophone afin d'avoir les commentaires sur le circuit proposé aux touristes. Il est constitué par  25 salles ouvertes aux visites : la cour d'honneur, la salle du Consistoire, la chambre à coucher, le grand Tinel, la chambre du Cerf, la salle de grande audience, la grande chapelle... La plupart de ces salles sont époustouflantes soit par leurs dimensions, soit par leurs ornements.

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J'ai visité durant deux heures ce palais mais ce n'est pas suffisant car il y a tant de choses, grandes ou petites, à voir.

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Mais mes petites jambes, après la  visite du pont Bénezet criaient grâce ! Alors, j'ai pêle mêle en tête quelques anedoctes.

A ma grande surprise, Rome, au moyen âge, n'était pas un lieu de résidence permanent pour le pape, même si depuis l'empereur Constantin, les collines du Latran et du Vatican avaient été attribuées à l'église fondée par Pierre et Paul. Le pape et son administration (la curie) se déplaçaient dans différentes villes d'Italie appartenant à l'Eglise. Au début du XIVème siecle, rien ne va plus entre l'empereur du Saint Empire romain germanique et le pape. Je ne me souviens plus pourquoi, mais je pense que l'empereur devait trouver l'autorité temporelle du pape un peu trop envahissante et devait souhaiter ardemment que le saint homme s'occupât d'avantage des choses de l'âme plutôt que de se mêler de ses affaires.

Quelques dizaines d'année auparavent, il y avait eut de petites frictions entre le roi de France, Philippe le Bel et le pape. A cet époque, déjà, les caisses de l'Etat étaient vides. Toutefois, a contrario de notre président Nicolas Sarkozy qui essaie de les renflouer en faisant payer les plus pauvres, le roi Philippe le Bel, quant à lui, jetât sa convoitise sur les richesses de l'Eglise (prendre aux riches pour se renflouer me paraît plus logique). Inutile de vous dire que cela n'a pas plu au très saint père de l'époque, mais alors pas du tout, qui décidât de l'excommunier ipso facto. Cependant, il en fallait plus pour décourager Philippe le Bel qui décidât de faire emprisonner ce pape rebel afin de faire élire un successeur plus compréhensif vis à vis des problèmes financiers de son royaume. Toutefois, le pape fut délivré par ses partisans. Je ne sais pas comment l'histoire se termine : soit les deux hommes, après ces échanges d'amabilités, ont fini par trouver un compromis, soit la mort de Philippe le Bel en 1314 a tout arrangé. En tout état de cause, les conflits entre la sphère politique et la sphère religieuse ne datent pas d'hier.

 

Pour en revenir à Avignon, comme le conflit avec le Saint Empire romain germanique rendait l'Italie peu sûr, en 1316, le pape Jean XXII décidât de s'installer dans cette ville qui était déjà un lieu de résidence car la papauté avait acheté celle-ci à la comtesse Jeanne de Provence pour la somme de 8000 florins (voir copie de l'acte de vente ci-après), celle-ci ayant besoin d'argent pour lever quelques troupes afin de régler quelques différents familiaux.

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Les successeurs (neuf au total), principalement Benoît XII et Clément VI, font aggrandir la modeste villégiature. C'est ainsi qu'Avignon pris son essort artistique, religieux et économiques.

 

Il est à noter que le circuit de visite se termine par la bouteillerie du Palais des papes.  Faut-il rappeler que la célébration de la Cène nécessite du vin ? Et si possible du bon. C'est pourquoi nos braves éclesiastiques ont toujours veillé à la qualité du vin qu'ils buvaient. Alors profitez-en mais avec modération ! Naturellement, je vous conseille un petit « Châteauneuf-du-Pape », vin AOC (Appelation d'Origine Contrôlée), digne représentant d'une activité viticole qui remonte au Vème siecle avant J.C, quand la région n'était alors qu'une modeste colonie de la Grèce antique.

 

Quelques sites Internet pour en savoir plus :

http://www.avignon-tourisme.com

http://www.palais-des-papes.com